Cantona contre les géants

par Samuel Roth
samedi 4 décembre 2010

Depuis quelques jours, la tension monte. Ce qui n’était considéré que comme une farce il y a encore une semaine commence à donner des sueurs froides aux banquiers et aux politiques. L’appel de Cantona, relayé sur internet affole nos gouvernants. Et pour cause, déjà 28 000 fans sur Facebook pour une idée simple, mais efficace : retirer en masse l’argent des banques pour faire s’effonder le système jugé injuste. Une idée déjà évoquée au début de la crise en 2007 en raison des inquiétudes sur la solvabilité des banques françaises. Les images de l’Argentine nous revenaient alors.

Signe inquiétant, on voit la ministre de l’Économie, Mme Lagarde, prendre le temps de répondre à la vidéo d’un footballeur. Elle n’est pas la seule, rien de moins que Mr Baroin et Mr Prot (directeur BNP Paribas) lui ont aussitôt emboité le pas. Les déclarations font les titres des journaux économiques. La menace est sérieuse. Les banquiers sont sur les dents.

Il suffit qu’un ancien footballeur formule clairement et publiquement une idée ancienne pour qu’il suscite aussitôt le mépris de nos nobles gouvernants.

Cantona doit-il parler d’économie ?

À entendre les critiques, Cantona ne serait pas « autorisé » à parler d‘économie. Il est vrai qu’il ne maitrise peut-être pas tous les outils financiers des banquiers triomphants, mais il sait monter un projet et le développer (beach soccer). C’est peut-être là, une illustration du fossé qui s’est creusé entre l’économie réelle et la spéculation, entre le peuple et ses gouvernants. Pendant que BNP augmente ses bénéfices de 93 % en 2009, en France on licencie, on n’augmente pas le SMIC, on rallonge l’âge de la retraite, mais on ne taxe pas les parachutes dorés, symbole de l’indécence, on ne reforme pas non plus les retraites de nos dirigeants.

Alors, c’est vrai que Mme Lagarde n’a pas vu arriver la crise, comme beaucoup. Elle pensait même qu’elle n’atteindrait pas l’Europe. Et lorsque le pétrole flirte avec les sommets, nous devrions tous rouler en vélo. Une simple solution comme celle d’Éric Cantona. Puisque les banques sont à l’origine de la crise, c’est à elle de payer. Comment faire ? Reprenons tous nos billes. C’est simple et c’est pour cela que le danger existe. Un empire construit comme un château de cartes ; à croire qu’en France on manque d’architecte !

Que Cantona parle d’économie ne me pose pas de problème. Il s’exprime comme citoyen et à ce titre on ne devrait pas lui reprocher. Les économistes eux-mêmes ont démontré leur ignorance. Où était la responsabilité des banques qui ont commercialisé les crédits véreux à toute la planète en même temps qu’ils plumaient la classe moyenne par du crédit à la consommation ; illusion du pouvoir d’achat ? Où étaient ses cracks de la politique, ces visionnaires, ceux qui nous annoncent monts et merveilles tous les cinq ans et qui s’excusent et mentent entre les deux ? Ou sont les contrôles fiscaux à ces multinationales de l’alimentaire qui réalisent l’essentiel de leurs bénéfices dans les paradis fiscaux et qui ensuite asphyxient nos paysans ? Tous ceux qui aujourd’hui, nous parlent de responsabilités on ils pris les leurs au moment voulu ? L’exemple dans les actes.

Le mystère du billet de 500 euros

J’aimerais aussi comprendre une chose. Avec le franc, le plus gros billet était de 500 francs, le fameux Pascal. Aujourd’hui, il est de 500 euros, soit environ 3250 francs. Comment se fait-il que l’on invente un billet dont la plus grande partie des Français ne verront jamais ? On essaie de lutter contre le travail au noir et on met en circulation des billets de 500 euros. Il me semble parfait pour encourager la corruption, et toute l’économie parallèle. Il aurait été moins évident de transporter des valises d’argent avec des billets de 50 euros. Imaginez la taille des enveloppes de Mme Bettencourt, mais aussi les poches des habitués. Retirer le billet de 500 et même celui de 200 euros de la circulation parait une évidence, sauf qu’il doit bien profiter à quelqu’un, non ? Quelqu’un peut-il m’expliquer pourquoi ce billet existe ?

Le divorce pour le 7 décembre ?

Les Français et les classes moyennes européennes et américaines sont en train de payer les conséquences d’une spéculation a tous va. Les marchés menacent les États et dicte leurs conduites. On trouve de l’argent pour « sauver » une banque ( c’est-à-dire une entreprise privée), mais il y a toujours des gens qui meurent de froid en hiver, qui n’ont pas de logement décent, les restos du cœur sont saturés , les gens aussi.

 Dans les années 80, le rêve commun était d’éliminer la faim dans le monde. Même si elle a baissé de près de moitié selon l’O.N.U, il reste environ 20 % de la population du monde qui meurt de faim. Cela couterait environ 5 milliards par an. À ce prix, il y aurait des repas gratuits dans les écoles pour les enfants du monde entier !! Pendant ce temps, on dépense 700 milliards pour sauver les banques eux U.S.A., 4 500 milliards pour les plans européens depuis le début de la crise. Ne pourrait-on pas régler cette histoire de faim dans le monde avant d’aider nos banquiers ?

Il y aura toujours des économistes pour tenter de prouver que cela ne coute « rien » aux contribuables, sauf les réformes, et l’assèchement des crédits aux P.M.E. et aux particuliers, sans compter les victimes de la bulle immobilière, endettées au-delà de la valeur de leur bien.

En attendant, le chômage les touches, l’électricité flambe, le pétrole aussi, on crée des taxes tous les jours, mais on garde le bouclier fiscal. Ah ! ce temps bénit des seigneurs tout puissants protecteurs du pauvre petit peuple. Ce peuple qu’on infantilise, qu’on maltraite quand il manifeste ou s’exprime, qu’on fait revoter lorsqu’il se trompe (traité de Lisbonne) en a marre de jouer. Lasser, il reprend ses billes et siffle la fin de la partie. Aujourd’hui le petit peuple, par l’intermédiaire d’un des leurs, un footeux, un ancien pauvre en jogging postant une vidéo sur YouTube fait trembler cette caste. Ce type qui est lassé de voir la pauvreté et la misère prospérer dans un système injuste, inégalitaire, tronqué, offre un espoir de revanche, un frisson pour ceux qui on tout perdu, même la peur. Un geste d’amour, car dans cette histoire, je crains que Cantona n’ait rien a gagné.

 L’argent a pris le pouvoir, la révolution par l’argent après tout, peut être la fin du consommateur passif ; place au « consom-acteur ». Réponse le 7 décembre.


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