Chirac : et la cassette Méry ?
par Imhotep
lundi 2 novembre 2009
Ces derniers temps on appelle à la rescousse des inculpés, des condamnés ou des entravés d’affaires sulfureuses, Corneille qui nous a appris que le Temps est un grand maître, il règle bien des choses. Ce temps qui passe se devrait d’absoudre tout et tous. Ce fut d’abord Polanski pour un viol d’une jeune fille de 13 ans saoulée et droguée, puis un Mitterrand qui prit le soin extrême de publier ses aventures avec des boxeurs de 40 ans après le délai de prescription, c’est maintenant Chirac rattrapé parce que le temps s’est figé pour lui pendant douze ans.
Aujourd’hui on a l’impression que c’est le soldat Chirac qu’il faut sauver par cet argument comme quoi le temps a passé et qu’il ne faut remuer la boue. Peu importe que c’est l’injustice d’une Constitution écrite, ou récrite pour sauvegarder de tout le Président de la République, qui a gelé la justice pendant douze ans.
On nous dit aussi que Chirac est sympathique. En voilà un bon argument de droit.
Un autre serait que tout le monde faisait pareil. La réponse serait que ce tout le monde suive les pas de Chirac vers la prison si cela devait être le cas.
On nous dit que cela va éclabousser la France si un ancien Président de la République est poursuivi. Ah bon ? Moi, je croyais benoîtement que c’étaient les faits délictueux qui éclaboussaient la République et non leur jugement. Au fait, aux USA, Clinton n’est-il pas passé en justice ? Voilà au moins un exemple américain à suivre.
Mais la réalité n’est pas de sauver le soldat Chirac, alors pourtant le Figaro s’y attelle de belle manière, il s’agit de sauver tout un monde qui est né en 1976, porté sur des fonds baptismaux sulfureux, une cathédrale érigée sur les décombres d’un gaullisme trahi et enterré, un monde dont le père fut le RPR avec son père à lui Chirac, et dont la descendance, toujours fondé par le même maître Chirac puis conquis à la hussarde par un de ses élèves les plus doués dans le maniement du poignard damasquiné - lui-même ayant engendré un sacré lascar qui risque de dépasser son géniteur génétique, le prince Jean, - , un certain Sarkozy qui a chaussé les bottes de ce qu’il y a de pire en politique : magouilles et trahisons à tout va, l’UMP.
Cette filiation est en fait le pire issu du pire. En 1976, sur les conseils avisés de Marie-France Garaud, qui poursuivait Giscard d’une haine féroce, et de Pierre Juillet, Chirac fonde le RPR. Pour cela il dispose de divers atouts : un parti historique l’UDR et un poste de Premier Ministre. Or à cette époque Matignon dispose de ce que l’on appelle une caisse noire, caisse noire dont son hôte a l’entière disponibilité sans aucun contrôle. Certains on fait le lien entre ces fonds disponibles et les besoins de liquidités d’un nouveau parti.
Pour conquérir l’Elysée Chirac a besoin d’hommes, de fonds, d’une tribune et de crédibilité.
Paris qui est alors administré par un préfet va s’en libérer pour devenir une mairie. Vont s’affronter Michel D’Ornano, candidat du pouvoir giscardien et ami intime de VGE, et Jacques Chirac. Grâce à la trahison d’un des futurs maires d’arrondissement, Chirac l’emporte de justesse. Il se trouve donc à la tête d’un autre bastion qui pourra lui fournir hommes et moyens. Paris ce sont aussi les offices HLM (affaire dans laquelle Chirac a aussi été inquiété), les appels d’offres colossaux, de l’argent qui coule à flot, des frais de bouche...
Chirac se trouve diriger deux forteresses : le RPR et Paris. deux tribunes et des transferts possibles de l’une à l’autre.
Aujourd’hui il faut sauver tout un système, un système clanique et détestable initié par le sympathique assassin politique qu’est Chirac. Ce sont les Pasqua, Tibéri, Cassetta, Méry et ailleurs les Balkani, Schuller Maréchal, Aeschlimann, Santini. De ce système mis au monde en 1976 ne nait que jamais le pire. Du pire ne peut ressortir que le pire, quand celui-ci est institutionnalisé.
On a eu les affaires URBA Graco, les affaires du Carrefour du développement, les affaires du 1% de l’EDF. Il y a deux mondes bien connus pour se financer sur le dos des moutons que nous sommes : le monde syndical et le monde politique. Le PC était maître en la matière avec dans les mairies pléthore de personnels encartés et publicités bidon dans l’Humanité ou les journaux locaux pour financer le parti (les fameuses régies publicitaires) tout comme le PS. De l’autre côté de la barrière, le PR le MPF ont été pris la main dans le sac, le SAC que connaît bien le RPR et Pasqua. Mais s’il a bien été une honte en France ce fut celle de l’auto-amnistie (loi du 15 janvier 1990) de nos chers députés qui non seulement ont volé et violé la morale mais en plus se sont décrétés innocents et ont lavé leur âme noire avec des lois qu’ils se sont votées sur mesure pour se blanchir mieux que les trafiquants de Colombie. Dans le registre d’experts en pompe à phynances, le RPR, puis l’UMP sont des recordmen.
Bien sûr que Chirac doit être renvoyé devant la justice. Cependant cette affaire des emplois fictifs de la mairie de Paris n’est que la pointe de l’iceberg. Et parce que le temps a passé, et parce que Chirac par la voix de Villepin s’est opposé à la guerre en Irak, il faudrait pardonner toutes les turpitudes de l’ancien chef du RPR ? Et celles-ci ne sont pas minces, et la justice n’a aucune raison de passer l’éponge. Voici un article du Figaro qui résume quand même qu’il n’y a eu pas moins de 9 affaires concernant Chirac, ni une, ni deux mais neuf, neuf connues.
LES AFFAIRES EN COURS
• Les emplois fictifs du RPR
• Euralair
LES DOSSIERS REFERMÉS
• L’affaire des marchés publics d’Ile-de-France
• L’affaire des HLM de la ville de Paris
• La Sempap
• Les frais de bouche
• Les faux électeurs des 3e et 5e arrondissements de Paris
Que nous avons la mémoire courte ! Chirac n’avait-il pas été surnommé par les Guignols : supermenteur ?
Et pour terminer voici un article très judicieusement mis en libre lecture par Mediapart concernant l’affaire dite de la cassette Méry. On y trouvera cette photo qui prouve contrairement aux affirmations abracadabrantesques de Chirac que ce dernier connaissait bien Méry. On y trouvera également un homme politique prometteur : Sarkozy. En résumé, et en raccourci : L’une des scènes les plus stupéfiantes de cette confession en forme de réquisitoire est le récit par Méry de la remise par ses soins de cinq millions de francs en liquide dans une mallette, à l’Hôtel Matignon, entre 1986 et 1988, dans le bureau de Michel Roussin et « en présence de Jacques Chirac », alors premier ministre.
Vignette photo reprise sur le site de Mediapart à partir de l’émission de Sunset Presse en libre disposition