Ben Laden : les oiseaux se cachent pour mourir
par morice
vendredi 6 mai 2011
Ben Laden aurait donc vécu tranquille, pendant au moins cinq années sans qu'on sache qui il était dans l'endroit qu'il avait choisi. A lire les effarantes déclarations de dirigeants chargés de la sécurité des Etats-Unis, ces derniers jours, on a du mal à avaler la énième fable racontée à propos de l'homme qui aurait déjoué tous les services secrets du monde pendant dix ans. Non, les explications ne passent pas. Ni d'un côté ni de l'autre : du côté pakistanais où l'on joue les candides quand ce n'est pas en faisant une -légère- contrition ("nous avons failli") comme du côté américain, où il est facile de ressortir des bribes de phrases de responsables qui, durant ces dix années, ont clairement laissé entendre qu'ils étaient bien au courant de quelque chose, ou qu'ils se doutaient de quelque chose mais aussi qu'on ne les écoutait pas assez... et dans la cacophonie ambiante, où pas un seul journal télévisé n'aborde le problème de l'hélicoptère furtif inconnu utilisé pour l'opération, on retrouve une perle de deux chercheurs, qui à eux deux, en avaient déduit bien davantage que toute la CIA réunie pour localiser l'homme le plus recherché au monde. Non, c'est clair à Tora Bora comme à Abbottabad, on a clairement aidé le fugitif à s'échapper et à se terrer, quitte à s'en débarrasser à un moment déterminé, comme on s'est débarrassé de Lee Harvey Oswald, qui, lui aussi, avait émargé à la CIA... le gag ultime étant que rien ne dit à ce jour que l'homme que l'on a tué sans autre forme de procès était le bon.
Depuis son "arrestation" enfin son chargement en plomb (tout va bien, on en est resté à deux balles dans la tête, ça n'a plus augmenté depuis hier, mais on en a trouvé une troisième en pleine poitrine, ce qui fait penser que les deux premières citées sont des coups de feu pour achever et non blesser !), notre fantôme, enfin celui qu'on tente de faire passer pour le fantôme du FBI est l'objet de revendications diverses. En gros, depuis qu'il a été découvert, c'est fou ce qu'on a comme personnes qui disent avoir annoncé où il se nichait, des personnes que l'on a donc pas écouté. Si pour l'instant Madame Irma n'a pas dit l'avoir vu dans sa boule de cristal dès 2001, d'autres se pointent déjà pour jouer aux faux-devins, après coup. Parmi ceux-ci, le plus évident est... un ancien directeur de la CIA, qui estime avoir subodoré il y a quelques années l'endroit de la cachette du plus célèbre fantôme au monde. Cet homme, c'est Porter Goss, le roi des coups tordus, l'un des organisateurs de la lamentable opération de la Baie des Cochons, à Cuba, un des plus grands fiascos de l'ère Kennedy, celui dont la nomination par G.W.Bush à la tête de la CIA avait provoqué un tollé, jusque dans les rangs des républicains, tant c'est un personnage imbuvable. Se fier à bras avait en effet déclaré en 2005 "qu'il avait bien une idée de l'endroit où il résidait"... Connaissant le personnage, personne n'y avait crû. Goss, pas vraiment une lumière, avait-il fanfaronné... avec au fond de sa pensée une part de vérité ? Car, comme nous venons de le voir, c'est cette année là que Ben Laden s'est installé à Abbottabad. Etrange coïncidence, non ? Deux ans plus tard, en juin 2007, son collègue et directeur de la National Intelligence, Mike McConnell affirmait que Ben Laden devait être "dans les zones tribales" au Pakistan. En voilà déjà deux qui devaient savoir quelque chose, à mon avis.
Trois ans plus tard, c'est au tour de Leon, Leon Panetta, le grand ami de Barrack Obama de ne pas démentir les deux loustics : "Tout ce que je peux vous dire, c'est que c'est dans les zones tribales. C'est tout ce que nous savons, qu'il est situé dans le voisinage. Le terrain est très difficile. Il a évidemment une sécurité énorme autour de lui". Or on sait que c'est en août 2010 exactement que Ben Laden, enfin celui qu'on présente comme tel a été "logé", comme disent les policiers qui parlent de filature... L'ancien directeur de la CIA, à la date de la construction de sa villa avoue qu'il sait quelque chose mais ne dit pas où exactement, deux ans plus tard un ponte de la surveillance au sein des armées raconte que c'est dans le secteur où on l'a dégotté, trois ans après encore le directeur de la CIA énonce qu'il l'a découvert, et qu'il vit dans un endroit "très protégé". Bref, ça fait cinq ans à ce moment là que les américains savaient où il se nichait. Sans pour autant être intervenu en quoi que ce soit. Et que lorsqu'on le découvre, il n'a pas de "sécurité énorme autour de lui" ! Un mensonge de plus de la part de Panetta !
L'article d'Associated Press qui décrit les "erreurs" de la traque de Ben Laden est plein d'enseignements : "en réalité, Ben Laden vivait confortablement dans la ville animée d'Abbottabad, connue pour ses bonnes écoles et sa quiétude relative. Il vivait dans une enceinte entourée de murailles dans une ville militaire, à des centaines de miles de la montagne, et des sans foi ni lois des régions tribales. Il n'avait pas de gardes de sécurité lourdement armés, comme certains responsables du renseignement le supposaient.Grace à son antenne, qui selon les responsables, ne servait que pour la réception de télévision seulement, Ben Laden aura pu voir les forces de sécurité américaines lui courir après dans la mauvaise partie du pays". Déjà, on peut noter que chez l'Agence AP, à part le propos sur un Ben Laden resté bien embourgeoisé (je vous ai dit s'il l'avait voulu, à cet endroit, l'hiver il aurait pu faire du ski !), qui évite de se mêler à la plèbe des "zones tribales" où de toute façon il n'aurait eu aucun pouvoir, ne disposait pas de gardes de sécurité comme on a pu le dire lors de l'assaut (ou avant même avec Panetta !) : à savoir alors qui a bien pu flinguer la merveille technologique furtive qui s'est rétamée dans le jardin de la propriété. Un racontar de site prétend que c'est l'un de ses "courriers" qui aurait tiré "d'une autre terrasse" sur l'hélico. Sachant que la première est à quelques cinquante mètres minimum et qu'on a retrouvé le corps du courrier auprès du Ben Laden supposé, ça ne tient pas comme explication. L'agence AP flinguant aussi l'explication officielle comme quoi Ben Laden n'aurait utilisé son énorme parabole que pour regarder la télé...
Encore une explication foireuse du staff d'Obama : des ordinateurs ont été saisis, paraît-il dans la maison (vite déménagés pour la visite des caméras d'ABC, comme avait disparu l'énorme moyeu de Blackhawk furtif jonchant le milieu du jardin !) et qui dit ordinateur dit... web. On n'imagine pas deux minutes l'individu ne pas se connecter sur cette antenne : que ce soit ça où le petit boîtier blanc accolé au mât en feraille à l'arrière de sa propriété, destiné peut-être bien à un service de type Wimax, il semble impossible à imaginer que le maître des terroristes aît pu regarder le fond d'écran Teletubbies de Windows XP, taper ses notes sur Office et les imprimer et attendre que l'un de ses courriers prenne son chameau ou sa mule pour aller porter un message papier à un activiste afghan... ou irakien. Voire aller activer une cellule londonienne de la sorte en faisant le pied de grue à Calais. Non, plus on avance dans ces explications à la noix, et plus on s'aperçoit que la fable des "messagers" ne sert qu'à une seule chose : étayer la thèse comme quoi les tortures ont eu une efficacité, car c'est grâce à ça qu'on aurait remonté la filière des mules à lettres employé soi-disant par le terroriste en chef.
Car avec un peu de jugeote, on avait déjà déterminé depuis longtemps les endroits potentiels où il aurait pu aller se réfugier "la croyance de l'Amérique comme quoi Ben Laden se cachait près de la frontière pakistanaise était fondée sur deux hypothèses, affirme un ancien fonctionnaire du renseignement. La première est que Ben Laden serait resté proche de ses fidèles pour sa propre protection, et al-Qaida avait beaucoup prospéré dans les zones tribales du Nord et du Sud-Waziristan. La seconde est que si Ben Laden s'était aventuré dans des régions plus civilisées, sa présence aurait été perceptible, d'abord par la population locale, puis par les pakistanais et les services de renseignements des États-Unis". Même son de cloche en France : "selon un un officier occidental engagé dans la lutte antiterroriste, malgré les offensives récentes de l'armée pakistanaise, il subsiste dans ces régions reculées des "zones noires", interdites à quiconque, où il reste possible d'échapper aux recherches. Selon un officier de l'armée pakistanaise, qui lui aussi demande à rester anonyme, "ben Laden aurait été repéré dans le nord-Waziristan fin 2004. Depuis, plus rien".D'autres experts, comme la politologue française Mariam Abou Zahab, penchent pour l'hypothèse d'une cachette dans une grande ville, plus anonyme."On oublie souvent que les zones tribales sont minuscules. Il est impossible d'y passer longtemps inaperçu", dit-elle à l'AFP". Pareil chez certains généraux pakistanais (qui paraissent aujourd'hui bien retors !) : "de même, il y a quelques mois, le général pakistanais Asad Durrani, ancien chef des puissants services secrets de son pays (ISI), avait dit : "Pourquoi pas une grande ville ? N'importe où au Pakistan, en Afghanistan. Ce sont des endroits où vous pouvez vous cacher beaucoup mieux" que dans les zones tribales".Cette hypothèse est toutefois jugée peu crédible par des officiers et membres des services pakistanais, interrogés à Islamabad par l'AFP sous le couvert de l'anonymat."Les membres d'Al Qaïda ont été arrêtés quand ils se sont installés en ville" rappelle l'un d'eux. "Ce serait suicidaire pour lui de rester là où les services sont puissants et quadrillent le terrain". Et pourtant... le double jeu de l'ISI est patent, là.
En voilà donc plusieurs qui nous disent que pendant 10 ans, on a su à peu près dans quel coin il était parti se réfugier. Pourquoi donc alors raconter avec insistance à partir notamment de 2009 que c'est à Quetta qu'il se cachait ??? Là où aujourd'hui encore il a toujours ses chauds partisans ? Le 1er octobre 2009, les téléscripteurs numériques avaient en effet retenti partout dans le monde de cette annonce : les deux leaders d'Al-Quaida c'est sûr, sont à Quetta. Ville située à 729 km d'Abbottabad ! Pourquoi donc vouloir brouiller autant les pistes, et qui répandait cette rumeur ?
L'armée américaine et la CIA, au lieu de faire dans la dentelle, ont donc choisi d'activer cette semaine l'artillerie lourde, déplaçant un hélicoptère dernier cri et ultra-silencieux pour capturer un fantôme ayant des liens avec les groupes terroristes destabilisateurs entre le Pakistan et l'Inde. Des groupes eux-mêmes manipulés par la CIA, faisant de la région une des plus instables au monde (Mumbaï l'a amplement démontré) et où le commerce de l'opium (venu d'Afghanistan) est plus que florissant. Et on voudrait nous faire croire que le lieu de villégiature, ces cinq dernières années au moins, de l'homme le plus recherché au monde est une surprise et doit tout au hasard ? Mais à qui peut-on encore faire gober ça ?