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Bientôt la guerre civile ?

Bientôt la guerre civile ?

par Bernard Dugué
lundi 16 novembre 2009

Voici 150 ans, Marx avait théorisé le capitalisme et la sortie du capitalisme en proposant comme doctrine prescriptive le matérialisme historique ; dont la mise en pratique s’effectue sous la forme d’une lutte de classe. Il était temps de transformer le monde, au lieu de l’interpréter. Cette position ne va pas sans un postulat, celui d’une interprétation du monde achevée, du moins par Marx lui-même.
 
Le marxisme est maintenant une absurdité. Seuls, de stupides dévots peuvent penser qu’il faille revenir à cette doctrine, ou alors d’opportunistes vendeurs qui, tels Jacques Attali, en usent comme fond de commerce. Le monde évolue et s’avère plus complexe que la réduction aux deux classes sociales. Il faut à nouveau interpréter la société et non pas foncer dans une transformation intempestive. Le plus infidèle (et donc héritier) du marxisme est Nicolas Sarkozy, engagé dans un réformisme aussi indubitable que le matérialisme historique. La théorie de Sarkozy, c’est le réformisme historique. Sa doctrine repose sur l’opposition entre deux classes, la classe dirigeante, éclairée, avec ses experts, et la classe dirigée, forcément ignorante, archaïque, attachée aux services publics, à l’assistanat, à l’emploi à vie.
 
Revenons à l’interprétation de Marx. La société est divisée en deux classes, les capitalistes, ceux qui possèdent le capital avec l’outil de travail, et les prolétaires, ceux qui offrent leur force de travail moyennant un salaire d’exploité. L’erreur de Marx a été de fondre la question des rapports de domination avec celle des rapports de production. Partir de ce présupposé limite le champ de réflexion ainsi que le champ de conceptualisation du politique. Ainsi, en méditant sur la guerre civile que fut la Commune, Marx avait décrété que la conquête de la machine d’Etat par le prolétariat en vue de son contrôle au service de la classe ouvrière n’était pas la solution. Il faut détruire l’Etat avait-il affirmé.
 
En 2009, nous constatons bien que cette idée de démanteler l’Etat recèle un danger. On voit bien comment fonctionnent les pays lorsque l’Etat est déficient. Et par un étrange retournement de l’histoire, ce sont les plus ultra-libéraux, ceux qui se nomment libertariens, qui sont les plus fidèles à Marx puisqu’ils préconisent de réduire au minimum la place de l’Etat dans les affaires de la société. Il est évident qu’une société sans Etat ne peut pas fonctionner. Une pensée progressiste se doit de réfléchir à la transformation des rapports de production, en parallèle avec la transformation de l’Etat qui, ne l’oublions pas, peut fonctionner de manière vertueuse en arbitrant par la loi les rapports de dominations, quels qu’ils soient. Liberté de s’exprimer, de circuler, de se réunir, de jouir de libéralités, de posséder, d’exister en sécurité, équité économique, équilibre des rapports entre travailleurs et patron, voilà quelques bienfaits assurés par l’Etat vertueux. Un objectif qui s’il ne doit pas être abordé avec angélisme, n’en est pas moins un minimum social dans le sens politique.
 
L’Histoire a montré que lorsque les objectifs vertueux de l’Etat ne sont pas accomplis, que la société est aux prises à l’incivilité, l’inégalité, l’anomie, le déséquilibre économique, alors l’évolution du système se passe naturellement, avec une sorte d’alchimie sociale concevable sous l’angle d’une fermentation psychologique déterminant les actions humaines. Dans la société vertueuse, l’alchimie est une relative harmonie. Dans une société dégradée, l’alchimie secrète des passions négatives comme la haine, des émotions elles aussi négative comme la peur, ou l’envie. Cette alchimie conduit vers deux tendances, la première orientée vers la guerre civile, la seconde qui s’y oppose est la dictature, l’ordre policier, qui il y a 70 ans, se déclina en fascisme, nazisme, nationalisme, communisme. Contrairement à ce qu’on peut penser, le nazisme n’a pas été un accident mais une évolution naturelle de la société allemande. Mais on pourra juger rétrospectivement qu’une succession d’erreurs et de fautes ont conduit au nazisme. Et bien évidemment, ceux qui ont commis ces erreurs ne savaient pas quelles en seraient les conséquences. C’est le cas du traité de Versailles et de l’inflation sous Weimar. De plus, des dysfonctionnements systémiques ont créé les conditions d’évolution vers le nazisme. La culture germanique et la structure psychique des Allemands ont fait le reste.
 
En 2009, le retour du fascisme ou du communisme est hautement improbable. Par contre, la venue d’un régime autoritaire n’est pas à exclure, ni le développement d’un état de guerre civile diffuse, sans structure précise. Mais ne pressentons-nous pas quelque dessein inédit de nos sociétés ? Pas de guerre civile ni de totalitarisme mais un fond d’incivilité qu’un Etat sécuritaire tente de contrôler. Avec un fond de mécontentement que l’Etat capitaliste tente de sevrer en arrosant de quelques modestes subsides les populations en manque de liquidité. Sans doute la fin de la Modernité dont la dernière phase se conjugue avec les soins palliatifs de l’Etat qui tente de faire croire qu’il y a un avenir meilleur pour les nations. L’avenir appartient aux classes dirigeantes, aux élites, et aux illuminés de l’esprit capables de s’extraire de l’ensorcellement de la marchandise et des gloires narcissiques autant prisées qu’elles sont éphémères. Le monde des hommes est devenu une illusion, une imposture. La société est un milieu qui rend fou d’addiction et de domination les hommes qui pourtant, ont un autre dessein à leur disposition, mais encore faut-il qu’ils en soient conscients et en acceptent le prix à payer. Les vertiges de la spiritualité sont plus radieux que les basses satisfactions de l’existence prosaïque mais on sait très bien qu’il est plus aisé de sortir une carte de crédit pour… 
 
Bonnes vibrations et doctes réflexions ! 
 

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