Catalogne : les grandes marées humaines

par hommelibre
mardi 10 octobre 2017

« Un esclave qui se libère doit-il demander son autorisation à son maître ? » Ce commentaire lu sur un blog exprime la position très tranchée d’un indépendantiste. D’autres commentaires semblables lui font écho.

Destin commun

La Catalogne, esclave de Madrid ? C’est évidemment déraisonnable. La Catalogne a librement accepté la Constitution. Elle a conclu un contrat avec les autres régions.

Toutefois les unionistes commettent autant d’excès de langage et de perception. Hier ils ont défilé dans Barcelone comme une marée humaine rouge et jaune.

Au moment des discours on a entendu des propos déplacés. Par exemple, le prix Nobel de littérature 2010, Mario Vargas Llosa :

« La passion peut être destructrice et féroce quand l’animent le fanatisme et le racisme. La pire de toutes, celle qui a causé le plus de ravages dans l’Histoire, c’est la passion nationaliste. »

L’argument est simpliste. La Catalogne indépendantiste veut un État-nation, avec sa gouvernance souveraine et ses frontières. Elle ne prétend pas imposer un dogme autoritaire ou raciste sur son territoire. Une nation est le territoire sanctuarisé d’une population qui se reconnaît dans des affinités et des signes communs : langue, histoire, territoire géographique, parfois ethnie et/ou religion. Cette nation a pour vocation d’administrer le territoire et de protéger ses citoyens.

On ne peut mélanger l’unification de territoires liés par un destin ou une identité communes, et la volonté de domination, qui tient d’abord aux personnes et mouvements au pouvoir. Pour ceux-là le nationalisme est un prétexte, non une raison. Je n’ai pas la croyance qu’une nation serait mauvaise par nature.

 

Occitanie

Dénoncer un nationalisme catalan supposé ravageur n’est pas raisonnable. Mais cela permet de stigmatiser les adversaires et d’étouffer le débat de fond. Aujourd’hui en Europe l’accusation de nationalisme sert largement cette volonté de juger moralement les comportements et intentions supposées sans plus en débattre sur le fond. On a tort de traiter le nationalisme par le dédain ou par l’accusation d’intention guerrière potentielle.

Une nation rend ses régions plus fortes par la mise en commun d’un certain nombre de structures politiques, économiques et militaires. Dans ce sens l’Union Européenne est une super-nation. Or justement cette super-nation, ayant pour objectif de dissoudre les États-nations qui la composent, favorise de fait les émergences régionales et locales.

Le morcellement des nations sert la politique unioniste européenne, qui ne veut plus de frontières nationales entre Lisbonne et Vilnius. Plus : l’UE engendre, même involontairement, une régionalisation qui pourrait aboutir à une recomposition politique du continent. Car, d’une part, si le Grand État (l’Union Européenne) protège tous ses membres, les réalités locales peuvent alors s’amplifier et devenir des thèmes électoraux dominants – puisqu’il n’y a plus d’ennemi armé à combattre à nos portes.

D’autre part les nations européennes sont le résultat de conquêtes, de luttes d’intérêts et de contraintes. En France par exemple l’Occitanie (image 1), a été conquise au prétexte de la croisade contre les Albigeois. Pourquoi ne se constituerait-elle pas en nation indépendante puisqu’elle possède une langue, une culture, et même une ethnie selon Wikipedia ? Et pourquoi la Sicile et la Grèce ne revendiquent-elles pas la succession de la couronne d’Aragon, qui les avait annexées au XIIIe siècle (image 2) ?

 

Équilibre

La Bretagne, la Flandre belge (mais aussi française), la Corse, le Piémont, la Bavière, l’Écosse, pourraient former des noyaux d’une régionalisation par affinités des populations. La liste des territoires européens susceptible de revendiquer une autonomie ou une indépendance est longue, selon Wikipedia (également image 3).

Ce n’est cependant pas si simple. Laisser ces territoires devenir indépendants c’est reconstruire l’Europe d’il y a quelques siècles, souvent en guerre et vulnérable face aux risques d’invasion venant historiquement de l’est (image 4, XIIe siècle). L’activité économique serait entravée par une multitudes de règles et de taxes.

Entre ce morcèlement vers l’infiniment petit, et l’unification vers l’empire économique, les États-nations sont une réalité encore structurante. Ces États-nations peuvent négocier des accords économiques à leur gré, à des conditions adaptées de cas en cas.

Je ne refuse pas par principe l’idée d’une large union. J’y suis même favorable, si l’équilibre entre le grand et le petit est satisfaisant et le mode de gouvernance suffisamment partagé. Cet équilibre ne saurait se suffire des subventions de Bruxelles.

 

Ambiguïté

Or l’accroissement des revendications régionalistes en Europe montre que cet équilibre entre le grand et le petit, entre la globalisation par le haut et la souveraineté par le bas, entre l’ouverture au monde et le respect des identités délimitées n’est pas encore trouvé. Entre l’individu d’une part, seul, sans appartenance de groupe dans la société mondiale anonyme, et le Grand État Global d’autre part, il y a besoin d’échelons intermédiaires, d’identités et appartenances délimitées ou ponctuelles : immeuble, quartier, ville, région, odeurs, sons, culture, et de reconnaissance dans des tribus spécifiques.

C’est ainsi : par appartenance (un des noms de l’identité), et du plus proche au plus lointain, nous soutenons notre famille avant celle des autres, notre immeuble avant celui d’en face, notre quartier avant l’autre bout du canton, et ainsi de suite.

Comme l’eau, l’Histoire vient et va. Après la marée de manifestants indépendantistes il y a une semaine, après l’autre marée d’hier, celle des unionistes, l’Espagne est prise dans une houle. Une houle qui révèle ce paradoxe : l’Union, qui veut abolir les frontières nationales et affaiblir les États-nations par transfert de compétences et de pouvoirs vers une structure supra-nationale, laisse en même temps l’Espagne traiter la question catalane au nom même de l’État-nation.

L’affaire catalane concerne-t-elle vraiment les dirigeants européens ? C’est à se demander. Les responsables de l’UE, fort bruyants sur l’Ukraine, sur la Grèce, sur le Brexit, sont moins audibles sur la Catalogne.

Y a-t-il ambiguïté entre la gêne causée par des revendications indépendantistes, et la satisfaction de voir une brèche sérieuse, venue d’en bas, porter atteinte à l’intégrité d’un État-nation membre de ladite UE ?

Quoi qu’il en soit la question catalane me paraît paraît être le début d’une forme de démantèlement d’un État-nation. Monsieur Rajoy, adossé à la Constitution, ne peut accepter cette mise devant le fait accompli du référendum. Aujourd’hui la logique d’affrontement prévaut. Jusqu’où ?

 


Lire l'article complet, et les commentaires





https://merdekakreasi.co.id/buku/pkvgames/https://merdekakreasi.co.id/buku/bandarqq/https://merdekakreasi.co.id/buku/dominoqq/https://merdekakreasi.co.id/tentang-kami/