Coupe Davis : honte à la sélection française !

par Fergus
mercredi 19 novembre 2014

Du vendredi 21 au dimanche 23 novembre se déroulera la finale de la prestigieuse Coupe Davis. À l’affiche, une confrontation Suisse vs Suisse pour décrocher le si convoité « saladier d’argent » ! Autrement dit, la Suisse officielle opposée à la Suisse des exilés fiscaux français dans ce qui n’est, au regard de la morale, qu’une pathétique farce...

Ils ont pour noms Julien Benneteau, Richard Gasquet, Gaël Monfils, Gilles Simon et Jo-Wilfried Tsonga. Par un curieux hasard, ce quintette de tennismen français est allé installer ses pénates, non seulement en Suisse, mais plus précisément dans le canton de Vaud où vivent également – le monde est petit ! – les membres du quintette helvétique*, adversaire de la France en finale de la Coupe Davis.

Mais pourquoi diable ces tennismen français sont-ils allés s’installer sur la rive suisse du lac Léman ? Y aurait-il des nuisances olfactives du côté français, genre épandage de lisier sur les courts ou odeurs de cuisine exotique déplaisante dans les logements sociaux ? Autre hypothèse : peut-être l’hypermarché Carrefour de Thonon est-il infiniment plus ringard que l’hypermarché Migros de Lausanne ? À moins que le spectacle des Renault Clio, des Peugeot 206 ou des Logan ne soit par trop déprimant pour des regards habitués aux BMW, aux Mercedes ou même aux Porsche ? On se perd en conjectures...

Et si cet exil était lié à la gastronomie ? La voilà sans doute la bonne explication : ces messieurs sont tellement accros, les jours pairs à la fondue au vacherin arrosée d’un séduisant dézaley, et les jours impairs au solide papet vaudois ou, en alternance, à la saucisse aux choux, l’un et l’autre accompagnés d’un gouleyant salvagnin, qu’ils n’ont pu résister à l’attrait de ces merveilles tant vantées par le capitaine Arnaud Clément, lui aussi résident vaudois, tout comme son prédécesseur Guy Forget. Le monde du tennis est décidément très petit !

Trêve de plaisanterie, tous ces minables, dont le mépris à l’égard des classes populaires de leur pays n’est plus à démontrer, n’ont évidemment rien à faire de la gastronomie helvétique, pas plus que des superbes paysages vaudois ou des concerts de l’excellent Orchestre de chambre de Lausanne. Une seule chose les a motivés pour devenir, sur un air bien connu de Pink Floyd, des résidents suisses : « l’optimisation fiscale », comme disent pudiquement les avocats pour ne pas employer le terme qui s’impose (si l’on peut dire !) : l’exil fiscal. Un exil fiscal accompagné virtuellement d’un bras d’honneur en direction de leurs compatriotes et de tous ces dirigeants, entraîneurs, techniciens, kinésithérapeutes et médecins qui les ont pris gratuitement en charge – merci les contribuables ! – durant leurs longues années de formation, d’abord au plan local, puis national.

Cela n’empêchera pas, le vendredi 21 novembre au stade Pierre Mauroy de Lille, ces individus sans scrupules de chanter La Marseillaise, la main sur le cœur et l’œil humide rivé sur le drapeau tricolore. Un spectacle à gerber !

Il est vrai que les sommités de l’État ne trouvent rien de choquant dans cette scandaleuse situation. Au contraire, « S’ils nous rapportent la Coupe Davis, personne n’ira regarder où ils paient leurs impôts », a déclaré récemment au quotidien Le Monde le ministre de la Ville, de la Jeunesse et des Sports Patrick Kanner. Bel exemple pour les jeunes de notre pays dont ce ministre – prétendument socialiste – a la charge ! Et belle leçon donnée à ces millions de citoyens français paupérisés, voire en grande détresse économique qui voient les plus nantis échapper sans vergogne à leur devoir de solidarité envers des démunis toujours plus nombreux. Et cela avec la bénédiction des gouvernements qui se succèdent, à l’image des tandems exécutifs Sarkozy-Fillon et Hollande-Valls !

On peut d’autant plus s’offusquer de cette complicité objective que les autorités françaises se montrent sourdes aux propos tenus par les joueurs. Certains – pour montrer à quel point leur métier est harassant – affirment en effet qu’ils passent jusqu’à 80 % de leur temps sur le circuit international, et par conséquent bien loin de cet accueillant canton de Vaud. Or, rappelons-le, pour qu’un résident français en Suisse puisse bénéficier des conditions fiscales avantageuses de la Confédération helvétique, ce résident doit pouvoir justifier sa présence durant plus de 180 jours au pays de Guillaume Tell.

Cela montre de manière éclatante que les tennismen français ne passent chaque année que quelques semaines dans leur habitation suisse mais imputent le temps passé en tournée à l’étranger sur ce statut de résident. Un artifice bien commode qui explique pourquoi les tennismen, et quasiment eux seuls dans le monde sportif de haut niveau, peuvent, avec une telle unanimité, choisir de vivre officiellement dans un pays où le fisc local ampute si modestement leurs juteux revenus provenant du sport, des produits dérivés et de la publicité.

Force est de reconnaître que l’on reste pantois devant l’incurie des pouvoirs publics. Que ce soit à l’Élysée, à Matignon ou à Bercy, pas un mot de dénonciation de ce qui s’apparente bel et bien à une escroquerie fiscale reconnue mais tolérée. Qu’attendent Emmanuel Macron, ministre de l’Économie, et Christian Eckert, ministre du Budget, pour se saisir de cette affaire et demander des comptes à leurs homologues suisses. Il suffirait pourtant de négocier, ne serait-ce qu’un partage en deux parts égales du temps passé en tournée entre la France, pays de nationalité des joueurs incriminés, et la Suisse, pays de résidence choisi pour de basses raisons de convenances fiscales, pour que ce bel échafaudage s’effondre comme un château de sable sous la vague. Or, rien ne se passe : année après année, l’exil fiscal des joueurs de tennis perdure, et les responsables de l’État français, non seulement continuent de fermer les yeux, mais vont même jusqu’à décorer les plus inciviques de leurs concitoyens. On marche décidément sur la tête dans notre pays !

Rien ne se passera évidemment jusqu’à la présentation des participants de la finale vendredi au stade Pierre Mauroy. On aura par conséquent droit, comme lors des tours précédents, au spectacle surréaliste de six Français (les joueurs plus l’entraîneur) au garde à vous, à l’écoute d’un hymne qu’ils bafouent avec une hypocrisie sans nom et un écœurant cynisme depuis des années. Un spectacle révoltant !

On peut, en sport, s’enthousiasmer au spectacle des exploits réalisés par les champions et, pour peu que l’on soit un peu chauvin ou nationaliste, vibrer au triomphe des couleurs de son pays. Encore faut-il que ceux qui portent le maillot de la France soient dignes de cette admiration et de ce respect. Ce n’est pas le cas avec nos joueurs de tennis, et c’est pourquoi de tels individus devraient être écartés de toute sélection, voire s’en exclure d’eux-mêmes pour être cohérents. Mais cela demande de l’honneur. Une qualité qui leur est manifestement étrangère !

 

* En réalité, Roger Federer n’habite plus dans le canton de Vaud où il a longtemps résidé. L’ex-numéro 1 mondial a déménagé pour le très beau canton de Schwyz, berceau de la Confédération avec les cantons d’Uri et d’Unterwalden.


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