D’Iran à Ormuz : la fin du droit, le règne de la force

par Chroniques citoyennes
mardi 3 mars 2026

La succession des événements géopolitiques n’est pas seulement préoccupante : elle est grave, dangereuse et profondément déstabilisante pour l’ordre international. Il ne s’agit pas ici de juger le régime iranien, ni de défendre le pouvoir en place à Téhéran, mais d’interroger une question fondamentale : le droit international a-t-il encore une valeur contraignante, ou n’est-il plus qu’un décor rhétorique au service des puissants ?

Les États-Unis et l’Iran étaient engagés dans des négociations diplomatiques avancées, sous médiation omanaise. Le ministre des Affaires étrangères d’Oman, Badr Albusaidi, avait déclaré publiquement qu’un accord était à portée de main : l’Iran s’était engagé à renoncer à l’accumulation de matières fissiles permettant la fabrication d’une arme nucléaire — un engagement que même l’administration Obama n’était jamais parvenue à obtenir.

Pourtant, Donald Trump a choisi d’affirmer le contraire pour justifier des frappes militaires conjointes avec Israël, le samedi 28 février 2026, sous l'opération « Epic Fury ». Trump n’a pas seulement préféré la guerre à la paix — on repassera sur le prix Nobel de la paix qu’il revendique à cor et à cri — il a surtout détruit ce qui restait de la crédibilité diplomatique des États-Unis. En frappant un État en pleine négociation, sous médiation internationale, Washington envoie un message clair : la parole américaine n’engage plus personne.

Dès lors, pourquoi négocier, pourquoi faire des concessions, pourquoi signer des accords, si ceux-ci peuvent être balayés du jour au lendemain par une décision unilatérale et militaire ?

Ce basculement révèle une réalité centrale : ces frappes ne répondaient pas à une menace nucléaire immédiate et objectivement établie, mais à des calculs politiques internes, idéologiques et stratégiques. La rhétorique de la « menace imminente » iranienne est invoquée depuis plus de vingt ans. Toujours le même refrain : empêcher l’Iran d’accéder à l’arme atomique. Une rhétorique tellement répétée qu’elle est usée jusqu’à la corde.

Les faits, en revanche, sont têtus.

Israël possède, selon de nombreuses estimations indépendantes, plus d’une centaine d’ogives nucléaires non déclarées, n’a jamais signé le Traité de non-prolifération nucléaire, refuse toute inspection internationale et n’est soumis à aucun régime de contrôle. L’Iran, à l’inverse, est signataire du TNP ; ses installations sont inspectées en permanence par l’AIEA, et aucune preuve concluante d’un programme nucléaire militaire actif n’a été établie par cette agence. Pourtant, c’est l’Iran qu’on bombarde.

Ce renversement logique n’est pas une anomalie : c’est un scénario déjà vu. George W. Bush a utilisé exactement la même mécanique rhétorique pour justifier l’invasion de l’Irak, brandissant la fameuse fiole d’« armes de destruction massive » — qui n’existaient pas. Toujours au nom de la sécurité mondiale et de la « libération des peuples ». Le résultat est connu : un État détruit, des institutions pulvérisées, près d’un million de morts, et une région durablement déstabilisée.

Aujourd’hui, le schéma se répète. Et comme toujours, ce sont les civils qui paient le prix.

Une école primaire pour filles à Minab, dans le sud de l’Iran, a été frappée. Des dizaines de victimes civiles sont déjà recensées, majoritairement des enfants. D’autres frappes ont touché plusieurs zones urbaines, causant morts et blessés civils. Même en l’absence d’un décompte définitif, une certitude demeure : le droit international humanitaire a été violé.

À cette violence s’ajoute un aspect particulièrement inquiétant : l’usage de la religion comme justification politique et militaire. Le gouvernement de Benjamin Netanyahu mobilise régulièrement un discours religieux pour légitimer ses « opérations » à Gaza, en Cisjordanie ou au Liban, présentant ces conflits comme existenciels et sacrés. Pourtant, bombarder en plein mois du Ramadan, période sacrée pour des millions de civils musulmans, ne semble poser aucun problème moral ou politique.

Cet usage sélectif du sacré, instrumentalisé au service de la guerre, achève de délégitimer la rhétorique sécuritaire invoquée.

Rien de tout ce qui se passe ne se produit dans le vide. En un laps de temps très court, les précédents s’accumulent : bombardements sur Gaza, assassinats de civils en mer, enlèvements d'un chef d’État en exercice — Maduro —, blocus de Cuba, pressions extraterritoriales, et désormais bombardement d’un État souverain en pleine négociation diplomatique.

Cet enchaînement dessine une logique cohérente : celle d’un pouvoir qui considère le droit international comme optionnel, contraignant pour les autres, jamais pour lui-même.

Cette opération militaire « Epic Fury » constitue une violation manifeste du droit international. L’ONU n’a jamais autorisé ces attaques. La notion de « frappe préventive », invoquée par Washington et Tel-Aviv, ne repose sur aucun fondement juridique, d’autant plus qu’aucune attaque iranienne imminente n’était en cours. À cela s’ajoute un fait institutionnel majeur : Trump a agi sans l’aval du Congrès américain.

Autrement dit, cette guerre est à la fois illégale sur le plan international et contestable sur le plan constitutionnel américain. L’arbitraire devient la norme.

Derrière leurs discours, l’enjeu reste pourtant constant : le contrôle stratégique des ressources. L’Iran possède les quatrièmes réserves mondiales de pétrole et les deuxièmes de gaz. Un Iran souverain, non aligné, refusant l’ordre géopolitique imposé par Washington et Tel-Aviv, est perçu comme inacceptable. D’où sanctions, pressions, puis guerre.

Dans ce contexte, voir Melania Trump présider une séance du Conseil de sécurité de l’ONU consacrée aux enfants et à l’éducation dans les conflits relèverait du cynisme absolu. Elle ne dispose d’aucun mandat électif ni international, d'aucune responsabilité institutionnelle en matière de diplomatie ou de sécurité. Ce n’est pas illégal, mais ce détournement symbolique réduirait l’ONU à une scène de communication politique intérieure.

Évoquer la protection des enfants quelques jours après le bombardement d’une école de fillettes en Iran viderait ce discours de toute crédibilité morale. En langage diplomatique, cela relèverait d’une obscénité politique.

D'autant que les États-Unis accumulent des milliards de dollars d’arriérés envers l’ONU. Mais ils présentent soudainement un versement ponctuel de 160 millions comme un « effort » : on ne paie pas, on impose, puis on instrumentalise l’ONU comme tribune politique — tout en violant la Charte qu’ils sont censés défendre.

Et maintenant ?

L’Iran riposte en ciblant des installations militaires américaines dans la région, afin de réduire l’avantage stratégique des États-Unis et d’Israël. Il n’a pas attaqué en premier. Au sens du droit international, il est l’État agressé, et sa riposte s’inscrit dans une logique de légitime défense — même si certaines actions, comme la destruction de bases américaines chez les pays voisins, restent discutables sur le plan opérationnel.

Ni Israël ni les États-Unis ne souhaitent une guerre totale, trop coûteuse politiquement et économiquement. Ils chercheront sans doute à forcer une pause diplomatique. Mais après la trahison de la négociation, peut-on encore imaginer une paix crédible ?

La mort annoncée du Guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, ajoute une incertitude majeure : les autres acteurs régionaux — Hezbollah, Houthis, milices irakiennes et syriennes — pourraient refuser toute désescalade et élargir le conflit.

Ce qui se joue désormais dépasse largement l’Iran : c’est une guerre régionale aux conséquences mondiales. La fermeture du détroit d’Ormuz constitue un point de rupture stratégique majeur : énergie, commerce maritime, chaînes logistiques sont menacés.

Ce que viennent de provoquer les États-Unis et Israël, c’est un effondrement supplémentaire du droit international, dont les premières victimes sont les civils.

Ce basculement serait déjà lourd de conséquences s’il restait marginal. Il devient explosif lorsque des puissances européennes — France, Royaume-Uni, Allemagne — censées défendre l’ordre juridique international, se rangent derrière Washington. Non par cohérence juridique, mais par dépendance stratégique et par crainte de fragiliser l’OTAN.

Officiellement, elles se disent « consternées » par les frappes iraniennes à « l'aveugle et disproportionnées », et se déclarent prêtes à intervenir par des « actions défensives nécessaires et proportionnées », visant les capacités militaires iraniennes. Dans le même temps, elles exigent de l’Iran des concessions— et là est la contradiction flagrante : c’est l’État agressé qui se retrouve sous pression. Une faillite politique européenne, où le droit cède devant la « loyauté » atlantique.

Cette logique s’étend jusqu’au choix des régimes « acceptables ». Certains appellent au retour de la monarchie avec Reza Pahlavi, héritier d’un régime autoritaire renversé en 1979 par une révolution populaire. Imposer une monarchie héréditaire au nom de la démocratie serait une aberration démocratique et révélerait une vérité brutale : peu importe le régime, pourvu qu’il soit aligné.

Trump et Netanyahu ont décidé seuls. Sans mandat de l’ONU. Sans accord du Congrès. En pleine négociation diplomatique.

Non seulement des milliers de civils en paieront le prix. Mais le reste du monde aussi : flambée des prix de l’énergie, marchés paniqués, chaînes logistiques perturbées, instabilité majeure.

C’est précisément ce que le droit international cherchait à empêcher après 1945 : qu’un seul homme — ici deux — puisse, par décision personnelle, mettre le monde en danger.

 

Chroniques citoyennes


Lire l'article complet, et les commentaires





https://merdekakreasi.co.id/buku/pkvgames/https://merdekakreasi.co.id/buku/bandarqq/https://merdekakreasi.co.id/buku/dominoqq/https://merdekakreasi.co.id/tentang-kami/