Chère maman, j’aimerais un répit !
par Angel-Eyes
lundi 26 janvier 2015
Lorsque mon fils était plus jeune et que nous avons su qu'il y avait quelque chose qui n'allait pas, nous avons été nous aussi ces "parents qui attendent". Les listes d'attentes se multipliaient... Attendre une travailleuse sociale, attendre l'orthophoniste, attendre le médecin, attendre les évaluations, attendre les diagnostics... Ensuite attendre les traitements, les médicaments, les effets, les "écoles spécialisés". Et nous n'étions pas seul dans l'attente puisque les membres du personnel des écoles qu'a fréquenté mon fils ont attendu eux aussi...
Attendu les résultats tout comme nous, les subventions, les ressources d'aides...
Et tout au long de son enfance, j'ai souvent regardé mon fils souffrir en silence,
ou non... Parfois il voulait se battre comme un taureau, contre le système, contre
les gens qui ne le comprenaient pas, mais souvent je crois contre lui même également.
D'autres fois (où cela m'était encore plus difficile) il se laissait aller... Trop
fatigué, déçu ou même médicamenté pour se rebeller. Et chaque fois, je lui répétais
que j'étais là, que je ne le laisserais pas tomber, que j'allais combattre à ses cotés.
Mais même si je le pensais et qu'à ma façon je l'ai toujours fait, je n'ai jamais su
contre qui je devais combattre. Notre société a fait beaucoup de progrès, civilement,
médicalement... Mais il reste encore tellement de choses inaccomplies. Durant des
années, mon fils a eu différents médecins, essayé des médicaments, qui la plupart
du temps ne l'aidait pas du tout. Durant un millénaire, j'ai demandé d'autres options,
comme une thérapie, qu'il n'a jamais eu. Il a changé d'écoles, dû abandonner ses repères et ses amis plus souvent que la plupart des gens au courant d'une seule vie... Je dis "la plupart" parce que des fils et des filles comme le mien, il en existe maintenant des milliers. Un enfant sur trois serait atteint d'une maladie neurologique, physique, mentale ou autre aujourd'hui. Les listes débordent, les écoles débordent, le système éclate. Les enfants sont diagnostiqués de plus en plus tard... Et ils paient pour tout ça. Le mien à été diagnostiqué syndrome de gille de la Tourette à 6 ans... Tdha à 8 ans et spectre autistique à 11 ans... Malgré tout il est passé au travers de l'enfance et bientôt de l'adolescence... Malgré ses échecs, ses défaites, ses illusions brisées, ses espoirs piétinés, toujours ou presque par les mêmes phrases : "Nous comprenons, mais nous ne pouvons rien faire"... ou "nous compatissons, mais nous ne sommes pas le bon endroit pour lui".. ou encore "ce n'est pas une raison"... ou pire "ce n'est pas notre problème, nous n'avons pas ce mandat"... Le rejet... Voilà ce que vivent ces enfants... Devenus souvent des hommes et des femmes que l'on se promène d'un coté, de l'autre... Dans l'attente... Mais eux, ces enfants de guerres, ils le vivent ! Je sais ce qu'est une mère qui souffre, impuissante ou fatiguée de devoir encore aller chercher son enfant à l'école ou affronter l'expulsion qu'il vient de vivre, une seconde fois... Pour le mieux qu'ils disent... Mais pour le mieux de qui ?? J'imagine aussi savoir ce qu'est un professeur épuisé par son élève alors qu'elle se sent démunie, sans ressources et qu'elle n'a pas le temps... Mais beaucoup trop de personnes parlent des enseignants, des parents, des tuteurs et éducateurs, mais peu parlent de ces enfants eux mêmes. Du fait qu'ils soient parfois vraiment découragés, à bout, du fait qu'ils aimeraient rire, jouer et courir comme tout le monde... Vivre d'inconscience... Avoir de la candeur et de la naïveté... Mais ces jeunes (ou maintenant grands) ont perdu tout ça depuis longtemps, la plupart du temps. On les croit mature, alors que c'est de la résignation. On les croit forts, alors qu'ils voudraient être pris longtemps dans les bras, peu importe l'âge. On croit que si on leur explique très bien, ils vont accepter, ils vont comprendre... Mais comment le pourraient-ils alors que nous ne comprenons pas nous même ? En ce qui me concerne, je continuerai de dire à mon fils, qui vient encore juste avant les fêtes de subir un échec, que je serai là pour lui... Je continuerai d'être impuissante à tout les changements qui arriveront dans sa vie... Mais je ne perdrai plus jamais de vue que les victimes dans tout cela, aussi douloureux que ça puisse être pour nous... C'est eux... C'est elle... C'est lui !
Nous sommes un ensemble, un groupe, un tout... Nous sommes une société.
Une société dont ils font partie, pour toujours. Alors offrez leur ce répit.
Répétez-leur que vous les aimez, que vous les comprenez et aidez-les à combattre ce que j'ai enfin, après tout ce temps, compris ; Leur manque d'amour... et de compassion.