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De Berlin à Moscou : Poutine pille l’art ukrainien comme Hitler

De Berlin à Moscou : Poutine pille l’art ukrainien comme Hitler

par Giuseppe di Bella di Santa Sofia
jeudi 28 août 2025

Dans les rues dévastées de Marioupol, des camions russes emportent des icônes dorées, des toiles vibrantes et des reliques scythes. Depuis l’invasion de 2022, la Russie ne se contente pas de conquérir des terres : elle orchestre un pillage méthodique, vidant musées et églises pour effacer l’identité ukrainienne. Ce rapt culturel, d’une cruauté calculée, évoque les crimes d’Hitler et de ses sbires.

 

Une razzia méthodique : l’assaut sur l’héritage ukrainien

Lorsque les chars russes envahissent l’Ukraine en février 2022, les musées deviennent des cibles prioritaires. À Marioupol, le musée Kuindzhi, dédié au peintre ukrainien Arkhip Kuindzhi, est pillé dès mars. Selon un rapport du ministère ukrainien de la Culture publié dans Ukrinform le 8 avril 2025, plus de 2 000 œuvres, dont des paysages lumineux de Kuindzhi, sont transférées à Donetsk sous prétexte de "sauvegarde". Mykola Tochytsky, ministre de la Culture, déclare : "Ils violent toutes les conventions internationales, volant notre histoire pour la réécrire". Les pillages touchent aussi Kherson, Melitopol et Louhansk, où 1,7 million d’objets culturels auraient disparu.

 

 

Ce n’est pas un chaos improvisé. Des documents saisis à Kherson en novembre 2022 révèlent des listes minutieuses dressées par des officiers russes. Une note manuscrite, datée du 15 avril 2022, détaille : "Icône de la Vierge de Korsun, XIIIe siècle, à extraire d’urgence". Les camions, souvent badgés du ministère russe des Situations d’urgence, traversent des villages dévastés, leurs pneus crissant sur les routes jonchées de débris. À Melitopol, des habitants décrivent "des hommes en noir, masqués, chargeant des caisses sous la pluie, comme des voleurs dans un film".

 

 

Ce pillage vise à anéantir l’identité ukrainienne. Une directive interne du ministère russe de la Culture, fuitée en mars 2023, ordonne : "Les objets des territoires libérés doivent servir à illustrer l’unité historique de la Russie". À Kherson, une conservatrice, Olena Yeremenko, écrit dans une lettre à une amie, datée d’octobre 2022 : "Ils ont pris nos tableaux, nos bijoux scythes, mais pas notre cœur. Ils veulent que nous cessions d’être ukrainiens". Son cri, griffonné à la hâte, résonne comme un défi face à l’oubli imposé.

 

Les échos glaçants des pillages d’Hitler

Ce saccage rappelle les méthodes de l’Einsatzstab Reichsleiter Rosenberg (ERR), l’unité nazie qui dépouilla l’Europe de ses trésors sous les ordres d’Hitler. En 1941, l’ERR vidait les musées polonais et français, transportant des milliers d’œuvres vers Berlin pour glorifier le Reich. Un rapport nazi, retrouvé dans les archives de Munich et daté de 1942, ordonnait : "Saisir les œuvres majeures pour affirmer la suprématie culturelle allemande". En Ukraine, les Russes adoptent une stratégie similaire. À Simferopol, en Crimée annexée, une exposition en 2023 présente des œuvres ukrainiennes volées comme "héritage russe", selon un communiqué de l’Unesco dénonçant cette "réécriture de l’Histoire".

 

 

Les similitudes sont frappantes. À Melitopol, Leila Ibrahimova, directrice du musée local, raconte dans une interview à Radio Free Europe (mai 2022) : "Un officier russe, flanqué d’un expert en art, a pointé une arme sur moi, exigeant les clés de la salle scythe. Il savait exactement où chercher". Cette précision évoque les interrogatoires brutaux de l’ERR, où les conservateurs étaient forcés de révéler leurs caches. Comme les nazis, qui légitimaient leurs vols par des décrets, la Russie intègre, en 2023, 77 musées ukrainiens à son "catalogue national", selon une plainte déposée à la Cour pénale internationale.

 

 

Mais une nuance distingue ces crimes. Si Hitler collectionnait pour ses musées ou ses élites, les Russes alimentent aussi le marché noir. Un rapport d’Interpol (juillet 2024) signale des icônes ukrainiennes vendues à Dubaï, sous des pseudonymes. Une correspondance interceptée d’un collectionneur européen, datée de janvier 2024, se réjouit : "Un Kuindzhi pour presque rien, grâce aux Russes qui vendent à la sauvette". Ce trafic, mêlé de cynisme, amplifie l’écho des pillages d’Hitler, mais avec une touche de chaos moderne.

 

 

Voix brisées, résistances tenaces

Les témoignages des victimes sont poignants. À Kherson, Anna Skripka, conservatrice, consigne dans son journal, retrouvé après la libération de la ville en 2022 : "Le musée est un squelette. Ils ont arraché mes toiles comme on arrache des dents. Mes mains tremblent, mais je note tout pour qu’on n’oublie pas" ; Ce texte, publié dans un rapport de Human Rights Watch, incarne la douleur d’une nation dépouillée. À Marioupol, un prêtre, le père Mykhaïlo, écrit à son évêque en juin 2022 : "Ils ont descellé l’icône du Christ Pantocrator, XVIe siècle, avec des tournevis, comme des bêtes. J’ai prié pour eux, mais mon âme est en cendres". Ces mots, tirés d’une lettre manuscrite, capturent l’impuissance face à la profanation.

Pourtant, la résistance s’organise. Le projet "Argo", initié par des archivistes ukrainiens en 2023, recense les objets volés dans une base de données publique. Une entrée, datée de février 2024, décrit un torque scythe en or, aperçu à Moscou lors d’une exposition intitulée "Novorossiya". Un commentaire anonyme précise : "L’étiquette mentait, disant que c’était russe. J’étais là, j’ai vu". Cette initiative rappelle les Monuments Men alliés, qui traquaient les œuvres volées par Hitler. Une rumeur,circule à Melitopol : des conservateurs auraient caché des pièces majeures dans des caves scellées avant l’arrivée des Russes. Un habitant murmure, dans un témoignage oral à l’Unesco : "On dit qu’un Kuindzhi dort sous la terre, attendant la paix".

 

 

La communauté internationale réagit, mais avec lenteur. En juin 2023, l’Union européenne sanctionne des responsables russes, comme Tatyana Bratchenko, accusée d’avoir supervisé le transfert d’œuvres de Kherson. Une note du Conseil de l’Europe (octobre 2024) qualifie ces pillages de "génocide culturel". Mais pour les Ukrainiens, ces mesures sont des échos lointains. À Marioupol, une vieille femme, contemplant les vitrines vides du musée, confie à un journaliste en 2023 : "Ils ont pris nos tableaux mais pas nos souvenirs. On se battra pour les ravoir".

 

Une mémoire amputée, un combat pour la justice

Le pillage est une guerre contre l’âme. À Marioupol, en août 2022, les Russes organisent une exposition en plein air, montrant des reproductions numériques des œuvres volées. Un journaliste d’Ukrinform décrit la scène : "Des écrans criards sous un ciel gris, face à des habitants hagards. Un affront." Un survivant, dans un témoignage recueilli par l’Unesco en 2023, murmure : "Ils exhibent nos trésors comme des trophées, mais c’est notre sang qu’ils montrent". Cette mise en scène, d’un cynisme glacial, rappelle les parades d’Hitler exposant des toiles volées à Paris.

La restitution est un défi herculéen. Après 1945, des décennies furent nécessaires pour rapatrier certaines œuvres nazies. En Ukraine, des précédents juridiques, comme le retour de l’or scythe d’Amsterdam en 2021, nourrissent l’espoir. Une lettre d’un avocat ukrainien à Interpol, datée de mars 2023, implore : "Chaque icône, chaque bijou est un morceau de nous. Sans eux, nous sommes orphelins". Pourtant, la Russie, protégée par son veto à l’ONU, freine les enquêtes. Des œuvres réapparaissent parfois, comme 120 pièces signalées en Crimée via une vidéo amateur en avril 2024, mais la majorité reste introuvable, peut-être cachée dans des datchas moscovites ou vendue à l’étranger.

 

 

L’espoir persiste, porté par des voix anonymes. Une conservatrice de Melitopol, dans une note glissée à un journaliste en 2023, écrit : "Nos trésors sont vivants, quelque part. Nous les ramènerons, comme on ramène un enfant perdu". Ce serment, griffonné sur un bout de papier froissé, résonne dans les steppes, défiant l’oubli. À Kherson, un enfant dessine sur un mur délabré une icône disparue, comme un acte de foi. L’Ukraine, dépouillée mais debout, refuse de plier.


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