Comment l’histoire de l’impérialisme français aura préparé deux terrains pour les jeux sanglants d’un De Gaulle : Indochine et Algérie (50)
par Michel J. Cuny
mardi 25 novembre 2025
La séance qui a eu lieu le 13 juin 1930 à la Chambre des députés va nous permettre de prendre connaissance de la position officielle du Gouvernement français face aux événements sanglants survenus en Indochine, et aux conséquences politiques que ces événements avaient pu entraîner...
...en faisant ressortir le rôle du parti communiste dans la mise en œuvre, sur le territoire de la métropole, d’une activité anticolonialiste très déterminée, et mise en liaison avec ce que les garants de l’impérialisme français appelaient alors les « peuples indigènes ».
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C’est le ministre des Colonies, François Piétri, qui monte à la tribune pour évoquer les derniers événements… Il serait, plus tard, ministre de la Guerre (20 février – 3 juin 1932)…
« Au Tonkin, entre le 10 et le 20 février, un coup de main extrêmement audacieux, qui n’est que la réalisation d’un long et minutieux complot ; une attaque armée, menée sur plusieurs points en même temps par quelques centaines d’individus résolus munis de sabres, de bombes et de mitrailleuses. Ce mouvement de révolution violente déclenche une défensive énergique et rapide. Il est sans profondeur sur les masses, en dépit de la complicité de deux ou trois villages, et il cesse à partir du moment où la petite armée des conjurés se trouve défaite ou prisonnière. » (page 2497)
« En Cochinchine, à l’extrême Sud de la péninsule, en pays, cette fois, d’administration directe, autre série d’incidents commencés aux environs du 1er mai et dont les derniers datent du 4 juin. Il s’agit, cette fois, d’un mouvement de protestation assez étendu, à forme sociale, qui n’a rien à voir avec une offensive armée et qui ne s’envenime, parfois, que sous l’action infatigable de quelques meneurs, les mêmes que ceux du Tonkin. » (page 2497)
« Ce qui est commun aux deux mouvements et ce qui fait croire à leur parenté, c’est l’exploitation vigilante qui en est faite par les meneurs du communisme. » (page 2497)
« Je vous signalais en janvier […MJC] que l’Indochine était agitée par 2.000 communistes professionnels. Je ne modifie pas mon opinion. Si la moitié d’entre eux, par ses tentatives criminelles, s’est mise dans la main de l’autorité, si l’on en poursuit encore tous les jours, à la suite d’incidents comme ceux de ces temps derniers, il n’en est pas moins vrai que ce qui en reste constitue pour le calme, sinon pour la sécurité de notre grande colonie, un péril toujours redoutable et nous ferons tout pour le conjurer. » (page 2497)
« Je veux parler de la chasse donnée, au lendemain de Yen-Bay, aux deux ou trois cents individus auteurs de l’attentat, déguisés en tirailleurs pour la plupart, que conduisait l’agitateur Nguyen-Thai-Hoc, avec la complicité de certains villages rebelles et suivant un plan de campagne précis. C’est au cours de cette poursuite que le résident supérieur du Tonkin a donné l’ordre, dans les conditions que j’ai déjà détaillées à cette tribune, lors du débat sur la date, et sur lesquelles, je reviendrai tout à l’heure, de lancer des bombes sur le village de Co-Am, où s’était réfugié le gros des conjurés.
À cette catégorie d’actes de répression militaire se rattache l’usage que la garde indigène a été amenée à faire de ses armes de 1er, puis le 4 mai, à Ben-Thuy, et qui a causé la mort de vingt et un manifestants, si l’on peut appeler ainsi une foule de 1.200 à 1.500 exaltés armés de tire-points dont étaient menacés les cinquante miliciens chargés de les contenir. » (page 2498)
Reprenons notre souffle, et passons à la suite… qui va évoquer… l’Algérie, où, dès le 8 mai 1945 (oui, oui, ce jour-là précisément) Charles de Gaulle faisait tirer sur la population (hommes, femmes et enfants) de Sétif, Guelma et Kherrata… Les estimations d’aujourd’hui nous donnent un bilan qui va de 5.000 à 30.000 morts.
Pour sa part, voici ce que déclare François Piétri, en 1930, à propos des méthodes de l’armée française…
« Le procédé de la répression collective, tel qu’il a été pratiqué, il y a de longues années, en Algérie ou dans l’Afrique centrale, et tel que je l’ai vu interdire au Maroc [… MJC], sous les sanctions les plus graves, consistait à rendre tel ou tel village ou telle tribu responsable d’un crime commis sur son territoire, de façon à obtenir la dénonciation ou la livraison des coupables. Faute d’y parvenir, des otages ou des prisonniers étaient prélevés au hasard dans la population ou des représailles étaient exercées contre elle. » (page 2500)
Quinze ans plus tard, De Gaulle l’a donc fait… mais en pire !... et dès le jour de l’armistice…
Pour sa part, et face aux atrocités du début des années trente, François Piétri préférait se placer substantiellement en retrait…
« Rien de commun entre cette terrible contrainte, exercée à froid et les mesures de force dont on a été obligé d’user à Co-Am. » (page 2500)
« Entre le 10 et le 15 février, il faut bien se convaincre que cette partie du Tonkin est proprement en état de guerre. La lutte entre l’autorité et les rebelles armés est ouverte. Plusieurs villages abritent manifestement les révoltés et refusent de les livrer. Le résident supérieur a 25 miliciens à sa disposition. On ne sait encore quelle sera l’attitude des populations et même celle de la troupe indigène. Une hésitation, un atermoiement peuvent déterminer la panique et le désastre. Derrière leurs haies de bambou, les rebelles peuvent tenir en échec des forces infiniment supérieures. C’est donc dans les conditions et dans l’ambiance d’une véritable expédition militaire que les événements se succèdent et se précipitent, et le fait de guerre qu’a été le bombardement de Co-Am, auquel il n’est recouru qu’à la dernière extrémité et après que les avions ont été accueillis par une grêle de balles, dans les conditions, par conséquent, d’une légitime défense, y trouve, en fin de compte, sa justification.
J’ajoute qu’il me serait possible d’en trouver un grand nombre de précédents, au cours des agitations qui se sont déroulées au Tonkin, en 1912, en 1918, en 1920 et où il a été usé, dans des circonstances analogues, du bombardement par le canon. » (page 2500)
En Algérie, le 8 mai 1945, De Gaulle a « bravement » fait jouer les trois armes : terre, air et marine… Pas de jaloux… et un maximum de sang…
Revenons avec François Piétri, en 1930…
« Dans tous les cas tragiques comme celui de Ben-Thuy, les véritables coupables, ceux que l’on ne retrouve jamais parmi les victimes et qui se bornent à pousser devant eux une foule crédule, ce sont les organisateurs criminels de ces mouvements. » (page 2500)
« […MJC] il n’est pas inutile de rappeler que le Tonkin a toujours été le théâtre de certaines agitations, qui s’y reproduisent presque chroniquement. Nous verrons par suite de quelle évolution cet état fréquent de trouble s’est transformé, peu à peu, en fermentation bolcheviste ou communiste. Mais ce qui est certain, et non sans intérêt pour la compréhension d’un sujet complexe, c’est que cette partie de l’Indochine, évidemment pauvre, surpeuplée, voisine de l’anarchie chinoise, n’a cessé de représenter, parmi les territoires de l’Union, quelque chose comme la marche, la lisière de la dissidence politique, et que les mouvements de rébellion contre notre autorité y ont souvent trouvé, comme d’ailleurs, dans le Nord de l’Annam, leur terrain d’élection. » (page 2500)
Certes, aura donc dit François Piétri, il y avait effectivement une « fermentation bolcheviste ou communiste », mais il s’agissait aussi, d’abord et avant tout, d’une « partie de l’Indochine, évidemment pauvre, surpeuplée »
Mais qu’importe ce dernier point, sans doute !... N’empêche, bien avant que le communisme bolchevique ait pu même exister…
« De 1886 à nos jours, quels que soient les hommes qui aient dirigé l’Indochine et quelle qu’ait été leur politique, nous avons toujours eu contre nous une minorité de factieux qui n’a jamais désarmé et que nous appelions, jusqu’à présent, le parti du nationalisme annamite. » (page 2501)
Plus grave, désormais, mais bien dans la continuité avec l’histoire de la colonisation…
« […MJC] c’est en présence d’un nationalisme communiste que nous nous trouvons aujourd’hui. » (page 2501)
Voilà qui annonçait Hô Chi Minh... contre qui De Gaulle lancerait le corps expéditionnaire français dès septembre 1945, et sur recommandation du président des États-Unis, Harry Truman, très pressé de faire jouer la France contre le… communisme…
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https://dejeanmoulinavladimirpoutin.wordpress.com/
Michel J. Cuny