Chaud au cœur
par alinea
mardi 18 octobre 2016
Il y avait du beau monde...
Au début, les politesses d'usage qu'on écoute d'une oreille en ce dimanche matin ; puis après un court résumé des activités de la veille, la présentation des invités : outre Aminata Traore, ancienne ministre de la culture du Mali, Zoe Constantopoulo, ancienne Présidente du parlement hellénique, présentes physiquement à Lille et dont les noms sont connus, il y avait des représentations de Podemos, et des gouvernements ou mouvements sud américains en insoumission face à l'empire. Et la Tunisie, le Mexique, la Colombie, le Danemark le Portugal, l'Allemagne, qui avaient préparé une vidéo. Chacune des allocutions était profonde, chaleureuse, et tous ( sauf le danois) s'exprimaient en français. L'allocution de Zoe Konstantopoulo était détaillée et expliquait ce qui se passait en Grèce, côté « résistance ». « Jean Luc a toujours participé à la solidarité pour mon peuple. Je ne l’oublierai jamais. C’est pourquoi je sais qu’il est un vrai insoumis, et n’acceptera jamais ce que Tsipras a accepté pour la Grèce. »
« La Grèce a besoin de votre soutien, et cette Grèce vous soutient » conclut-elle.
Et Aminata Traore a parlé des peuples d'Afrique, ne croyez pas qu'ils n'existent pas parce qu'on ne vous en parle pas...
Un chaud au cœur ce lien qui unit tous les peuples, un optimisme comme un rayon de soleil sur cette journée pluvieuse.
Pourquoi grand dieu la France voudrait-elle s'isoler ? Pourquoi vouloir s'appuyer sur « sa suprématie » alors que nous sommes tous dans la même galère ?
Un horizon élargi, surtout avec ceux qui ont connu le pire et qui ont à nous apprendre, déplie les coins racornis de notre mal-être. On voit que droite et gauche veut dire encore quelque chose, les sourires, les applaudissements pour les luttes, les désirs, les solutions « de gauche », c'est toute une humanité qui s'exprime, qu'on ne peut confondre avec aucune autre.
L'ombre au tableau est que depuis hier je cherche l'enregistrement de cette séquence et que je ne la trouve pas. Le discours de Mélenchon, lui, on le trouve, et je vous en ferai grâce ; comme d'habitude il est plein de vérités dites avec fougue, sans notes, et à lui tout seul, il redonne la pêche.
Nous sommes des êtres humains, avant d'être de droite ou de gauche, avant d'être cyniques, désabusés, méfiants comme si on avait subi de sa part mille trahisons et j'aimerais comprendre ce qui empêche les gens de se sentir réchauffés par ces résistances, cette fougue, cette ténacité dont font preuve tant de peuples. J'aimerais comprendre les timorés, les froids, les revenus-de-tout qui s'extirpent de leur condition, pourtant la même, partout. J'aimerais savoir les contours de cette insensibilité qui les place ailleurs et si je les devine dans l'incapacité à la liberté mais dans le besoin d'être « protégés », je n'arrive pas à comprendre leur aveuglement et le mensonge qu'ils se font à eux-mêmes. Comment un pouvoir peut-il protéger ?
Un pouvoir ne peut me protéger, moi, seulement contre un autre, me donner des privilèges à moi, et pas à d'autres, m'asservir donc, moi, pour me battre, ou me défendre, contre les autres. Quel infantilisme reste coincé là ? Quelles relations, frustrations, jalousies coincées, jamais mises à jour, jamais dépassées, peuvent tout au long de la vie à ce point isoler ? Et ceux qui sont atteints de ce mal ne peuvent pas m'expliquer, ils invectivent, agressent, attaquent, injurient et du haut de leur piédestal rêvé, jamais atteint que par la force, ou bien fantasmé, ils prennent l'acier de leur cuirasse pour la vérité. Mais la vérité n'isole pas, elle est bien au contraire notre lien, la voir est difficile et c'est l'accepter qui nous sépare puisque certains ne le font pas.
Mais il semble bien qu'il y ait un certain nombre de gens dont on ne pourrait garantir la santé mentale ; la plupart d'entre eux détient une vérité, jamais dite, exprimée en creux par le dénigrement, le refus, le rejet de tout ce qui se présente. Ajoutés à tous les gogos de service qui, bien sûr, pensent avoir leur libre-arbitre, mais qui sont jusqu'à l'âme infiltrés des vérités du régime, à ceux, encore infantiles qui attendent le Père parfait, sans parler des convaincus d'extrême droite, pour faire court, les racistes, les rancis, les peureux. Et cela fait du monde, un monde informe ou multiforme qui s'insinue et se répand.
J'ai envie de parler d'insectiphiles, - vous savez que l'insecte naît parfait, après néanmoins une métamorphose-, pour décrire ceux qui, puisque nous parlons de Mélenchon, le trouve trop ceci, trop cela, pas assez comme il faudrait. Je voudrais analyser toute la vacuité des arguments fournis sur les forums, les reproches, jamais sur le programme, jamais sur les propositions, jamais sur les horizons ouverts, mais toujours sur des broutilles ou, le plus alarmant, sur des incompréhensions, ou des mensonges, ou des ragots. Mais je ne le pourrais pas. Cela montre en tout cas à quel point les gens sont dépolitisés, à quel point le consommateur a remplacé le citoyen, à quel point l'infantilisation produite par la publicité, qu'elle soit directe ou via le cinéma, a fonctionné à merveille. À quel point aussi la liberté d'expression, qui est une bonne chose, devient déversement égotique. La liberté d'expression s'est adjoint cette lèpre du « je le vaux bien » qui empêche tout échange et se pose comme un tag, anonyme, inutile s'il n'est pas nuisant. Quel dommage car il est bien évident que chacun d'entre nous a quelque chose à dire qui apporterait à l'ensemble, à condition qu'il reste un peu de ce contrôle, de ce surmoi nécessaires au vivre ensemble. Qu'il reste un désir de partage, une capacité d'écoute, un temps pour réfléchir, toujours opportuns, mais indispensables aujourd'hui, dans la gravité du moment. Nos vérités d'hier, vraiment hier, sont obsolètes aujourd'hui ; notre vigilance est mise à rude épreuve pour nos générations d'enfants gâtés habitués à un ordre pépère et rassurant.
Les insoumis, les rebelles sont, on le sait, forcément minoritaires, mais on sait également que ce sont les minorités qui ont fait avancer le monde ; alors on peut rêver qu'une force d'attraction positive appelle les indécis, ceux qui se sécurisent par le nombre, parce que, au fond, ce qu'on sait aussi c'est bien que tous les humains ont les mêmes besoins . Il n'y a que ce point qui soit rassurant, à un moment lâcher la rigidité de ses protections bien inutiles, de ses vérités bien partiales et s'il ne reste que les trop vieux ou les trop atteints pour être soignés, ce sera un moindre mal.
Oui, les insoumis sont, par nature, minoritaires et (je pense que) tous nos maux viennent de là.