Bye la peur !

par Alioutta
mardi 18 janvier 2011

Comme beaucoup de Tunisiens vivant à l'étranger, j'ai suivi avec attention, espoir et frayeur les événements en Tunisie. Le monde médiatique l'appelle la Révolution de Jasmin, mais je l'appelle la Tweet Revolution.

Ca a commencé comme ça après tout : Wikileaks d'abord, puis la déferlante des cyberdissidents sur Twitter, relayant l'information jusqu'à l'immolation tragique de Mohamed Bouazzizi. Et là ça a pris. 

Là, la rue s'est révoltée. Comme cela était déjà arrivé avant d'ailleurs... Seulement cette fois-ci, les tunisiens étaient équipés, en plus d'être affamés. 

Là, il n'étaient plus seuls, les manifestants. D'une façon ou d'une autre, grâce à tous ces tweets relayés jour après jour, grâce à toutes ces vidéos témoignant de l'horreur des ripostes policières, grâce au courage enfin de ceux qui ont parlé, ils ont compris qu'ils avaient une carte à jouer, que le monde entier saurait.

Je ne m'attarderai pas sur le timing de cette Révolution, l'Histoire s'écrira plus tard, là on l'a vécue. Nous savons tous que ce régime était à bout de souffle, le dictateur vieillissant entouré des vautours de son clan ne pouvait plus durer longtemps. Nous attendions tous la fin de cette mascarade, en espérant un peu que l'oppresseur soit remplacé par un "moins pire" que lui. Le timing était parfait, le changement allait de toutes façons arriver.

Et puis la crise, et puis le chômage et la misère, et puis la Mafia qui se goinfrait allègrement, toujours plus obscène et arrogante. Et puis voilà, c'était le moment ou jamais. Et puis Bouazzizi, ce héros...

Mais là, c'était différent. Les tunisiens, soudain, n'ont plus eu peur. Ils savaient que le monde entier les verrait, qu'il y aurait des témoignages, que ça ne serait pas pour rien. "La peur a changé de camps", a titré un journal, je ne sais plus lequel, j'en ai trop lu.

C'est la clé, il me semble, ce moment où les tunisiens n'ont plus eu peur, nous n'avions plus peur, je n'ai plus eu peur. D'un coup, on était tous ensemble dans la lutte, chacun à sa façon. D'abord, on n'a plus eu peur de s'indigner, puis de relayer l'information, d'accuser, de crier à haute voix notre mépris, de signer de notre vrai nom, d'entrer en Résistance. 

D'un coup la peur ne nous empêchait plus d'agir, d'oser parler, nous savions qu'il n'y avait plus de retour en arrière possible. Et le jour tant attendu advint. Il est parti ce lâche, il s'est enfui, il a cherché refuge loin du peuple qu'il a longtemps opprimé. Il a eu peur, ce dictateur.

Bien sûr pas comme nous, notre peur était bien plus vicieuse, bien plus sournoise, paralysante. Nous, nous jouions l'indifférence, gaie parfois à souligner les bons côtés d'un régime dictatorial. On nous disait que ça valait mieux que l'intégrisme, que quand même on vivait bien à Tunis, que merde quoi, vaut mieux ça que l'Iran ! Que c'était pas si grave que ça de pas pouvoir parler, que bon, si c'est pour finir comme la France ou l'Italie, ça valait pas mieux... et toutes sortes de choses plus lâches les une que les autres, mais dont nous avions besoin pour accepter de baisser la tête en permanence. 

On nous disait, de toutes façons, on n'a pas le choix, quoi tu veux mettre en danger ta famille ? Ne sois pas idéaliste, redescends sur Terre, et puis tu veux faire quoi au juste ? Et la peur s'installait, cette sournoise, et nous baissions la tête, nous apprenions à vivre avec, et en vérité, ce n'était pas difficile de vivre dans ce confort de l'irresponsabilité. 

J'admirais les opposants, comme beaucoup d'autres, je suivais rapidement l'évolution de leur combat, je "followais" les cyberdissidents sur Twitter et débattais uniquement avec des gens de confiance. J'avais peur en fait. 

Et je ne sais pas ce qui s'est vraiment passé pour que je n'aie plus peur. Le courage d'un Slim Amamou, de tous ces activistes anti-censure m'a encouragée. Timidement, j'ai retweeté anonymement d'abord, et puis à découvert, comme beaucoup de tunisiens.

Peut être que c'est grâce à eux seulement, peut-être aussi que nous avons vu la peur du gouvernement, peut être qu'on s'est senti forts et solidaires, et qu'on s'est dit qu'"ils" n'allaient pas mettre tous les facebookeurs et leurs familles en prison.

J'avoue que de l'étranger, c'est plus facile. Mais enfin, tous les tunisiens sont entrés, ensemble, en Résistance. 

Et ça a marché.

Et la peur est revenue, encore... La terreur même, après la panique. J'ai tremblé pour ma famille pendant les attaques des milices de Ben Ali. Je ne me suis jamais sentie aussi impuissante et frustrée que ces 3 jours d'émeutes et de pillages. Comme tous les tunisiens de l'étranger, j'ai suivi minute par minute, collée à mon ordi, les événements qui ont suivi la fuite du Clan. 

Il y a eu quelques heures de soulagement, hier, au moment de l'accalmie. Mes parents sont partis travailler et leurs témoignages m'ont rassurée. Et puis j'ai commencé à regarder les informations qui parlaient de l'Après. 

Ce gouvernement de transition, cette mascarade de démocratie débutante m’ont choquée. Comment ont-ils osé nous faire ça, je me suis dit ! Comment osent-ils croire une seconde que nous n’allons pas protester ? Et j’ai vu que sur les réseaux sociaux, plein de gens pensaient comme moi et l’écrivaient.

Et j’ai lu les commentaires : Mais non, c’est pas si mal, et que veux tu qu’ils fassent ? Il faut bien que des membres du RCD soient présents, ils avaient tous les postes clés ! Et ils ne sont pas tous pourris, ils n’ont pas d’ambition présidentielle, ils ont des relations avec nos partenaires étrangers, et puis c’est juste une transition, de toutes façons, la démocratie ça ne s’installe pas comme ça ! Et ils montrent un certain esprit de conciliation, regarde, ils ont nommé un bloggeur ! Et de toutes façons, à l’élection, on exprimera notre voix ! Il nous faut un retour au calme, toi tu ne sais pas, tu n’étais pas là, tu ne les as pas entendus, les coups de feu. Et c’est facile de jouer à la révolutionnaire, tu penses un peu à l’économie ?

Tous ces appels au calme, je les comprends. J’appelle au calme aussi… Mais je refuse que la peur se réinstalle, je refuse de baisser la tête à nouveau, je refuse qu’on me confisque ma liberté d’expression, je refuse que le peuple tunisien revienne à la case départ.

Ce peuple a démontré son courage, et plus jamais nous ne devons céder à la peur.

Nous devons nous emparer de notre histoire, et l’écrire. Nous devons exiger un droit de regard sur toutes les décisions politiques, économiques et sociales, nous devons exercer la Démocratie, la voix du peuple. 


Lire l'article complet, et les commentaires





https://merdekakreasi.co.id/buku/pkvgames/https://merdekakreasi.co.id/buku/bandarqq/https://merdekakreasi.co.id/buku/dominoqq/https://merdekakreasi.co.id/tentang-kami/