CNews doit s’expliquer ?
par Jules Seyes
mardi 8 septembre 2026
En juillet, le gouvernement a décidé d’expulser Xenia Fedorova et de geler ses avoirs sous le prétexte qu’elle relaierait la propagande du Kremlin. Seulement, après des années de terrorisme intellectuel, nous commençons à être blindés et à résister.
Hélas, ces aspirants censeurs de la cause atlantiste sont davantage victimes de leur incapacité à formuler un discours sans mensonges pour soutenir leurs positions.
Car, le problème est bien là ! La guerre en Ukraine sert des intérêts. À la fois ceux d’un groupe politique nommé néo-conservateurs, qui rêvent d’abattre la Russie, ceux de groupes financiers qui ont investi à prix cassé dans ce pays et enfin, les commandes au complexe militaro-industriel. Notamment les entreprises américaines ou Rheinmetall. Ce mélange existe dans tout conflit, mais la propagande de guerre exige de passer cette réalité sous silence. En parfaite application de cette théorie, nous avons donc eu droit au récit de la méchante Russie venue s’en prendre à la gentille Ukraine démocratique.
Faut-il s’étonner que beaucoup de gens aient refusé de prendre le mythe pour argent comptant ? D’abord, car les montants prodigieux expédiés à Kiev s’ajoutent à d’autres prélèvements (Pour l’UE, la charge de la dette…) financés par une casse des services publics bien utile pour créer de nouveaux marchés (Cliniques privées, écoles privées, retraites privées…). La conséquence est une augmentation des charges sans le moindre soulagement. L’aspect financier encourage bien évidemment une protestation contre les gouvernements, dont celui auquel appartient monsieur Jean-Noël Barrot.
L’accusation de pro-russisme, donc de trahison, appelons le terrorisme intellectuel par son nom, permet d’éviter tout examen sérieux des intérêts en jeu. Gagnants, perdants ? Voyons, la Russie nous menace, il est impossible de perdre du temps avec de tels détails ! Et pourtant, une simple consultation permet de se rappeler des liens troubles entre le ministre de l’Économie de 2016 et les sociétés Uber et McKinsey. Après de telles suspicions de corruption, la simple prudence citoyenne exigeait une présentation sereine des choix et non un procès inquisitorial contre les positions dites pro-russes.
Nous avons bien évidemment eu l’inverse : un tir de barrage où les opposants qui se contentaient de réclamer des explications et dénonçaient les incohérences du discours officiel se voyaient traités d’agents de Poutine. Là encore, remarquons que nous sommes nombreux sur les réseaux sociaux. Si nous sommes tous agents de Poutine, Tatiana distribue beaucoup d’enveloppes chaque mois. Gageons que la balance des paiements française devrait créer un poste : financement des agents russes. Eh oui, la cohérence est aussi d’additionner les accusations avant de constater que de toutes ces accusations infamantes, aucune n’est arrivée au tribunal ou même à un semblant de preuve au cours des quatre années et demie de guerre. Ainsi, même si ses propos choquent la délicate oreille de monsieur Barrot, de notoriété publique, en 2026, Xenia Fedorova vit de ses émoluments de journaliste ! Monsieur Baud de sa retraite et de ses droits d’auteur.
En revanche, Monsieur Barrot, auriez-vous l’amabilité de nous expliquer comment vous êtes parvenu à mener de front une carrière d’enseignant-chercheur aux États-Unis et à devenir, en même temps (C’est très macroniste), vice-président du MoDem ? La situation éveille en moi comme une suspicion d’emploi fictif ou de complaisance, voire de bienveillance d’un généreux sponsor aux États-Unis. Sans doute les Young Leaders ont-ils des talents particuliers.
De même, votre adjoint, Monsieur Haddad, fut rémunéré pendant des années par l’Atlantic Council. Monsieur Glücksmann, candidat à l’élection présidentielle ou présenté comme tel, rémunéré pendant des années par le conseil national de sécurité géorgien1, peut-il prétendre ne pas servir des intérêts étrangers ? Là encore, votre camp accuse beaucoup sans jamais produire de faits, alors que la suspicion de VOTRE soumission à une puissance étrangère est corroborée par des faits publics et établis !
Voilà l’insupportable, vous attaquez notre honneur sans le moindre élément et, lorsque le groupe Bolloré décide de défendre sa chroniqueuse, vos médias se permettent de porter sur la place publique la rumeur d’une liaison entre madame Fedorova et monsieur Bolloré. Quand bien même cela serait, que voilà une menace terrifiante : un milliardaire accorderait à sa danseuse quelques heures de liberté d’antenne ! Vous êtes bien fragiles pour redouter une telle menace !
Plus sérieusement, monsieur Barrot, la République tolère bien que neuf milliardaires se partagent les principaux médias. Si vous voulez faire un procès, pourquoi ne pas attaquer le groupe Bouygues dont les filiales continuent à travailler et faire des profits en Russie ? Il compense, il est vrai, en relayant complaisamment votre propagande.
Elle a aussi toléré que monsieur Drahi, pourtant franco-israélien, contrôle BFM, RMC, Libération et i24 pendant des années. Il est vrai que la propagande pro-Likoud, je ne dis même pas pro-israélienne, ne dérange pas votre gouvernement.
Si vous décidez de devenir sourcilleux sur les engagements des propriétaires de médias, alors vous avez du travail avec les autres ! Commencez par là !
En réalité, je vous rassure : il existe tellement de Français révoltés par votre comportement que la simple expansion de ses parts de marché a dû suffire à convaincre CNews de poursuivre. Sans parler du petit litige entre monsieur Bolloré et la justice qui a refusé d’homologuer son accord de plaider coupable ou des nombreuses menaces de l’ARCOM. Lui semble considérer ce traitement comme une rétorsion politique envers ses idées. Dans ce contexte, la décision de vous horripiler un peu plus a dû lui être assez aisée. À trop menacer, vous perdez votre dissuasion ! Mais bon, vous êtes membre d’un parti dont la vocation officielle est de soutenir les chances présidentielles de monsieur Bayrou. Il serait cruel d’exiger d’un homme avec de telles références une réflexion trop approfondie.
Au passage, comme j’ai pitié, si un jour vous désirez faire un procès à monsieur Macron pour cruauté animale, je suis prêt à témoigner. Vous avez de bonnes chances tant votre nomination comme ministre des Affaires étrangères dépasse ouvertement vos capacités. Vous vous révélez incapable de condamner l’attaque américaine contre l’Iran, les massacres causés par Israël. Vous vous empêtrez dans les crises internationales d’un monde trop complexe pour vous ! Normal, il semble vous manquer le calibre intellectuel requis par la haute fonction que vous occupez. Vous devriez être à la hauteur de Richelieu, de Talleyrand, de Tocqueville. Pardonnez-moi de placer la barre si haut ! Chasser Xenia Fedorova pour avoir exposé les vérités qui vous dérangent reste la seule tâche à votre portée. Et encore, attendons de voir la justice se pencher sur l’arrêté d’expulsion. Vous étiez plus à votre aise avec les mécanismes de l’Union européenne qui eux produisent leurs effets avant l’examen de la décision devant les tribunaux. Jacques Baud et Xavier Moreau peuvent en témoigner puisque leurs sanctions ont été prorogées de six mois alors que la contestation n’a pas encore été jugée !
Le procédé, par sa lâcheté intrinsèque, vous convient !
Il faut dire que l’OTANIEN, libéral ou mondialiste, est fâché avec la réflexion. Il y a peu, dans une violente diatribe contre Jacques Baud, l’un d’eux l’accusait de vendre ses livres à un public crédule. Passons sur la petite insulte pour disqualifier ledit public. En général, on se lamente sur les utilisateurs de réseaux sociaux, les écrans, mais jamais sur les lecteurs réputés former un public plus cultivé que la moyenne. Jacques Baud, Xavier Moreau et bien des membres du camp de la réinformation publient des livres qui sont achetés et lus.
Mais, qu’en est-il du camp atlantiste dont bon nombre de membres s’autorisent à les traiter de crétins ? Ont-ils seulement lu les livres qu’ils vilipendent ? Il est vrai que ces textes doivent être hors de la portée intellectuelle des lecteurs de Bruno Le Maire et de Marlène Schiappa, tous deux ministres du président Macron. Charles de Gaulle écrivait et avait Malraux comme ministre ; on peut légitimement se demander quelle position il eût prise au sujet du conflit. En attendant, nous en arrivons à un camp dont la seule vision du monde paraît être le relais d’une poignée de think tanks anglo-saxons, comme l’ISW (Institute for the Study of War) qui entretient des liens familiaux avec madame Nuland (belle-sœur de la directrice Kimberly Kagan) sans que le conflit d’intérêts ne trouble personne. Un camp qui utilise d’anciens généraux de l’OTAN comme consultants, comme si, après de telles fonctions, ces gens pouvaient être impartiaux ! Qui est crédule ? Le plateau de LCI qui nous diffuse la version française de cette propagande ou le lecteur de Jacques Baud qui dévore des livres précis et sourcés ?
Enfin, il faut une furieuse suspension d’incrédulité pour lire la version officielle où, dans le même temps, l’armée russe est nulle, construit ses missiles avec des pièces de machines à laver et se prépare à dévorer l’Europe. Il est certain que le seul livre lisible après une telle expérience de double pensée est « 1984 » !
Passons sur l’idée qu’à Leipzig des agents russes auraient réussi à lancer trois drones qui n’ont pas explosé, et auraient laissé leur matériel sur le terrain. Sûrement la terreur de la Bundeswehr. (Vous savez, l’armée qui avait planté 10 chars sur 14 sur un terrain de manœuvre. Enfin une armée au niveau Jean-Noël Barrot.). Là encore, il conviendrait de décider si les Russes sont ou non compétents. Soit ils ne le sont pas et alors, nous n’avons rien de sérieux à craindre. Soit ils le sont, et alors, vu notre niveau de compétences (ou plutôt d’incompétence), nous devrions apprendre à leur parler poliment2.
Ces contradictions marquent tout le discours atlantiste et, au lieu de les lever, d’argumenter, Jean-Noël Barrot et ses affidés menacent, exigent des explications. Elles sont simples : Leur discours ne tient pas la route une seconde et ce n’est pas être un propagandiste du Kremlin que de se demander si ces gens ont encore tous les boulons en place.
Pas les dirigeants, ceux qui ont exigé ce discours. Eux savent quels intérêts ils servent et les engraissent : l’UE, qui profite de la guerre pour avancer à marche forcée sur son armée, sait ce qu’elle fait : finir de vider l’espace européen de recours populaires effectifs pour accélérer sa guerre aux salaires et disposer d’une milice capable de réprimer les révoltes populaires que provoquera sa politique (Gilets jaunes, tome II). Là, la cohérence est totale, mais inavouable.
En revanche, se pose la question des suiveurs, ceux qui relaient sans trembler le discours et attaquent les contradicteurs avec insultes et menaces.
Est-ce l’expérience d’Asch qui les empêche de contredire le discours porté par les médias ? La peur d’exposer leur incapacité à fournir un raisonnement sérieux ? Ou bien celle de Milgram qui les pousse à être les meilleurs agents de l’autorité ? Impossible de déterminer l’origine de leur soumission, mais la question mériterait d’être posée, tant leur comportement est une menace pour la démocratie.
Car, le pire est là. Ces gens nous parlent de démocratie à longueur de journée. Ils veulent la sauver en Iran, en Russie, partout dans le monde, mais ils ignorent l’impact de leurs imprécations à domicile.
Faire taire des journalistes, bloquer l’accès à leur compte, embastiller une mère sur de vagues accusations d’espionnage (Mais avec un dossier qui ne permet pas d’aller tout de suite au procès, on appréciera la qualité des accusations3), ont un effet délétère sur la société ouverte où le débat doit corriger les erreurs de jugement qu’ils appellent de leurs vœux (Je sais, il est vilain de reprendre les théories de l’open society comme si elles étaient sérieuses. Un slogan n’est là que pour couvrir de viles manœuvres d’un voile pudique.).
En pratique, ils soutiennent des excès de répression qui reviennent à un alignement sur la politique gouvernementale qui ne tolère pas la critique. Une méthode digne des dictatures. Certes, la liberté d’expression implique bien souvent d’écouter des gens que l’on qualifie de cons et dont l’éloignement par rapport à notre conception du réel excède notre patience. Mais, c’est justement le principe d’une société ouverte.
Peut-être certains atlantistes sont-ils convaincus que les Russes font tout pour attiser les faiblesses de notre société. Accordons-leur qu’ils me trouvent con de n’y accorder aucune importance, mais qu’ils me permettent de leur rappeler certains éléments de ma vision du monde : Dans un pays où les gilets jaunes, les pompiers, les agriculteurs ont manifesté face à de lourds déploiements policiers (Saupoudrés de violences policières et de moult gardes à vue), dans un pays où le président est détesté à plus de 70 %, les Russes ont-ils besoin d’attiser quoi que ce soit ? Citer les Russes ne serait-ce que comme facteur significatif de cette situation revient à délégitimer le mécontentement de beaucoup de Français envers l’occupant de l’Élysée.
Peut-être pensez-vous, comme cela fut déclaré sur un plateau, que les Russes ont aidé à déclencher les incendies dans le sud. Certes, mais permettez-moi de vous rappeler que ceux-ci ne sont devenus un problème qu’en raison du non-renouvellement de la flotte de Canadair et des faibles ressources allouées à la sécurité civile (Sans parler de la gestion des paysans désireux d’aider les pompiers). Pire, qui ignore encore que les forêts empêchent des opérations de construction et qu’un incendie bienvenu permet de reclasser les parcelles dans la bonne catégorie : Celle qui rapporte. La guerre hybride russe est sans doute responsable de cet effet d’aubaine créé par nos codes juridiques ? (un problème dont on parlait déjà lors des incendies de mon enfance dans les années 1980. V. Poutine est comme Skynet : il a inventé le voyage dans le temps pour sa guerre hybride.)
Voilà le niveau des arguments que l’on nous sert, je pourrais en chercher bien d’autres tout aussi lamentables. Cela nous mène à la véritable question : Jean-Noël Barrot souhaitait que CNews s’explique, certes, mais si lui aussi s’expliquait ? Juste pour mémoire, autrefois, ça se nommait des débats, mais les débatteurs avaient de la réserve en termes d’arguments pour défendre leurs positions. Xenia Fedorova, Jacques Baud, Xavier Moreau et bien d’autres ont prouvé disposer de cette réserve. Monsieur Barrot et ses amis atlantistes peuvent-ils en dire autant ?
1Felix Maquard qui fut dans la même situation au même moment, dit que lui-même touchait 30 000 euros par mois.
2Regardez la leçon donnée par Gabin à la fin du film Les Grandes Familles : « Maintenant, tu es pauvre, tu vas devoir apprendre à être poli. » Vu notre dette, nous devrions écouter le conseil !
3Libérez les membres de SOS Donbass ! Anna Novikova, Vincent Perfetti toujours en prison depuis maintenant 9 mois !