Comprendre la marche du monde par-delà les douleurs des guerres. Une humanité dont le cours est tracé sans qu’elle le sache
par Hamed
mardi 14 juillet 2026
Comment comprendre le monde aujourd’hui ? Où va-t-il ? Notre temps ne ressemble en rien aux temps passés. Il est complexe, insaisissable, difficile à définir, difficile à situer dans sa trajectoire. Le monde s’est transformé lentement au fil des siècles ; mais depuis le XXe siècle, il va si vite qu’il faut désormais compter en décennies, voire en années. Quel sens donner à ce développement fulgurant ?
La science a fait des bonds considérables. Au Moyen Âge, l’humanité comptait moins de 400 millions d’êtres humains ; elle en compte aujourd’hui plus de sept milliards, un nombre multiplié par dix-sept. Pourtant, c’est la même Terre, ce sont les mêmes hommes. La seule variable serait-elle le Temps ? Varie-t-il réellement, ou n’est-il qu’une illusion de notre pensée, qui nous fait croire qu’il avance, alors qu’en réalité il n’existe pas, ou, s’il existe, nous ignorons ce qu’il est ? Une question métaphysique.
Il nous est du moins commode qu’il varie, puisqu’il nous situe : ce que l’on était il y a dix ans, un an, une semaine ; ce que l’on est aujourd’hui ; ce que l’on sera ce soir, demain, dans dix ans, ou ce que l’on ne sera plus, ou même ce que nous n’avons jamais été. Nous avons existé, certes, mais pas par nous-mêmes : on nous a fait exister, « sûrement » pour être, puis pour passer.
Étrange destinée que celle de l’homme : être, puis ne plus être, ou croire être, quand tout lui laisse croire qu’il se gouverne, alors qu’il est gouverné sans même en prendre conscience, lui qui, en réalité, n’est rien, rien, rien, et vient de rien. Et c’est là tout le prodige : être rien et tout à la fois, comme l’a formulé Blaise Pascal : « L’homme est un milieu entre rien et tout. »
L’espace, lui aussi, varie-t-il ? Avance-t-il, se rétracte-t-il ? Einstein, en liant dans ses équations le Temps, la Masse, l’Espace et la vitesse de la lumière, a montré qu’ils s’étirent ou se contractent l’un par rapport à l’autre, et que seule la vitesse de la lumière demeure constante. N’est-ce pas là un prodige de la pensée, capable de faire dire à l’être humain ce qu’elle veut ? Peut-être est-il alors plus juste de dire que l’espace est fini, quand bien même il paraît immensément infini, paradoxe entre le fini et l’infini propre à l’esprit humain, puisque tout provient de cet esprit-pensée que nous ne connaissons pas.
Il reste que le Temps est une dimension fondamentale de l’existence, le cadre où s’organisent toute notre conscience et notre expérience du monde. On ne peut être sans lui : il englobe la Terre, les hommes, l’espace sidéral. Sans le Temps, l’homme ne peut se savoir ; il est son seul repère dans l’existence, dans l’Histoire. L’espace, on le voit dans son immensité. Le Temps, on ne le voit pas : on le sent. Mais le sentir comment ? Non comme on sent le temps s’égrener pendant qu’on est assis, qu’on marche, qu’on discute, qu’on travaille sans y penser, le temps est bien davantage que cela : il doit être senti dans son essence même. Il est notre histoire, il est notre existence ; et par ce qu’il renferme de bonnes ou de mauvaises surprises, il n’est pas seulement le témoin des instants vécus, mais le Temps de notre existence tout entière.
Pouvons-nous comprendre le sens de notre existence, et donc du Temps ? Ou, plus encore, le « Temps du Temps » ? Si le Temps a une âme, une essence, alors notre Histoire en a une aussi, et l’on peut concevoir une « Histoire de notre Histoire », qui irait au-delà de ce que Hegel et tant d’autres philosophes ont appelé la philosophie de l’Histoire.
Notre temps n’est pas celui des Anciens : il s’est passé beaucoup de choses depuis. Avec le recul, on peut survoler cet écoulement du temps commencé il y a des millénaires, voire des millions d’années, qui ne sont plus, dans la mémoire, qu’un seul instant.
Le Moyen Âge, particulièrement rude dans la formation de l’humanité, n’en fut pas moins nécessaire dans le Temps : un stade historique intermédiaire entre le monde antique et le nôtre, ravagé par la famine, les maladies, les épidémies décimant hameaux, villages et villes. La Mort noire, entre 1300 et 1400, emporta un tiers de l’Europe avant de s’étendre au reste du monde.
Des historiens occidentaux avancent qu’elle fut ramenée par les Croisés depuis le Proche-Orient ou l’Afrique du Nord, mais qui, à l’époque, aurait pu le certifier ? Et si c’était vrai, pourquoi les Croisés y sont-ils allés ? Pour les croisades elles-mêmes ? Il ne faut pas craindre les mots ni leur portée dialectique : et si cette épidémie fut une rétribution de l’Esprit du Monde, de l’Esprit du Temps ? Voilà ce qu’ont coûté à l’Europe plus de huit croisades sur les terres d’Islam, que les peuples musulmans n’avaient pas demandé à voir venir. Et si tout se payait, ici-bas ? Ce que l’on prend pour le chaos dans les événements qui touchent l’humanité n’est peut-être, tant pour les Croisés que pour les peuples musulmans, qu’un ordre supérieur de l’Esprit ; toute sanction n’étant que le fait de la Providence.
L’Histoire de l’homme recèle d’innombrables cas où la Providence se substitue à lui, lorsqu’il ne peut réparer le préjudice fait par l’homme à l’homme. C’est là un principe relevant de l’Essentialité de l’existence. Les Croisés devaient y aller, et la « maladie noire » devait éclater comme une nécessité, pour mettre un terme à ces raids chrétiens en terre d’Islam, au prix, il est vrai, d’un tribut effroyable en vies humaines.
La vraie question n’est donc pas qu’il y ait eu un tribut à payer, ni même qu’il y ait eu des croisades, mais bien pourquoi il y eut des croisades. On peut avancer mille explications, l’appel d’Urbain II, les crises démographiques, économiques ou politiques au cours du temps en Europe, il demeure que le Temps-providence a, en quelque sorte, ordonné ces événements. Ces croisades furent une Nécessité de l’Histoire, comme le fut, plus tard en Europe, ce qui mit fin aux croisades, la « maladie noire » ; et si ce n’est pas la maladie noire, force de dire qu’elle y a contribué. Hegel dira qu’il y a un Esprit dans l’Histoire ; l’auteur de ces lignes ajoute qu’il faut en déchiffrer le message.
L’homme n’est donc pas seulement témoin de cet Esprit dans le Temps de l’Histoire : il en est aussi l’acteur, capable d’en comprendre le message providentiel.
Au Moyen Âge, les conditions d’existence des peuples, en Europe, en Afrique, et ailleurs, étaient d’une dureté extrême. Les hommes n’avaient presque pas le statut d’êtres humains. L’histoire d’Europe, par exemple, rapporte que les peuples, confinés dans des États-royaumes, vivaient, pour la plupart, en serfs ou en vilains, dans un statut proche de l’esclavage, vendus avec les terres des seigneurs. Capitalisme, socialisme, communisme, démocratie : toutes ces notions leur étaient absolument étrangères. Seuls quelques initiés connaissaient la démocratie des Anciens Grecs, un mot resté vide de sens pour des peuples tenus en coupe réglée par le servage. Le monde était brut, ignorant, les foyers de lumière rares ; l’Église, elle, veillait à maintenir la régression et, avec elle, les privilèges des prélats. Ce monde médiéval, sensiblement le même partout, en Europe comme hors d’Europe, fut malgré tout, malgré le servage, malgré les religions instrumentalisées, un stade de pacification nécessaire dans l’évolution des peuples.
Et le plus frappant, c’est que cet esprit des seigneurs et des rois perdure aujourd’hui encore : en plein XXIe siècle, des peuples soumis conservent cette empreinte moyenâgeuse, même armés de l’avion et d’Internet. Preuve que le Temps de l’Histoire est têtu, et que rien n’est jamais acquis pour une humanité en retard et en perpétuelle évolution.
Vint la Renaissance, puis le Siècle des Lumières : l’Europe renoua alors avec ses expéditions d’antan, mais à l’échelle de continents entiers : Amériques, Afrique, Australie, Asie. Pression démographique et avancées scientifiques lui donnèrent les moyens d’imposer sa puissance au monde entier. Une minuscule Europe à l’échelle planétaire, mosaïque de nations et de langues, devint pour quatre siècles le centre de décision du monde d’où rien ne se ferait plus sans elle. Destinée, histoire, nécessité : c’est tout cela à la fois qui la porta à dominer le monde, comme cela avait déjà été le cas, avant elle, pour les empires romain, byzantin, arabe. Rien d’extraordinaire à cela : il arrive toujours, à un moment de l’Histoire, qu’un peuple, une nation, un continent domine et surplombe les autres.
Une équidistance géographique relie d’ailleurs l’Europe aux continents asiatique, américain et africain ; une géographie qui vint renforcer sa centralité. Mais tout processus a une fin, d’autant que le monde colonisé ne pouvait rester indéfiniment assujetti ; sinon, l’humain lui-même perdrait son sens. On peut domestiquer un animal ; mais pas un homme qui pense.
La pensée est à la fois prison et libération. Il survient toujours un concours de circonstances nécessaires pour délivrer l’homme de ses chaînes, car nul homme ne saurait rester indéfiniment au-dessus d’un autre. On peut dominer par la richesse, par les armes, par l’avance technologique ; mais l’Histoire évolue en boucle, et il vient toujours un temps où tout se renverse, où le dominant devient à son tour dominé. Cela relève de cet Esprit du monde qui gouverne les humains, le plus souvent à leur insu.
Ainsi, au XIXe siècle, deux nations naissent et deviennent des grandes puissances : l’Allemagne et le Japon. Arrivées en retard au partage du monde, elles cherchent, comme puissances montantes sur l’échiquier géopolitique, à négocier leur part des territoires d’Afrique et d’Asie. Et voici l’incroyable : ce que l’Europe avait mis quatre siècles à bâtir, ces mêmes puissances tardives allaient le détruire en trois décennies, en entrant en guerre contre celles qui les avaient devancées. Deux guerres mondiales, tribut payé par les grandes puissances, à l’image de la Mort noire aux XIIIe et XIVe siècles, pour déconstruire ce que la colonisation avait édifié. En clair : l’heure de la libération des peuples d’Afrique et d’Asie avait sonné, comme celle de la fin des empires coloniaux, européens et asiatiques.
Comprendre l’Histoire de l’humanité suppose de ne pas se voiler la face. Il ne s’agit pas de dénigrer les pays européens, mais de saisir la dynamique qui fait avancer l’humanité ; et rien n’y est fortuit, tout relève d’un Plan qui transcende l’homme. Ce n’est même pas de la religion, c’est la Reli-Gion ; l’homme est « relié » à une Essence dont il ne sait rien.
Du reste, transposons la situation : placés en Europe, Chinois ou Arabes auraient sans doute mené les mêmes politiques coloniales. Le problème n’est donc ni l’Europe ni le tribut qu’elle a payé, mais bien de comprendre pourquoi il y eut colonisation, puis guerres mondiales pour y mettre fin.
Telle est la marche herméneutique de l’Histoire. En avance sur les autres régions du monde, les pays d’Europe colonisèrent les deux Amériques, très peu peuplées sur d’immenses étendues ; une colonisation de peuplement, comme en Australie. En Afrique et en Asie, même logique, mais une démographie plus dense y explique que ce fut, cette fois, par deux guerres mondiales que s’acheva la colonisation.
Cette colonisation, pourtant appelée à durer longtemps, obéissait elle aussi à une nécessité inscrite dans les événements humains ; une donnée contre laquelle le monde ne pouvait rien. Tout ce qui devait arriver, dans le Temps de l’Histoire, devait arriver, pour être ensuite dépassé par ce qui devait, à nouveau, survenir autrement. Les êtres humains ne décident pas de leur destin : tout au plus se perdent-ils en conjectures, sans appréhender l’essence même de l’Histoire.
Il existe donc des buts assignés à l’Histoire et aux Temps de l’Histoire, qui déterminent les événements, fussent-ils révoltants, pour faire avancer l’humanité. Les hommes agissent, certes, mais une Force plus agissante encore les transcende et transforme leurs actions en d’autres actions.
Prenons les guerres d’aujourd’hui, en Ukraine et en Iran. Comment ont-elles été déclenchées ? Par le même processus qu’au temps de la colonisation. Forte du soutien de la première puissance mondiale, l’Europe veut à tout prix s’étendre à tous les pays d’Europe qui n’ont pas intégré l’Union européenne. L’Union européenne compte aujourd’hui 27 membres, et en compterait 37 en intégrant les autres candidats disputés par d’autres, il faut le souligner ; et cet élargissement constitue un enjeu vital pour l’Occident.
Le monde, longtemps bipolaire, est devenu unipolaire après l’éclatement de l’URSS et, avec le ralliement naturel des pays du rideau de fer à l’Europe de l’Ouest, l’Occident s’est encore fortement renforcé. Mais en voulant aller plus loin encore, construire un front face à la Russie et à la Chine, l’Union européenne et les États-Unis cherchent à pérenniser l’hégémonie acquise après 1991. Or ils ne le peuvent pas pour des raisons précises.
Le Temps de l’Histoire a changé et le monde est devenu « unipolaire ». Mais le Temps de l’Histoire avance ; il n’est pas figé, il évolue et donc ne reste pas ce qu’il est devenu. La Russie a beaucoup évolué : elle a accepté que les pays de l’Est, autrefois sous son influence, rejoignent l’Union européenne ; elle ne pouvait d’ailleurs pas refuser, le système communiste ayant volé en éclats sans guerre, ses limites atteintes, sa mission historique accomplie avec les deux guerres mondiales, le système soviétique qui avait été le fer de lance de la décolonisation du monde devait s’effacer de la scène de l’histoire.
Mais, l’armature géostratégique et géoéconomique s’étant reconstituée en deux décennies pour l’Union européenne, celle-ci acharnée à s’agrandir pour bâtir un seul pôle de puissance n’a pas pris la mesure de ce grand voisin de l’Est. Et c’est ainsi que, non par fatalité mais par nécessité historique, la guerre a éclaté entre l’Ukraine et la Russie ; une guerre qui relève, elle aussi, des Nécessités de l’Histoire, comme naguère en Europe, jusqu’aux deux guerres mondiales.
Même logique du Temps de l’Histoire au Moyen-Orient. Pendant soixante-quinze ans, États-Unis et Israël y ont mené le jeu, comme l’Europe l’avait fait en Afrique et en Asie, en les maintenant dans leur état de colonisées ou dominées. Et la situation, aujourd’hui, s’inverse : aucune puissance ne peut pérenniser sa domination sur des peuples créés libres par essence. Il y a donc des lois dans la marche de l’humanité à travers l’Histoire ; et ces lois sont les « Lois de la Nécessité ».
Tout ce qui arrive est causal : rien ne vient du hasard, tout est causé. Reste la question ultime : d’où vient la Cause qui cause ? Il y a là, pour l’humain, un pan d’inexplicable, dans ce rapport de cause à effet qu’il ne pressent pas. On peut même se poser métaphysiquement des questions. Par exemple, pourquoi les États-Unis sont-ils devenus une superpuissance, et non un autre pays d’Amérique ? Pourquoi les Juifs venus s’installer en Palestine au début du XXe siècle se sont-ils renforcés, en quatre à cinq décennies, au point de chasser 700 000 à 800 000 Palestiniens de leurs terres ? Alors qu’ils sont restés pendant 2000 ans apatrides, dispersés à travers le monde ?Dans la même vision métaphysique, pourquoi les plus grands gisements de pétrole se trouvaient précisément au Moyen-Orient, rendant la région si convoitée, au point que cette richesse amena la superpuissance américaine à soutenir la fondation de l’État d’Israël ?
Rien de tout cela ne relève des humains eux-mêmes ; ni des Américains, en grande partie descendants d’Européens et d’Africains devenus afro-américains ; ni des Juifs, appelés à fonder cet État ; ni des Palestiniens, dont une partie fut chassée de ses terres. Et si, après deux mille ans d’errance, les Juifs revendiquent la Palestine au nom d’un royaume hébreu disparu depuis deux millénaires ? C’est que cela devait se réaliser et cela au nom d’une réalité nécessaire ; cette réalité devait surgir et elle a des causes qui l’ont causée. Et il faut le dire, depuis le XVIIIe siècle, avec la Révolution française, et le XIXe siècle que l'Europe a vu naître le concept du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes (les Italiens, les Allemands, les Grecs réclamant leur propre État). Un processus en fait naturel.
Cependant, un royaume de Judée biblique ne ressurgit pas de terre, au XXe siècle ; c'est impossible. Il a existé, comme tous les royaumes qui ont fini par cesser d'exister ; l'URSS aussi a disparu, sans retour possible, comme avant elle les empires romain, byzantin, arabe ou coloniaux européens. Les prétentions d'Israël sont ce qu'elles doivent être ; celles des Palestiniens, qui résistent pour retrouver leurs terres, le sont tout autant. La lutte qui se poursuit depuis 1948 est légitime pour le peuple palestinien qui s'est vu chassé de ses terres. Les instances internationales ont bien tenté de trancher, en 1947, par un plan de partage qui attribuait à chaque peuple une part de cette terre ; mais ce plan n'a jamais été appliqué, rejeté par les uns, débordé par la guerre qui a suivi, et depuis, ni les frontières, ni le statut de Jérusalem, ni le sort des réfugiés n'ont trouvé de règlement reconnu par tous. C'est cette irrésolution même, plus que le droit international, qui a fait le lit du conflit jusqu'à aujourd'hui.
Ce qui s'opère depuis relève d'un affrontement entre deux mémoires blessées, dans un contexte qui dépasse la seule volonté des hommes. Comme ce qui s'est passé pour le peuple juif, longtemps lésé, persécuté, écarté des nations d'Europe jusqu'à l'extermination, et pour le peuple palestinien, dépossédé de sa terre en 1948, exilé, occupé, par l'ironie tragique d'une histoire où celui qui fut privé de terre en vient, par les logiques de l'État qui l'a accueilli, à priver un autre peuple de la sienne. La guerre qui les oppose n'est pas un frein imposé de l'extérieur à ce face-à-face : elle en est la conséquence directe de deux légitimités qui n'ont pas trouvé, jusqu'ici, de partage qui satisfasse ni l'une ni l'autre.
Cependant, cet affrontement vécu relève de la marche du monde, un processus qui devait être ainsi, naturel faut-il répéter, pourquoi ? C'est précisément là la question. Et il faut s'interroger sans fatalisme, simplement avec la raison qui est en chaque être. D'où vient la Cause qui cause ? Les humains ne le pressentent pas ; ils sont agis. D'où ces lois supérieures, ces Lois de la Nécessité, qui sont à l'œuvre dans l'Histoire ? Une seule réponse, à qui veut bien l'entendre par la foi plus que par la seule démonstration : l'Intelligence Suprême. Conflit, guerre, dispersion, paix, retour et autres seraient alors les événements qui constituent l'étoffe de ce qui fait l'humanité, non parce que la raison seule l'impose, mais parce que la foi y reconnaît la trace d'un dessein qui la dépasse.
Ce qui se joue aujourd’hui en Ukraine, en Iran, au Liban, à Gaza et dans le reste de la Palestine devait se produire, mais les résultats surprendront. Les humains restent arrimés à leur mémoire : les Occidentaux, imprégnés par l’armature biopsychologique de la colonisation du monde, en gardent l’empreinte malgré la décolonisation. Cette volonté tenace de dominer encore relève, elle aussi, des Lois de la Nécessité, processus naturel, sauf que le monde évolue également, et s’enrichit d’autres évolutions tout aussi nécessaires.
Un exemple, très simple, en cours aujourd’hui : le président américain Donald Trump ne parvient pas à soumettre l’Iran à ce qu’il voudrait qu’il soit. Il porte encore l’armature d’un « impérial », voulant que tout se soumette à lui et à la puissance américaine. Mais ce qu’il vit est nécessaire : il doit être ce qu’il est, parce que la marche de l’Histoire le veut ainsi, et l’Iran de même. Malgré la guerre, les morts, les blessés, les destructions, le processus historique doit suivre son cours. Les États-Unis poursuivront leur déclin, et Israël, indéfectiblement lié à cette superpuissance, le suivra fatalement. La marche du monde est déjà tracée ; et par « marche de l’humanité », il faut entendre le progrès qui la sous-tend. Seul problème : les humains ne le savent pas.
Medjdoub Hamed
Chercheur en économie mondiale,
relations internationales et prospective