Brigitte Bardot, 91 ans, tire sa révérence : les animaux perdent leur plus féroce avocate
par Giuseppe di Bella di Santa Sofia
dimanche 28 décembre 2025
Ce 28 décembre 2025, la Fondation Brigitte Bardot a annoncé avec une infinie tristesse la disparition de sa fondatrice. À 91 ans, Brigitte Bardot s’est éteinte paisiblement dans sa maison de La Madrague, après des mois de santé déclinante marqués par des hospitalisations répétées et des interventions chirurgicales lourdes. Celle qui avait fait trembler les écrans du monde entier par sa beauté libre et sa sensualité insolente a choisi, il y a plus de cinquante ans, d’abandonner la gloire pour offrir chaque jour de sa vie à la défense des êtres qui souffrent en silence. Son départ laisse un vide immense sur la Côte d’Azur, mais surtout une flamme qui refuse de s’éteindre : celle d’une femme qui a transformé sa célébrité en cri de révolte pour les plus fragiles, les sans-voix, les oubliés.
Une étoile fulgurante qui choisit l’ombre pour mieux rugir
Née le 28 septembre 1934 à Paris dans une famille bourgeoise stricte, Brigitte Anne-Marie Bardot grandit dans un cadre où sa mère la trouve "laide" et la dirige très tôt vers la danse classique. À 15 ans, elle pose pour la couverture du magazine Elle et entre rapidement au cinéma avec de petits rôles discrets. En 1956, tout bascule avec Et Dieu… créa la femme de Roger Vadim : ce film tourné à Saint-Tropez provoque un séisme mondial, avec sa danse pieds nus, ses cheveux au vent et sa sensualité décomplexée. Censuré aux États-Unis, condamné par l’Église catholique, il fait de BB, à 22 ans, un sex-symbol international et l’incarnation d’une liberté nouvelle.
Les années suivantes sont un tourbillon de gloire : La Vérité de Clouzot en 1960 où elle touche au drame profond, Le Mépris de Godard en 1963 avec sa scène iconique face à la mer, Viva Maria avec Jeanne Moreau, Shalako avec Sean Connery. Plus de 45 films, des chansons mythiques avec Serge Gainsbourg, des amours passionnés et chaotiques. Mais la célébrité devient étouffante : intrusions incessantes, rumeurs, tentatives de suicide. En 1973, à 39 ans, elle tire un trait définitif sur le cinéma. "J’ai donné ma jeunesse et ma beauté aux hommes. Maintenant je donne ma sagesse et mon expérience aux animaux".
Une compassion enfantine qui devient révolte absolue
Dès l’enfance, pendant les années sombres de l’Occupation, la petite Brigitte ramassait dans les rues de Paris des chats errants et des oiseaux blessés qu’elle cachait sous son manteau pour les sauver. Ce geste instinctif, presque secret, portait déjà en lui l’élan qui allait définir toute son existence. Très tôt, cette sensibilité se transforme en indignation publique : dès 1962, elle dénonce les conditions d’abattage dans les abattoirs français et réclame l’adoption du pistolet d’étourdissement utilisé ailleurs en Europe.
Cette compassion n’était pas un caprice passager, mais une vocation profonde et indéfectible. "Les animaux possèdent une pureté que l’homme a définitivement perdue", confiait-elle avec cette franchise brute qui la caractérisait. Lasse des plateaux et des flashs, elle décide de transformer sa notoriété en arme puissante. Ce choix n’est pas une retraite dorée : c’est une révolte intime, une renaissance totale. "Avec le recul, je me rends compte que ce choix de m’occuper des animaux va plus loin qu’une direction donnée à ma vie, c’est une mission, celle d’aider l’autre et mon prochain animal".
La banquise du Labrador : quand les larmes d’une femme changent le monde
En 1977, le monde découvre une Brigitte Bardot transfigurée par la colère et la compassion. Emmitouflée dans la neige du Labrador canadien, elle s’allonge près d’un bébé phoque agonisant, les larmes gelées sur les joues tandis que les chasseurs approchent avec leurs massues. Accompagnée de Paul Watson de Greenpeace, elle hurle sa révolte, supplie, pleure devant la caméra, offrant son visage ravagé par l’émotion au monde entier. "Je sais qu’ils seront tués de toute façon… mais j’ai fait tout ce que j’ai pu", déclarait-elle à son retour, la voix brisée.
Cette image, diffusée dans le monde entier, bouleverse des millions de consciences. Elle déclenche une mobilisation internationale sans précédent. Quelques années plus tard, l’Union européenne interdit l’importation des peaux de phoques : une victoire historique, immense, arrachée à force de vulnérabilité affichée, de détermination farouche et de larmes sincères. Ce moment marque le tournant où sa célébrité devient une arme redoutable au service des plus faibles, et où Brigitte Bardot devient véritablement la tigresse des animaux.
La Fondation : une vie entière offerte aux oubliés
En 1986, elle fonde la Fondation Brigitte Bardot, reconnue d’utilité publique en 1992. Pour la financer, elle n’hésite pas à vendre bijoux offerts par des amants célèbres, robes mythiques et tous les souvenirs de sa gloire passée. La Fondation devient à la fois un sanctuaire et un levier politique implacable : elle combat la corrida qu’elle qualifie de "barbarie organisée" et manifeste à Madrid ou Nîmes malgré les menaces ; elle s’oppose farouchement au gavage des oies pour le foie gras, aux animaux sauvages dans les cirques (interdiction progressive obtenue en France en 2021), à l’élevage intensif, à la chasse à courre.
Elle obtient concrètement l’interdiction de la vente de chiens et chats en animalerie (2024), la fin des spectacles de dauphins et orques en bassins (2025), l’interdiction de la production de fourrure de vison en France, la fermeture de fourrières inhumaines à l’étranger grâce à des campagnes de stérilisation financées. À l’international, elle interpelle sans relâche : lettre ouverte au président chinois Jiang Zemin en 1999 contre le massacre de chiens et chats, participation active à la CITES pour protéger les espèces menacées. "L’animal apporte une chose en plus : sa fidélité et son désintéressement. Un amour total", disait-elle avec une émotion intacte.
La Madrague : le dernier refuge où les animaux étaient rois
À La Madrague, sa grande maison blanche perchée au-dessus de la Méditerranée, elle transforme sa propriété en refuge permanent. Chiens boiteux errent dans le jardin, chats estropiés se lovent sur les murets, ânes et chevaux rescapés des abattoirs broutent l’herbe sèche. Chaque matin, elle se lève à l’aube pour préparer leurs gamelles, passe des heures à les soigner, à leur parler doucement, à leur offrir les caresses que le monde des humains lui avait souvent refusées. Même très âgée, affaiblie par l’arthrose et les soucis de santé, elle ne cède rien.
En mai 2025, dans une interview rare à BFMTV depuis sa maison, la voix cassée mais le regard toujours ardent, elle confie : "C’est mon dernier combat. À 90 ans, je ne vais pas recommencer dans cinq ou dix ans." Aujourd’hui, La Madrague est silencieuse. Les animaux qu’elle a protégés sentent peut-être l’absence. Nous gardons en mémoire cette femme qui a tout eu et qui a choisi de tout donner aux plus faibles. Son combat a sauvé des centaines de milliers de vies, influencé des lois, réveillé des consciences.
Merci, Brigitte. Merci d’avoir été cette tigresse indomptable, cette voix qui n’a jamais tremblé pour défendre les blanchons, les veaux, les chatons, les vieux chiens errants. Votre feu ne s’éteint pas ; il continue de brûler en chacun qui refuse l’indifférence. Reposez en paix, entourée des regards confiants que vous avez tant aimés et protégés.