Claude Guéant et la gauche dans le caniveau philosophique

par Bernard Dugué
lundi 6 février 2012

 Est-il légitime de dire que les civilisations ne se valent pas ? Cette question se pose suite aux propos de Claude Guéant qui maintenant, se plaint que ses dires ont été sortis de leur contexte tout en persistant et signant. Et là, le citoyen lambda s’y perd carrément car justement, c’est en les plaçant dans leur contexte que ces propos peuvent choquer et susciter de la part d’une certaine gauche, nommément visée pour son supposé relativisme, une fronde et une polémique comme la vie politicienne nous a habitués à les secréter, un peu comme le foie secrète la bile. Est-ce habile que ce propos du ministre de l’intérieur dans le contexte d’une campagne qui enclenche la seconde vitesse avec peine ? Aux électeurs d’en décider. Quant au propos de Guéant, c’est en le sortant de son contexte qu’il n’a plus rien de choquant et s’avère être une prise de position tout ce qu’il y a de plus philosophique.

 

Les civilisations se valent-elle ? Cette question pourrait carrément faire l’objet d’un sujet philosophique proposé pour le baccalauréat. Ou plutôt, aurait pu, il y a quelques décennies, à une époque moins crispée où les humoristes pouvaient se moquer des homos, des cathos, des juifs, des arabes et du travailleur corse. Le politiquement correct et la peur de choquer des communautés devenues narcissiques, comme les célébrités ou la plupart des gens, interdisent qu’on pose cette question au bac. Ce qui n’empêche pas que le lien entre valeur et civilisation puisse être discutée au Collège de France. Mais cette prestigieuse institution ne pense pas à inviter Claude Guéant, ce qui se comprend, et c’est donc l’Uni, cette association étudiante classée à droite, qui décida de recevoir une petite leçon de philo de la part du ministre de l’Intérieur.

 

Que les civilisations ne se valent pas, c’est une hypothèse tout à fait recevable dans les cénacles où se discutent les doctrines et autres opinions philosophiques sur le monde. Dire qu’il n’y a pas de différence entre les civilisations est une position proche du relativisme philosophique. C’est même une opinion qui fleure bon sa dose d’universalisme fade et mou proposé au service d’un égalitarisme forcené où finalement, l’humain finit par se dissoudre dans les marécages de l’identité. L’égalité des civilisations sur le plan des valeurs éthiques, philosophiques et esthétique, c’est une position qui pourrait être celle d’un Dieu transcendant et c’est légitime dans l’absolu. Hélas, ce Dieu n’habite pas parmi les hommes. Tout au plus a-t-il transmis quelque parole à des chargés de communication nommés prophètes. Il a même fait une visite de courtoisie il y a près de deux mille ans. Mais depuis, plus rien. Alors, c’est aux hommes de décider si une civilisation en vaut une autre et dans quel monde ils veulent vivre. Cette question est philosophique et chaque opinion possède sa justification et a droit de cité dans les amphis et les journaux. Nous sommes dans une « civilisation occidentale » et il est légitime de nous interroger sur les autres civilisations. Il est tout aussi légitime de penser qu’on ne veut pas d’une civilisation où la loi fait référence à un texte religieux, où les tribus règneraient, ou alors, une civilisation qui, comme dans la lointaine Chine, n’accorde pas un statut quasi sacré à l’homme et la personne. Une société qui ne croit plus en ses valeurs dépérit. On peut donc préférer une civilisation au nom des valeurs qu’elle porte et des principes qu’elle met en œuvre. Ce qui n’empêche pas qu’on accorde de la valeur à d’autres civilisations. D’ailleurs, la révolution française et la réforme napoléonienne ont été à l’origine d’un changement de civilisation. Ignorant que nous sommes de l’Histoire, nous avons peut-être oublié cette époque de transition, ainsi que d’autres transformations, bien plus anciennes. Cela dit, la menace principale que subit la civilisation occidentale vient de l’intérieur, du tournant techniciste, utilitariste et sécuritaire. Prenons garde qu’à force d’être obsédé par d’autres civilisations, nous ne nous engagions dans une civilisation sans valeur.

 

Les hussards de la gauche bien pensante sont donc tombés un peu vite dans le piège polémique. Dire que les civilisations ne se valent pas ne signifie pas forcément que certaines sont supérieures à d’autres. Cela peut vouloir dire qu’on préfère certaines valeurs à d’autres, tout comme on préfère Debussy à Mozart. C’est donc une interrogation éminemment philosophique qui a été lancé dans un contexte pas très savant. Un débat placé au niveau du caniveau d’où ne décolle pas la campagne électorale de 2012. Le but étant de provoquer l’émotion et de flatter les chiens d’un camp politique en leur offrant un nonosse à ronger, tout en énervant les chiens de l’autre camp, qui alors se mettent, tel Harlem Désir, à aboyer. C’est pénible. Ce n’est pas parce l’on a un temps de chien que cette campagne doive s’adresser au chiens citoyens

 


Lire l'article complet, et les commentaires





https://merdekakreasi.co.id/buku/pkvgames/https://merdekakreasi.co.id/buku/bandarqq/https://merdekakreasi.co.id/buku/dominoqq/https://merdekakreasi.co.id/tentang-kami/