Culture, Festival d’Avignon, Vilar, Béjart, Gérard Philippe, toujours vivants
par C BARRATIER
mercredi 16 juillet 2025
En 1968 le Festival d'Avignon est occupé et sabordé par les troupes contestataires, on demande la démission de Vilar.
Cet été 1968, je m’occupais des rencontres internationales de jeunes en Avignon (1000 jeunes, de tous les pays, 60 encadrants) pendant tout le Festival.
Je me souviens de mon soutien, et je n'étais pas le seul, de Jean Vilar du TNP, il ne se découragea pas.
Maurice Béjart résista avec lui. Béjart créait à Avignon « Messe pour le temps présent » et qui donna aussi « Le sacre du printemps » ainsi que « Les quatre fils Aymon » dans la cour d’honneur du Palais des Papes.
Ceux qui professaient l’idée qu’il est désormais interdit d’interdire ont tenté d’empêcher, le spectacle révolutionnaire « Messe pour le temps présent ». Ils considéraient que ceux qui voulaient simplement être libres de voir, d’entendre, de participer, n’étaient en fait pas libres de le faire !
Nous étions en nombre aux Rencontres et avons contribué à sauver… ce que des gens venus de Paris appelaient « culture bourgeoise », mais qui était en fait« culture populaire ».
« Messe » ne démarrait pas, malgré une musique extraordinaire. Béjart observait. Tout à coup, sur le rythme, les danseurs mimèrent la construction d’une barricade. Puis deux danseuses descendirent de la scène et invitèrent les contestataires à monter sur scène pour participer au ballet. Six d’entre eux montèrent, quelques autres restèrent dans leur fauteuil avec un sparadrap provocateur sur la bouche.
Le rythme se fit plus rapide, les apprentis danseurs ne suivaient pas, ils furent alors gentiment mais fermement éjectés de la scène. Le public applaudit, mais Béjart stoppa les bravos d’un geste de la main et le spectacle commença. Un moment inoubliable.
A la fin, Béjart invita les spectateurs pour le lendemain à onze heures, pour un spectacle de rue partant du Pont d’Avignon, avec des extraits du Sacre du printemps et de Messe. Ce fut un succès, les Avignonnais profitèrent avec enthousiasme du passage de la troupe et la suivirent.
Après le spectacle, j’ai souvent participé au dîner tout simple dans un restaurant de la Porte des Oulles, avec des danseurs. Béjart ne venait pas. Il était malade, je l’ai su plus tard. Quel charisme quand même !
Aux Rencontres internationales qui se tenaient au lycée Aubanel, des après-midi de rencontres se passaient avec les acteurs du Festival.
Pour chaque spectacle, la population des villages voisins venait dans la cour d’honneur par des cars affrétés à cette occasion
Le souvenir que j’ai de 68 est celui d’une utile remise en question générale, en même temps que celui du triomphe de la Raison : Le monde ouvrier a renvoyé les étudiants qui voulaient les « évangéliser » à leurs études. Ils en avaient bien besoin.
Il y a une dizaine d'années, belle surprise à 14 h au Musée des confluences à Lyon. Les étudiants de l'école nationale de danse interprétaient "Messe pour le temps présent " de Béjart.
Quelque part, Avignon, Béjart et ses émules, continuent la belle aventure de la Culture, qu'il n'est finalement pas nécessaire de qualifier de populaire, car elle concerne tous les citoyens.
Claude Barratier