Certaines rues ne se traversent pas
par Clark Kent
lundi 17 septembre 2018
« La rue qui ne se traverse pas » est le titre d’un livre paru en 2015 dans lequel l’auteur, Henri Meunier, raconte l’histoire de deux solitudes : elle habite dans cette rue qui ne se traverse pas, et lui vit juste en face. Entre eux, le vide. Entre eux, le royaume délicieux et gai des moineaux.
Si elle souligne la difficulté à établir un lien entre deux êtres, cette aimable métaphore se limite au sentiment d’être passé à côté de quelque chose, un peu comme dans le poème d’Antoine Pol, « les passantes » :
« À celle qu’on voit apparaître
Une seconde à sa fenêtre
Et qui, preste, s’évanouit
Mais dont la svelte silhouette
Est si gracieuse et fluette
Qu’on en demeure épanoui »
Certaines rues ne se traversent pas plus physiquement que mentalement.
Certaines rues de Jérusalem ne se traversent pas.
Certaines rues d’Idlib ne se traversent pas.
Mais d’autres rues, même si aucun snipper n’est posté sur un toit, même si aucun mur de la honte n’a été édifié, même si aucun commando de mercenaires sous faux drapeau ne fait régner la terreur, ne se traversent pas non plus.
Rien n’interdit à qui que soit de traverser la rue entre St-Ouen et Clichy !
Non pas que la ZAC des docks soit un terrain miné, mais parce que certaines frontières, immatérielles, délimitent des territoires qu’il n’est nul besoin de militariser ou bétonner pour les rendre étanches.
Le résident de la république (« Des atomes fais ce que tu veux »), lui, ignore ces frontières qu’il enjoint les pauvres de franchir en faisant preuve d’audace, en levant leurs inhibitions.
Samedi, juste après son discours sur les mesures prises pour « combattre la pauvreté », lorsqu’il procédait à une immersion dans le populaire, il a déclaré à un jeune chômeur :
"Du travail ? Je traverse la rue, je vous en trouve !"
Sans doute ne voulait-il pas sembler se complaire dans un plagiat en déclarant : « vous n’avez pas de pain ? Mangez de la brioche ».
Vas-y, Manu, traverse, mais fais gaffe aux balles perdues.
« Ah non ! Tu ne me tutoies pas ! Tu m’appelles MONSIEUR LE PRESIDENT ! »