D’Alésia à Bibracte, les bafouillements de l’archéologie française
par Emile Mourey
vendredi 10 décembre 2010
Suite à mon dernier article dans lequel je m’étonnais du silence du ministre de la Culture, que puis-je ajouter ? Ou bien le ministre se rend au mont Beuvray - n’est-ce pas la moindre des choses que d’honorer de sa visite le musée archéologique européen, dernier grand chantier de son oncle - ou bien, il ne s’y rend pas, ce qui devrait tout de même amener les médias à se poser quelques questions au lieu de se refocaliser encore et encore sur la localisation de la bataille d’Alésia.
Auteur de "l’imposture d’Alésia", Danielle Porte explique très justement qu’elle a bâti principalement sa thèse sur les incohérences des archéologues et des historiens officiels. Mais ce à quoi elle n’avait peut-être pas pensé, c’est qu’en corrigeant ces incohérences comme je l’ai fait, je lui enlève ses principaux arguments. C’est ainsi qu’il ne restera à la postérité que le souvenir d’une polémique absurde, ce qui n’est certainement pas une image très flatteuse pour le rayonnement de notre culture.
Le témoignage incontournable de Strabon.
Beaucoup plus intéressant est de partir à la découverte de l’Alésia métropole fondée par Héraclès (Diodore de Sicile, Bibliothèque historique, V, 24). Comment ne pas voir l’importance de l’affaire alors que Diodore nous présente cette cité comme la mère de la Galatie et donc, comme notre première et antique capitale avant Paris ? Soyons clair ! Je ne suis pas de ceux qui, dans leur superbe, décrètent qu’un Diodore de Sicile exagère ou qu’un Strabon raconte n’importe quoi. Je cherche seulement à comprendre ce que ces auteurs veulent dire.
Je continue ma citation de Strabon : les marchandises reçues d’abord par l’Arar (la Saône) passent ensuite dans le Dubis (la Dheune), affluent de l’Arar ; puis on les transporte par voie de terre jusqu’à la Sequanas (?), dont elles descendent le cours, et ce fleuve les amène au pays des Lexoviens et des Calètes, sur les côtes mêmes de l’Océan, d’où elles gagnent enfin la (Grande) Bretagne (IV, I, 14).
Et aussi : Lugdunum (Lyon) est en même temps le chef-lieu du territoire des Ségusiaves, lequel se trouve compris entre le Rhône et le Dubis (le couloir Dheune/Bourbince). Quant aux peuples qui succèdent aux Segusiaves dans la direction du Rhin, ils ont pour leur servir de limites, les uns, le Dubis, les autres l’Arar, deux rivières qui, ainsi que nous l’avons dit précédemment, descendent aussi des Alpes (?) et se jettent dans le Rhône après avoir confondu leurs eaux. Mais il y a encore une autre rivière, la Sequanas (?) qui prend sa source dans les Alpes (?) et va se jeter dans l’Océan après avoir coulé parallèlement (?) au Rhin (IV, 3, 2)
Deuxième hypothèse concernant le Dubis, je nuancerais également mon propos en revenant à "voie fluviale" mais dans ce cas, j’imagine - dans l’esprit de Strabon - un cours d’eau continu depuis Besançon jusqu’aux sources de la Dheune, lequel s’écoulerait, en son centre, dans la
Le cadre géographique étant dès lors planté autour de Chalon-sur-Saône - point de rupture de charge - il s’agit maintenant de découvrir les itinéraires terrestres que prenaient les marchandises en partance de Chalon pour rejoindre les voies fluviales par lesquelles elles allaient pouvoir redescendre jusqu’à l’Océan ou jusqu’à La Manche... Et ensuite revenir en empruntant les mêmes itinéraires avec les précieux lingots d’étain.
La maitrise des itinéraires vers les mines d’étain de Cornouailles, itinéraires aller et retour, la perception des revenus des péages, voilà probablement un grave casus belli possible qui a pu opposer les Eduens et les Séquanes (DBG I, 18).
Les fabriques d’armement du pays éduen.
Dès lors que nous comprenons un peu mieux ce carrefour et plaque tournante qu’était Cabillodunum et d’où repartait l’étain de Cornouailles vers le monde phénicien, grec puis romain - en concurrence toutefois avec la voie arverne des Cévennes et avec la voie maritime - il faut également se poser la question vers quels lieux de fabrique cet étain était-il dirigé pour l’approvisionnement des Eduens ?
La notitia galliarum et la notitia dignitatum nous donnent des éléments de réponse même si, à cette époque, la métallurgie du bronze avait cédé la primauté à celle du fer.
Notitia galliarum. Dans les provinces des Gaules, les cités sont les suivantes... dans la première lyonnaise... métropole, la cité des Lyonnais... la cité des Eduens... la cité des Lingons... le castrum des Chalonnais... le castrum des Maconnais.
Notitia dignitatum. Les fabriques citées ci-après sont : aux Gaulois... à la cité d’Argentomagus, armes de toutes sortes... à la cité de Mâcon, les flèches... à la cité d’Augustodunum, les cuirasses et les balistes... à la cité d’Augustodunum, les boucliers.
Il s’agit maintenant de localiser ces fabriques dans le territoire des trois cités éduennes.
Si, pour la cité éduenne de Mont-Saint-Vincent, une localisation de fabrique à Perrecy-les-Forges me semble envisageable compte tenu de l’infrastructure qu’on y a retrouvée, une localisation à Autun pour les boucliers s’impose. En ce qui concerne les cités de Chalon et de Mâcon, un emplacement jouxtant les castrum serait également envisageable pour des questions de sécurité et de surveillance.
Petite digression concernant l’Argentomagus du pays biturige.
Tout cela va dans le sens de la thèse que j’ai développée par ailleurs, à savoir une installation biturige sur la butte de Taisey, avant l’arrivée des Eduens, la construction d’un des premiers castrum que notre pays ait connu, avec une tour crénelée, très grande pour l’époque... toujours existante. Puis, sous la pression éduenne venant de Bibracte/Mont-Saint-Vincent, une émigration biturige vers l’ouest, jusqu’à Bourges.http://www.agoravox.fr/culture-loisirs/extraits-d-ouvrages/article/hypothese-sur-les-origines-de-29397