Convention de droite : Éric Zemmour visé par une enquête judiciaire
par Martin de Wallon
samedi 5 octobre 2019
Dans son discours prononcé le samedi 29 septembre lors de la « Convention de la droite », Éric Zemmour s’est exprimé concernant les immigrés et l’islam. Il n’a pas manqué de mentionner l’écrivain Renaud Camus, théoricien du « grand remplacement ». Cette sortie passe mal et alerte le parquet de Paris qui a annoncé ce mardi 1 octobre, l’ouverture d’une enquête.
« C’est la double peine »
Le journaliste et polémiste Éric Zemmour n’en aura pas terminé avec ses démêlés judiciaires, les conflits, les prises de positions radicales ainsi que la réputation qui lui colle à la peau. En septembre 2016 à l'émission C à vous sur France 5, en promotion pour le lancement du livre : Un quinquennat pour rien, Éric Zemmour avait osé affirmer sans sourciller, parlant des musulmans qu'il fallait « leur donner le choix entre l'islam et la France ». « Tous les musulmans, qu'ils le disent ou qu'ils ne le disent pas, considèrent les djihadistes comme de bons musulmans » avait-il insisté.
Poursuivi par l'association CAPJPO-Euro Palestine (Coordination des appels pour une paix juste au Proche-Orient), l’écrivain avait été condamné à 5 000 euros d'amende pour provocation à la haine religieuse, et à verser 3 000 euros pour les frais de justice. Selon les juges, les déclarations de M Zemmour « constituaient une exhortation implicite à la discrimination ».
Finalement, après plusieurs tergiversations sur trois passages ne comportant « pas d’exhortation, même implicite, à la provocation à la haine », la Cour de cassation avait rejeté son pourvoi le 17 septembre 2019.
Éric Zemmour relance, moins d’un mois après cette dernière condamnation définitive : « En France, comme dans toute l'Europe, tous nos problèmes sont aggravés -je ne dis pas créés - par l’immigration : école, logement, chômage, déficits sociaux, dette publique, ordre public, prisons, qualifications professionnelles, urgences aux hôpitaux, drogue... Et tous nos problèmes aggravés par l'immigration sont aggravés par l'islam. C'est la double peine ». a déclaré l’homme dans son discours prononcé lors de la convention de la droite, organisée par des proches de l'ex-députée d'extrême droite Marion Maréchal.
Ses propos jugés anti musulmans ont choqué jusqu’au gouvernement. Le Premier ministre Édouard Philippe s’était désolé en condamnant fermement dans le JDD, ces dires « nauséabonds et profondément contraires à l’idée que nous nous faisons de la France et de la République ».
Éric zemmour, lui n’a rien regretté. Il a assumé et s’est expliqué le 2 octobre dernier dans son émission « Zemmour et Naulleau ». Répondant à Éric Naulleau qui lui reprochait d’être allé loin en comparant le nazisme et l’islam, il a remis une couche : « Je maintiens et je n'injurie personne (…) On a le droit de critiquer une religion ».
Visé par une enquête, convoqué et écarté
L’Observatoire national contre l’islamophobie avait dénoncé, le mardi 1er Octobre, un discours « inacceptable » qui « cache une volonté manifeste de fracturer la société ».
Le même jour, le parquet de Paris annonçait l’ouverture d’une enquête contre le polémiste Éric Zemmour pour « injures publiques en raison de l’origine ou de l’appartenance ou de la non appartenance à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée » et « provocation publique à la discrimination, la haine ou la violence, à l’égard d’une personne ou d’un groupe de personnes à raison de leur origine ou de leur appartenance ou non appartenance à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée ».
Dans la soirée, c’est la chaîne Paris Première, l’un des employeurs du polémiste, qui dans un communiqué, annonçait l’avoir convoqué afin de « revenir sur les propos particulièrement choquants et provocateurs tenus dans le discours introductif de la Convention de la droite ».
La chaîne se désengageant des allégations de son employé affirmait sur le Point, lui avoir « rappelé fermement les conditions de sa participation à l’émission « Zemmour et Naulleau » avant la reprise de la nouvelle saison.
De son côté, RTL la radio, qui faisait appel à Éric Zemmour à l'occasion d’un débat le vendredi, précise dans le figaro ce 3 Octobre, qu’elle cesse sa collaboration avec le polémiste : « Dans le cadre de la pluralité des opinions à laquelle RTL est attachée, la porte ne lui est pas fermée en tant qu'invité lors d'émissions (…) suite à sa prise de position, Éric Zemmour a changé de statut et ne peut plus être vu comme un journaliste lambda », rapporte une source proche de la station du groupe M6, citée par le site.
Que risque Zemmour ? En attendant la suite de cette nouvelle enquête, l’écrivain semble impassible, tout comme sa défense : « Il n’y a pas de délit de blasphème en France », a réagi auprès de l’AFP Me Olivier Pardo, son conseil.