Chez Taddéi, l’information est ennuyeuse
par Bernard Dugué
mercredi 8 décembre 2010
L’avantage de l’ennui, c’est qu’il suffit de quelques lignes pour en parler. Aussi, je ne vais pas vous ennuyer et vous faire perdre votre temps en évoquant un soir d’ennui, vers 23 heures, lorsque Frédéric Taddéi annonça les thèmes d’actualités qui devaient être débattus en ce 7 décembre 2010. Le suspense de DSK, les deux miss France, la fin de la brouille des Bettencourt et pour commencer l’exhortation d’Eric Cantona à vider les banques. Pour en parler, comme toujours, une brochette d’invités trop nombreux comme à l’habitude, trop bavards comme souvent, trop connus comme à l’habitude, trop parisiens, trop attendus car ne faisant pas dans la finesse. Bref, depuis quelques temps je ferme mon poste de télévision mais seulement après avoir pris note des sujets et des intellectuels invités à causer dans cette émission qui m’incite au sommeil mais que pour rien au monde je ne voudrais voir supprimée car parfois, on découvre un thème inédit, une perle et quelques interlocuteurs auprès de qui on apprend des choses si bien que le lendemain, on est un peu moins ignorant que la veille. C’est cela la télévision qui instruit mais ce mardi soir, c’était la télévision qui ennuie.
Quelques commentaires sur l’actualité proposée. Après tout, j’aurais pu très bien être sur le plateau, étant rompu à l’actualité après tant de « cafés actu » animés près de chez moi. La révolution de Cantona n’a de révolutionnaire que dans sa forme inédite, infantile, collant parfaitement avec la vague de colère citoyenne que décrit si bien Sloterdijk. On verra chez Cantona une forme de populisme visant à désigner des coupables et à les châtier en jouant la peur mais en suggérant une solution qui se retourne contre les intéressés. Si le système s’écroule, ce ne sont pas les plus riches qui vont payer l’addition. Bref, Cantona envoie les Français moyens au guichet pour suicider leur monnaie comme d’autres eurent envoyé les soldats au front pour punir les Allemands en 14. J’assume la comparaison, n’ayant pas l’intention de faire dans la subtilité pour dénoncer l’économiste qui pense avec ses pieds. Cantona est stupide et pour une fois, le verdict d’Alain Minc est approprié. L’affaire des miss France, eh bien je crois qu’on s’en tape sauf à s’intéresser de près à cette institution ringarde qui n’a pas résisté à l’ego et la cupidité des industries du spectacle et qui s’inscrit dans une tendance nauséabonde où l’on trouvera les arrangements, vacheries, arnaques, chamailleries, connivences, jalousies, vénalités, émaillant le feuilleton des Bettencourt dont la presse se gausse comme d’un vaudeville entre riches sans pointer l’essentiel d’un point de vue républicain. Nul ne s’étonne que les fraudes fiscales avérées ne fassent que l’objet d’une régularisation alors qu’elles sont passibles du pénal. Cela ressemble étrangement aux arrangements fiscaux accordés à un autre notable de la beauté féminine, un couturier au catogan provocateur, un certain Lagerfeld à qui Bercy a fait économiser quelques millions suite à un redressement.
Et DSK ? C’est lui aussi une célébrité comme Cantona. Mais à l’inverse de vider les banques, il les remplit pour les sauver et son statut de héros planétaire luttant pour sauver les finances publiques lui confère une aura de présidentiable bien usurpée car fondée sur du vide, du néant, l’intéressé n’ayant plus donné son avis et ses idées sur une politique de gauche à mener. Comme quoi, ce vieux pays d’un vieux continent qui a tant donné à la culture universelle est frappé d’imbécillité. Après la décennie de la peur, les années 2010 seront-elles celles de la bêtise ? C’est ce que j’ai pensé en l’espace d’un instant, en allumant le poste à 23 heures et en prenant mesure de ce qui fait l’actualité.