Constitution : ceux qui n’ont pas le courage de leurs opinions

par SDM 94
vendredi 17 août 2018

Avec le projet de révision constitutionnelle, nous avons vu que l’exécutif « ne supporte pas le vote blanc » et « méprise la voix du peuple », qu’en est-il de l’Assemblée Nationale ? Pour la première fois sous la 5ème république, le parlement s’était emparé du sujet en amont des propositions de l’exécutif, quel bilan à mi-course ?

Un premier bilan des travaux

Du 10 au 22 juillet, sur les 24 séances publiques consacrées au Projet de loi constitutionnelle « pour une démocratie plus représentative, responsable et efficace », après les deux séances de présentation et de discussion générales, 14 séances ont permis d’examiner les amendements (les 8 dernières séances ont été entièrement dévolues aux rappels au règlement dus à l’affaire Benalla).

Ce qui a été fait :

Sur le fond :

Au final :

 

Le gros du débat sur l’équilibre entre exécutif et législatif et sur l’avenir du CESE n’est pas encore abordé. Le feuilleton risque de durer…

 

Mais que voulait l’Assemblée Nationale ?

Pour la première fois sous la 5ème république, le parlement s’est emparé du sujet en amont des propositions de l’exécutif. A l’automne 2017, François de Rugy ayant organisé 7 groupes de travail permanents pour améliorer le fonctionnement de l’Assemblée, leur première feuille de route visait notamment à identifier les évolutions de la constitution qui pourraient être proposées lors de la révision constitutionnelle.

Il est à noter que ces groupes de travail sont transpartisants : chacun est présidé par un des 7 groupe de l’assemblée avec un rapporteur LREM, il est composé de dix députés issus de chacun des groupes politiques. Les conclusions de ces groupes sont donc issues d’un vrai travail de consensus entre les députés.

 

Les conclusions ont été présentées dans un rapport en décembre 2017. 4 groupes de travail ont proposés 54 propositions d’amélioration de la constitution (les 3 autres groupes abordant plutôt le fonctionnement interne de l’assemblée : conditions de travail et statut des collaborateurs, développement durable et ouverture et rayonnement de l’assemblée). Si l’on fait le point jusqu’à l’article 34 voici les principales propositions du rapport :

Pour le groupe Statut des députés :

 

Pour le groupe Procédure législative :

 

Pour le groupe Moyens de contrôle :

 

Pour le groupe Démocratie numérique et participation citoyenne :

 

Quand on regarde les propositions des groupes de travail au-delà de l’article 34 de la constitution, on obtient au final un parlement avec beaucoup plus de pouvoir de contrôle et une réduction forte de la capacité du gouvernement à imposer sa vision. Par contre les avancées en terme de pouvoir donné aux citoyens sont encore timides. J’avais à l’époque, face aux enjeux à venir, souligné l’importance de changer de paradigme pour passer d’une culture de compétition et d’exclusion à une culture de coopération et d’inclusion. Cela nécessité de redonner du pouvoir aux citoyens pour les rendre coresponsables des biens communs.

 

Que sont devenues ces propositions ?

En comparant à la liste des amendements adoptés on peut voir, qu’à part le non cumul des mandats ministériels et exécutifs locaux et la suppression de la limite des 120 jours pour une session parlementaire présents dans le texte de l’exécutif, aucune des propositions faites par les groupes de travail de l’Assemblée Nationale n’a été adoptée. Ce qui n’est pas étonnant puisque ces propositions n’ont même pas été déposées !

Dans un fonctionnement normal, chaque groupe de travail aurait dû déposer la totalité de ses propositions et celles-ci, ayant fait l’objet d’un consensus transpartisant, auraient dû tout naturellement être votées lors de l’examen en commission et en séance publique. Il est d’ailleurs étonnant qu’elles n’aient pas été déposées par les groupes d’opposition afin de mettre la majorité devant ses contradictions.

C’est à désespérer de nos parlementaires !

J’étais jusqu’à présent assez favorable au maintien de l’Assemblée Nationale et pour remplacer le Sénat par un Sénat Citoyen composé de citoyens tirés au sort. Maintenant je me demanderai presque si ce n’est pas l’Assemblée Nationale qu’il faudrait remplacer par une assemblée de citoyens tirés au sort !

 

Et maintenant ?

Comme je le disais dans mon précédent billet, pour ceux qui voudraient faire « leur part de colibri » vous pouvez signer la pétition pour des états généraux de la démocratie qui fait suite à cette tribune cosignée par une vingtaine de collectifs citoyens. Lorsque les travaux parlementaires redémarreront à l’automne (ou pas ?) vous pourrez aussi soutenir des amendements citoyens auprès de vos parlementaires au moyen de la plateforme Lobby-Citoyen.

 


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