Corridas d’Arles et de Nīmes : stop ą la barbarie !
par Fergus
mercredi 5 avril 2023
La Feria de Pâques de la ville d’Arles aura lieu du 7 au 10 avril. Elle sera suivie, quelques semaines plus tard, par la Feria de Nîmes, du 24 au 29 mai. Comme le veut la « tradition » invoquée par les afeciouna, des taureaux seront torturés puis mis à mort dans les arènes de ces deux villes sous les acclamations de la foule lors de ces survivances barbares que sont les corridas…
« Torturer un taureau pour le plaisir, pour l’amusement, c’est beaucoup plus que torturer un animal, c’est torturer une conscience. » (Victor Hugo)
Difficile de dénier à ce géant de la littérature, à cet intellectuel exigeant, à cet observateur clairvoyant de l’âme, si constamment au service des humbles et des faibles dans son œuvre monumentale, la hauteur d’un engagement humaniste reconnu sur la planète entière. Or, comme le rappelle la citation ci-dessus, Victor Hugo a condamné sans la moindre ambiguïté les corridas avec mise à mort dont la finalité n’est autre, à ses yeux, qu’un renoncement momentané aux avancées de la civilisation, une ruine de l’esprit.
Et pour cause : donner un plaisir sadique à des voyeurs qui, le temps d’une corrida, subordonnent leur conscience et leur raison à la passion d’un spectacle de souffrance animale poussé à son paroxysme est tout à la fois abject à observer et terrifiant au plan humain. Une opinion très largement partagée par les Français comme l’a montré une enquête réalisée par l’Ifop en novembre 2022 pour Le Journal du dimanche : 74 % de nos compatriotes sont favorables à l’interdiction des corridas en France !
À noter que les rangs de cette très large majorité ne cessent de grossir : bien que déjà très élevé, le nombre des abolitionnistes culminait à 66 % en 2010. Cette progression significative n’amène pourtant ni les acteurs de la corrida à déposer leurs instruments de torture (les piques, les banderilles et l’épée) ni ceux qui se repaissent de ce spectacle immonde à s’en détourner. Cédant à leurs instincts barbares, les uns comme les autres évoquent sans vergogne l’« art tauromachique » et la « tradition » pour tenter de justifier la pérennisation d’un rituel de sang et de souffrance.
À cet égard, en 2020 j’écrivais ceci sur les taureaux de combat (les toros bravos ou toros de lidia espagnols) : « Depuis leur prime jeunesse, ces animaux [ont été élevés] pour devenir les sacrifiés d’un jeu de dupes assassin, directement hérité des antiques jeux du cirque. Une mise à mort scénarisée, théâtralisée, chorégraphiée, ayant, sous couvert de tradition et d’esthétisme, pour seul véritable but d’assouvir le plaisir malsain des aficionados, autrement dit la satisfaction par procuration de leurs instincts profonds ».
Autre grand nom de la littérature, Prosper Mérimée, pourtant très sensible à l’esthétique des lieux et des fêtes auxquelles ils peuvent être dédiés, a lui aussi condamné avec des mots très durs la sauvagerie des corridas dans sa correspondance : « Les toros embolados* sont le spectacle le plus vilain qui se puisse voir. Il n’y a que le danger qui fasse oublier la saleté du sang et des entrailles dispersées. Dès que le danger disparait, on ne voit plus que des garçons bouchers qui martyrisent une pauvre bête. »
Des « entrailles dispersées » qui sont très rarement celles de toreros encornés, mais trop souvent celles de chevaux terrorisés. Nombre de ces pauvres bêtes sont renversées et, malgré leur caparaçon, éventrées par les taureaux, notamment lors des corridas de rejón, un spectacle tauromachique qui met en scène des rejoneadors montés qui concentrent les charges des taureaux sur les malheureux équidés, parfois aveuglés par un bandeau et assourdis par des bouchons d’oreille ; les plus malchanceux de ces chevaux agonisent dans l’arène, les tripes étalées sur le sable.
Au dégoût engendré par la corrida, les partisans opposent les conditions d’abattage des animaux d’élevage. Ils ont raison de dénoncer ces dernières lorsqu’elles sont dévoyées, comme le montrent les ignobles vidéos de l’association L214. Mais on ne peut en aucune manière justifier une pratique barbare par des manquements éthiques constatés ici et là dans quelques abattoirs, pas même dans ceux qui pratiquent un abominable abattage rituel dont on voudrait qu’il soit, lui aussi, définitivement interdit dans notre pays.
Aussi choquant que puisse être l’abattage des animaux d’élevage, le fait est que tous sont destinés à l’alimentation humaine carnée, héritée de millénaires de pratiques alimentaires qui ne disparaîtront pas en quelques décennies. À l’évidence, cela n’a rien à voir avec la corrida, ce spectacle de souffrance et de mort dont la finalité se résume, n’en déplaise aux aficionados, à assouvir un plaisir hideux, né de la torture infligée au taureau sous les acclamations d’un public surexcité par la vue et l’odeur du sang !
STOP A LA CORRIDA !
* Littéralement « taureaux à boules », autrement dit dotés de solides « cojones », par conséquent « couillus ». Nul doute que Mérimée a utilisé à dessein cette formulation machiste pour en souligner le ridicule.
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