Choisissons d’embarquer sur le programme présidentiel dont le moteur fonctionne au carburant le plus rentable et le plus pérenne de tous
par PELLEN
mercredi 23 septembre 2026
Supplique à la nouvelle mère ou au nouveau père de la nation française
Paris, le lundi 3 mai 2027, peut-être avant si la providence s’en mêle
Madame ou monsieur le Président, vous n’ignorez sans doute pas que, comme le corps humain, le corps social doit consommer un minimum d’énergie pour survivre et un autre pour vivre en bonne santé. S’agissant du besoin alimentaire, le premier de ces minimums est de l’ordre de 65 KWh de nourriture par individu et par mois, le second de l’ordre de 85 KWh par individu et par mois. Or, non seulement les besoins énergétiques du corps social sont notoirement très loin de se limiter aux KWh alimentaires, mais ce dernier n’a d’autre choix que les puiser tous dans une nature dont la matérialité, consommable ou non, est la forme aboutie de l’énergie.
Dès lors, plus la gamme des besoins énergétiques individuels et collectifs de l’humanité s’enrichit et plus l’appétit de chacun croît, plus les gisements de KWh tendent à s’épuiser et leur variété à s’amenuiser. Le génie humain est ainsi indéfiniment placé devant le défi d’épuiser avec le meilleur rendement possible les filons de KWh à sa disposition, tout en prospectant l’univers entier à la recherche de leurs remplaçants les plus prometteurs. C’est pourquoi, comme toute créature terrestre, l’homme doit instinctivement penser ses vies individuelle et collective en termes énergétiques, avant même d’en concevoir les natures matérielle et spirituelle. Car, non seulement l’une et l’autre natures n’ont aucune chance de prendre naissance en l’absence d’énergie, ni la spirituelle de précéder la matérielle, mais, depuis l’aube des temps, cette dernière écrit l’histoire de l’humanité avec l’encre de la sophistication perpétuelle de son approvisionnement énergétique.
Aujourd’hui, cette sophistication porte le nom d’économie, la discipline humaine capable de gérer préventivement, en temps réels et a posteriori la dynamique commerciale dudit approvisionnement. L’invention de l’usage de la monnaie a permis de faire émerger la notion de coût et même de chiffrer et d’étalonner de plus en plus précisément la valeur des innombrables richesses que la civilisation prétend produire à l’insu de l’ordonnateur des lois physiques. Ne nous y trompons pas : aussi innombrables et aussi diverses que puissent être ces richesses, elles ne sont et ne seront jamais que les stades et les modes eux aussi innombrables de la transformation de l’énergie mise à la disposition des hommes par le Cosmos. Ces derniers ne doivent pas perdre de vue que, si cette transformation leur permet de réinventer un réel malléable, elle ne leur permet pas de créer ex nihilo un réel de substitution. IA ou pas, il suffirait que le ciel de la planète s’obscurcisse durablement sous l’effet d’une éruption volcanique millennale, ou que quelque glaciation rende son sous-sol inexpugnable, pour constater que la lumière peut s’éteindre ici-bas en quelques mois, sans que les superbes joujoux élaborés par l’intelligence humaine y puissent grand-chose.
En conséquence, le fondement le plus essentiel de tout programme de gouvernement doit être partout et toujours la pérennisation de l’approvisionnement d’une richesse fondamentale dont toutes les autres richesses ne sont que des déclinaisons : l’énergie primaire la plus abondante et la moins chère possible, sans laquelle la société ne peut rien construire de solide et/ou de durable, ni développer les préventions les plus efficaces dans tous les domaines, y compris dans celui de la carence énergétique, quelle que puisse être la nature du risque à prévenir.
En ces temps de post-élection présidentielle, rares sont les candidats ayant négligé de se décerner à bon marché le brevet de vertu écolo-économique consistant à mobiliser l’électorat encore indécis en faveur de la grande marche de l’humanité vers la transition énergétique. À la lumière de ce qui précède, il convient donc d’éventer le leurre politicien ayant pris cette apparence chez la plupart d’entre eux, en exigeant de tous qu’ils précisent ce qu’ils mettent concrètement derrière le concept de transition énergétique, et la vocation qu’ils lui assignent. Après 25 ans de transitions énergétiques pour la croissance verte officielle et non officielle et plus de 200 milliards d’euros engloutis dans la guerre essentiellement éolienne contre le CO2, si ce dernier avait une responsabilité prépondérante dans le changement climatique, ça se saurait ne serait-ce qu’à travers les relevés de température. Nos compatriotes doivent en avoir une conscience d’autant plus prégnante que, à ce rythme et à ce ruineux régime économique, ladite guerre supposée légitime aurait mille fois le temps de mener la civilisation française là où les Espagnols menèrent jadis les civilisations Inca et Aztèque. C’est pourquoi les gourous politiques de tout poil peu ou prou à la tête de cette funeste fuite en avant millénariste n’ont rien à envier à ceux de l’Ordre du Temple Solaire auxquels la France, la Suisse et le Canada ont dû les suicides collectifs de la fin du siècle dernier. C’est pourquoi également les programmes de gouvernement promouvant la Programmation Pluriannuelle de l’Énergie indice 3 – la PPE3 – se font délibérément les complices d’un crime plus que jamais impardonnable contre les intérêts vitaux et de court terme de la nation.
Heureusement pourrait-on dire, bien que laborieuse, la relance réputée déterminée du programme électronucléaire français nourrit à juste titre les plus grands espoirs de retour à un confort énergétique bon marché dans la population française. Hélas, quand de sages professionnels montrent combien la France et une industrie nationale désagrégée se fourvoient dans la technologie EPR, les sots ayant voix au chapitre regardent qui finance (1). Non seulement poursuivre dans cette voie technologique place notre économie devant le risque considérable de s’enferrer, mais ce réacteur mal né ne peut pas être l’avenir indépassable de l’industrie électronucléaire française. Seule peut l’être la filière des réacteurs à neutrons rapides euthanasiée à Creys Malville, il y a 30 ans.
Madame ou monsieur le Président, il ne tient désormais qu’à vous d’empêcher que le moteur du bateau désemparé de l’économie française, dont le rendement et la robustesse sont méthodiquement sabotés depuis trop longtemps, n’attende le grand large pour devenir poussif, voire pour lâcher en pleine tempête.
(1) https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/programme-epr2-quand-le-sage-271928