Catalogne : un embarrassant désir d’indépendance

par Lucchesi Jacques
jeudi 12 octobre 2017

Depuis maintenant deux semaines une fièvre indépendantiste agite la Catalogne. Qu’on ne la prenne pas à la légère, car elle pourrait bien être le prélude de ce qui nous attend en France

 Qu’on soit au moins sûr d’une chose : quand une région - ou une province - réclame son indépendance, quand elle veut faire sécession d’avec le pays qui l’intègre, c’est principalement pour des raisons économiques. La culture et la langue entrent au nombre des causes actives, mais elles ne sont que de peu de poids dans cette volonté d’émancipation. Tout au plus, elles servent à lui dorer le blason. De ce point de vue, la crise qui secoue la Catalogne depuis deux semaines ressemble à d’autres revendications d’indépendance avant elle, comme la Padanie en Italie ou l’Ecosse en Grande-Bretagne. Estimant que la Catalogne – 20% de la richesse nationale à elle seule – donne plus qu’elle ne reçoit de l’état espagnol, le courant séparatiste catalan voudrait renforcer son autonomie jusqu’à la doter d’institutions républicaines propres. Un petit état de huit millions d’habitants avec leur langue et leurs coutumes, qui continuerait à percevoir les subventions européennes mais qui ne paierait plus pour les régions pauvres de l’Espagne : quoi de mieux par ces temps de fédéralisme tous azimuts ? Pour ces militants de la désolidarisation, l’avenir est certainement dans le local. Et d’arguer le caractère démocratique de leur requête en s’appuyant sur un plébiscite régional.

C’est évidemment un stratagème spécieux, car la Catalogne n’est pas une colonie de l’Espagne et qui pourrait, à ce titre-là, faire valoir son droit à l’auto-détermination. C’est une province comme bien d’autres – l’Andalousie, la Galice ou l’Estrémadure – et qui fait pleinement partie d’une identité espagnole construite au fil des siècles, qu’elle prenne la forme d’un empire ou d’une monarchie constitutionnelle. Tous les pays européens ont connu, dans leur histoire, de tels processus d’agrégation et de synthèse dans une unité supérieure de gouvernance. Ce fut long et souvent cruel, nous le savons, mais rien ne dit qu’un mouvement inverse de déconstruction ne serait pas aussi douloureux pour les peuples concernés.

Aussi contestable que soit, d’un point de vue social, le gouvernement de Mariano Rajoy, il était de son devoir de s’opposer à cette mascarade électorale, dimanche 1er octobre. Ce qu’il a fait, sans doute avec une brutalité – 900 blessés tout de même – qui pouvait rappeler les heures sombres de la guerre civile. Cette démonstration de force ne lui a pourtant pas aliéné la sympathie de tous les Catalans qui souhaitent rester dans l’Espagne, comme ils l’ont montré, le dimanche suivant, au cours d’une gigantesque manifestation dans les rues de Barcelone. Aussi deux jours plus tard, face au parlement catalan, le leader des séparatistes Carlès Puigdemont s’en est tenu à un prudent satisfecit, avalisant la victoire de l’indépendance tout subordonnant sa mise en œuvre à des négociations avec Madrid. Elles risquent de durer longtemps car le gouvernement Rajoy ne veut rien céder sur le fond, quitte à suspendre l’autonomie administrative de cette turbulente région.

On aurait tort de regarder avec désinvolture ce qui se passe actuellement de l’autre côté des Pyrénées. Car la France pourrait bien, un jour prochain, connaître le même problème avec la Corse, le Pays Basque ou la Bretagne. Nous sommes, en Europe, moins menacés par l’intégration dans une communauté supra-nationale que par les mouvements de division interne qui travaillent les vieilles nations.

 

Jacques LUCCHESI

  


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