Croyance, Connaissance et Condition Humaine Essai philosophique et spirituel
par Hamed
mardi 24 février 2026
I. La conscience d’être et la connaissance de Dieu
Tout être humain, de quelque société qu’il soit, homme ou femme, possède par essence la sensation de son corps, de sa pensée, de son existence. Même lorsqu’il n’y pense pas, son sentiment d’être demeure implicite ; il est comptable par sa présence dans le cours de son existence sur cette terre commune à tous les êtres. Par cette essence, il porte aussi en lui la connaissance d’un Être au-dessus de lui, un Être qui s’érige comme Principe unique de la Création, tant dans la fin de son être que dans le sens même de son existence. Et cet Être est Dieu.
Cependant, entre ce sentir-être et ce connaître de l’Être, tout humain relève de sa croyance et de sa connaissance. L’acte de foi procède de son essence même, qui le sécrète naturellement ; de même pour la connaissance, qui relève de sa raison. Aussi posons-nous la question : y a-t-il une différence entre croyance et connaissance ? La question se pose dans l’absolu : elle doit mettre en relief la croyance, qui est un acte de foi, un acte de l’esprit, et la connaissance, qui est un acte de la conscience, de la perception d’un corps, d’une chose. En réalité, toutes deux viennent de l’esprit humain, lequel est inconnaissable dans l’absolu, comme l’est également l’âme, sinon comme représentation de la chose en soi, inaccessible par la seule pensée.
Cherchons la signification de ces deux termes et les rapports qui existent entre eux. Si l’on croit à quelque chose, cela suppose aussi que l’on connaît cette chose, que l’on peut s’en former une représentation. Par exemple, regarder le soleil ou la lune, c’est percevoir réellement ces deux astres : la lune est circulaire, le soleil est brillant, il éclaire et transmet de la chaleur. Il y a donc une croyance en l’existence des choses, de toutes les choses que nos organes des sens nous permettent de connaître, en les ressentant, les regardant ou les entendant. Et inversement, ne pas croire à quelque chose suppose également qu’on en a une connaissance, sans quoi la négation même serait impossible.
Pour les choses physiques ou rationnelles, la compréhension est à la portée de l’esprit humain, qui pense les objets matériels et les saisit intellectuellement par des concepts scientifiques, dans tous les domaines de la pensée. Mais lorsqu’il s’agit de la foi en Dieu, la question devient métaphysique pour une raison simple : il existe des êtres humains qui croient et d’autres qui ne croient pas. Cette liberté de croyance relève du libre arbitre consenti à l’homme.
Ceux qui croient diront que c’est Dieu qui nous a créés et que, par cet acte de création, son empreinte est en nous. Quant à ceux qui ne croient pas, pour nier la présence de Dieu, il leur faut bien en avoir une représentation : ils le connaissent donc, à leur manière, même en refusant de l’admettre.
II. L’argument de la Création et le sens du libre arbitre
Dans l’absolu, puisque Dieu est connu de tous les humains par leur essence même, par cette pensée dont ils ignorent la source ultime, et qu’il y a pourtant ceux qui croient et ceux qui ne croient pas, c’est simplement par l’acte de Création et le libre arbitre consenti à l’homme que celui-ci est libre de croire ou non. La question fondamentale qui se pose à l’esprit humain est : qui a créé l’univers ? On répond parfois que l’univers est issu du Big Bang, mais cette réponse appelle aussitôt une autre question : qui a provoqué le Big Bang ?
Pour raisonner simplement : l’homme fabrique une chaise. Cette chaise porte la marque de son créateur – sa forme, son poids, la matière choisie. Si cette chaise pouvait penser et avait observé l’homme la façonner tout au long de sa matérialisation, elle aurait témoigné que c’est l’homme son concepteur. De même, l’homme ressemble à cette chaise, à la différence près qu’il est une chaise pensante et créatrice. Et par ce postulat, à l’instar de ce que crée l’homme, l’humanité tout entière est non seulement la création de Dieu, mais sa propriété au sens plein du terme : créée pensante, créée libre, du moins dans les limites qui lui permettent de subvenir aux besoins de son existence.
Nous, êtres humains, croyants ou non, sommes le miracle de la Création. Pourquoi ? Parce que nous disposons du seul moyen connu à ce jour dans l’univers : la pensée. Et c’est à travers la pensée que l’essence de Dieu se sécrète en nous, les Terriens.
Tout ce que l’homme pense et réalise relève du pouvoir qui lui est octroyé par son Créateur. Considérons un homme honnête qui ne croit pas : son honnêteté même témoigne d’une valeur morale que la foi reconnaîtrait. D’autre part, que va ajouter le croyant à Dieu ? Rien, sinon sa soumission et sa reconnaissance. Et souvent, dans les situations de grande souffrance, morale, physique ou sociale, l’homme invoque Dieu et trouve en cet appel une force intérieure. Si les hommes n’avaient pas été secourus, encore et encore, et ne l’avaient senti dans leur âme, ils n’auraient pas maintenu cette foi à travers les siècles. C’est précisément pourquoi des peuples à travers le monde glorifient Dieu, se soumettent à lui, procèdent à des pèlerinages – dans le monde musulman, hindou, chrétien, et dans toutes les autres traditions spirituelles. La foi fait le lien entre les humains et leur Créateur.
III. La fragilité humaine, la dualité du bien et du mal
Au-delà de sa force apparente, l’homme est fondamentalement fragile. La pandémie de Covid-19 l’a rappelé avec force : un micro-virus a confiné la planète entière et provoqué des centaines de millions de cas et plusieurs millions de morts. C’est un fait qui force l’humilité – tout comme la Mort Noire au XIVe siècle, qui emporta plus d’un tiers de la population européenne, ou la grippe dite espagnole entre 1918 et 1920, dont le bilan dépassa en nombre celui de la Première Guerre mondiale. Heureusement, l’humanité a progressé dans les sciences médicales et la technologie, mais ces épreuves rappellent que la puissance de l’homme a des limites.
Pour ceux qui croient, la présence de Dieu sur terre et dans l’univers est une vérité absolue. Pour ceux qui ne croient pas, ou qui se trouvent dans un état de doute, cette position relève davantage d’une méconnaissance que d’un refus délibéré de la vérité. Ce que l’on peut dire, c’est que Dieu n’oblige aucun être humain à croire en lui, pour la simple raison qu’il lui a octroyé un libre arbitre. Dieu n’a pas créé des robots : il a créé des êtres libres, diversifiant l’espèce humaine. Si Dieu a agi ainsi – en créant des peuples différents, en envoyant plusieurs messagers porteurs de révélations à divers moments de l’histoire – c’est parce que l’être humain porte en lui une origine animale dont il lui faut s’élever.
Dans les empires des millénaires passés jusqu’à celui de Rome, on jetait dans les arènes des êtres humains emprisonnés en pâture aux lions, sous les exclamations et la joie des foules. Des gladiateurs se combattaient jusqu’à la mort, et ces divertissements étaient considérés comme naturels. Le mal et le bien font partie de l’essence humaine. Il existe en l’homme un équilibre et un sens dans la dualité du bien et du mal : c’est à travers elle que le bien prend toute sa valeur, que l’être humain aspire au bien parce qu’il sait que c’est l’harmonie suprême. Mais pour exister, le bien a besoin de son contraire. L’être humain doit lutter contre le mal pour se parfaire, pour s’élever. Les pulsions du mal sont présentes en nous, et le Créateur a donné à l’homme la raison pour les comprendre et les maîtriser.
Si Dieu n’avait créé que le bien, le mal n’existant pas, le bien lui-même n’aurait pas de raison d’être. L’humanité aurait existé dans un état de nature de bien éternel – mais qu’est-ce qu’un bien éternel sans contraste ? En fait une non-nature, puisque toute chose, pour exister, a besoin de son contraire. La vie a son opposé, la mort : sans la mort, l’existence humaine n’aurait pas de sens, et inversement. La joie a besoin de la tristesse, l’amour du désamour, la sérénité de l’angoisse. Et entre ces extrêmes, une infinité d’états auxquels les humains sont confrontés dans leur existence – mais tout cela fait partie d’un tout humain cohérent.
IV. La diversité comme volonté divine
De même que la richesse n’a de sens qu’en regard de la pauvreté – sans elle, le mot même n’aurait pas de raison d’être, ni sur le plan matériel ni sur le plan intellectuel, car il y a une richesse de pensée que la richesse matérielle ne garantit pas –, de même, le croyant n’a de sens que parce que d’autres ne croient pas. Si tous les humains croyaient en Dieu, nul n’aurait besoin de se dire croyant : la foi serait si naturelle qu’elle ne se nommerait plus.
Les traditions de sagesse universelle l’ont exprimé en ces termes : si Dieu l’avait voulu, tous les êtres sur terre auraient cru. La croyance serait alors un état de nature, comme si tous les humains étaient nés identiques. Mais un être humain a-t-il besoin de se déclarer « être humain » si aucune autre espèce pensante n’existe ? C’est la différence qui crée la conscience de soi. Il n’existe qu’une seule humanité, réellement pensante, consciente et agissante, et par ses actes, elle dispose d’un grand pouvoir pour influer sur l’écosystème terrestre.
Cela explique aussi pourquoi l’humanisation n’est pas venue d’un trait : elle s’est construite par une longue période d’adaptation à la vie terrestre, sur plusieurs millénaires. La foi a ensuite été offerte à l’homme comme un don. Plusieurs messagers sont venus porter la parole d’une sagesse supérieure à des peuples et des époques différents.
Pour ne prendre que le dernier siècle, le continent africain et une grande partie de l’Asie étaient encore colonisés, des peuples sans droits. Leur libération a nécessité deux guerres mondiales et d’immenses souffrances. Les hommes ne comprennent souvent pas qu’ils sont portés tout au long de leur existence, comme le montre l’évolution lente et douloureuse de l’histoire. Les guerres d’aujourd’hui, qui ne s’arrêtent pas, en sont un témoignage amer.
Dieu ne veut pas d’une humanité où tous les êtres seraient identiques en termes de pensée, de foi et de connaissance. En nous diversifiant, sa volonté est que nous pensions, que nous agissions, que nous nous interrogions. Pourquoi croire ? Pourquoi connaître ? C’est pour sortir du néant – du vide, de l’ignorance, de l’incroyance pure – et permettre à l’humain de s’assumer dans l’existence.
V. La piété intérieure et le mystère de la foi
Que l’être humain aille dans le sens de la vie en croyant, ou qu’il ne croie pas, les deux états sont des réalités de l’existence humaine, et Dieu a laissé les êtres humains libres dans leur état. Croyants et incroyants font face à la même existence, qui n’est pas donnée : tous deux sont confrontés aux aléas de leur destinée et aux problèmes complexes de la vie.
La seule issue est que l’humain doit penser à son être, le cultiver comme une plante que l’on arrose d’eau et nourrit d’engrais de connaissances. Il existe une infinité de chemins qui ont trait à l’existence de Celui qui a créé le monde et nous a créés comme infime partie de lui. Ce qui signifie que nous sommes tous un devant Dieu, même si nous sentons peu ou pas sa présence en nous.
Que l’on ait la foi ou non, Dieu demeure présent en nous. Le seul pouvoir de penser, dont nous ignorons l’origine profonde, l’affirme sans qu’il soit besoin de l’expliciter, car nous ne le pourrions pas. Ceux qui ont foi en Dieu le ressentent comme s’il était infusé dans leur âme et leur esprit ; il ne leur viendrait pas à l’idée qu’ils pourraient exister sans lui. Ceux qui ne le savent pas, ou qui doutent – et il existe une infinité d’états entre croire jusqu’à l’illumination et ne pas croire du tout – sont dans leur état tel qu’il est. Dieu n’exhorte personne sinon par les Livres sacrés, à moins qu’il se révèle directement dans la conscience d’un être : c’est alors la piété suprême.
Cette piété suprême est intérieure, propre à chaque être qui la reçoit. Elle ne se révèle pas aux autres, elle est silencieuse, et surtout marquée par ces moments d’existence où celui qui est « visité » voit réellement la main de Dieu agir dans le cours de sa vie. Ce sont des cas rares, mais ils existent. C’est la raison pour laquelle les humains sont confrontés au mystère de la foi : il y a ceux qui croient, ceux qui ne croient pas, et entre eux, une infinité d’états de croyance et d’incroyance.
VI. Le Dessein de Dieu dans la pensée de l’homme
Tout relève des desseins de Dieu. Tout ce qui s’est construit depuis la venue du premier homme sur terre a été permis par lui. Il suffit de regarder le visage de la Terre : comment l’humanité a transformé ses villes, ses ports, et entreprend désormais d’explorer l’espace et de s’élancer vers d’autres planètes. Tout cela relève à la fois de la foi de l’homme en lui-même et de la foi qu’il a en Dieu, qui lui a permis de réaliser, à travers la pensée qu’il lui octroie, tout ce qu’il accomplit sur la Terre.
Le Dessein de Dieu est dans la pensée de l’homme, dont il ne sait l’origine sinon qu’il pense. Sans la pensée que lui octroie Dieu, l’homme ne peut être ni croyant ni incroyant – tout simplement, il n’existe pas. Et c’est une preuve criante que, par le fait qu’il pense, il est rattaché à Dieu. Quoi qu’il fasse, dans le bien ou dans le mal, sa pensée témoignera de lui.
Telle est la destinée de l’humanité : dans la grandiose réalisation de l’homme sur Terre, libre, pensant, fragile et créateur, se lit en filigrane l’empreinte de Celui qui l’a conçu.
Medjdoub Hamed
Chercheur