Ça ne vous saoule pas un peu, le Vendée Globe ?

par Mathias Delfe
samedi 20 décembre 2008

Trois mois d’ivresse, trois mois de gueule de bois.

Je ne sais pas pour vous, mais, perso, j’ai toujours eu du mal à vivre par procuration. Les tropiques, c’est mieux en vrai qu’en poster, les filles, c’est plus sympa en chair et en os que sur papier glacé et courir la vague, c’est nettement plus excitant avec un hors-bord, un jet-ski ou un voilier que sur l’écran de la téloche.

Il paraît que le Vendée Globe
, la course autour du monde en solitaire partie des Sables d’Olonne le 9 novembre– les gens savants disent un circumnavigation-, ça mobilise les foules sur le Net. Y a des simulations que t’as presque l’impression que c’est toi qui t’engouffres dans les 40e rugissants, des sites qui promettent aux gamins que la course au large c’est super écolo et développement durable à fond, et, bien entendu, des paris en ligne.
 
Pourtant, la mer à l’infini, quand on n’est pas dessus, ça n’a rien de palpitant, il n’y a pas plus monotone et les images prises avec les caméras automatiques du bord, si c’est mieux que les sons solos d’il y a quelques années, ça fait quand même sérieusement amateur. Pour ce qui en est du spectacle, balpeau.
Un peu comme le golf, tiens. Y a que les fans qui s’enthousiasment : ils ne voient rien, mais ils imaginent.
 
Et puis, les marins, c’est de notoriété publique, sont des laconiques. Ils parlent peu, et ça tombe bien, parce que la plupart du temps, ils n’ont pas grand-chose à dire.
Te causent en termes techniques que seuls les stagiaires de retour des Glénans y pigent quelque chose ou alors te sortent des expressions préfabriquées du genre « ça envoie dur ! ». Passionnant, non ?
Des poètes comme Titouan Lamazou, sur la grande bleue, il n’y en a pas des masses, la plupart des hauturiers et hauturières, c’est des camionneurs des routes océaniques, point.
 
Mais le plus pénible, c’est quand ça chouine.
« J’ai cassé le safran ! », « le mât a pété ! », « j’ai le fémur fêlé ! ». Diable ! Il y aurait donc des risques ?
Eh oui, les gars ! On veut faire le tour de la terre le plus vite possible sur des engins à tant de millions d’euros l’unité, tellement techno haut de gamme et bardés à mort d’électronique que vous en êtes sidérés quand le joujou de superluxe ne marche plus.
Comment c’est possible, dis-donc ? la mer aurait-elle le dernier mot comme dans les contes de papy Tabarly ?
 
A la place des clients de vos sponsors -toujours ravis de foutre le pognon des autres à la baille-, plutôt que de payer avec le sourire ma prime d’assurance, ma facture d’eau ou les parpaings pour ma baraque, tous produits dont le tarif tient compte de vos menus déboires en plus du coût de votre fusée des flots, je demanderais un peu moins de courses pour fils à papa qui s’ennuient dans l’existence à terre et un peu plus de rabais à la caisse pour ceux qui les font vivre.

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