De l’Atlantide de Platon à Gergovie en passant par Bibracte
par Emile Mourey
jeudi 6 décembre 2012
Après le XXème siècle qui fut le siècle des idéologies, du prêt-à-penser, il semble que nous devions désormais tout reprendre à zéro : nous redevenons les contemporains de Socrate qui, dans les rues d'Athènes et sur la place publique, discutait avec ceux qui l'entouraient de ce qui fait la valeur d'une vie humaine, de ce qui motive telle ou telle action individuelle ou civique, des buts que poursuivent l'individu et la cité (Luc Brisson, oeuvres complètes de Platon, nouvelle traduction).
L'Atlantide décrite par Platon est une cité théorique...
... une cité théorique qui n'existe pas et qui n'a jamais existé. Certes, les diverses reconstitutions imagées de la ville atlante qu'on trouve sur le web, avec ses enceintes d'eau et de terre parfaitement circulaires et richement urbanisées, peuvent, à juste titre, enflammer les imaginations. On en arrive même à croire qu'une civilisation un peu semblable à la nôtre aurait pu nous devancer avant de disparaître. Je ne suis pas contre le rêve, mais à condition de reprendre pied sur terre.
Contrairement à ce que certains archéologues prétendent, le juge de paix n'est pas le vestige archéologique, ni sa trace, dont l'interprétation est parfois incertaine quand elle n'est pas orientée. Le juge de paix, c'est le texte, mais le texte à condition qu'il soit correctement traduit et interprété. C'est ce que j'ai fait pour les Commentaires de César, ce qui m'a amené à replacer Gergovie et Bibracte sur leurs véritables sites.
Le texte de Platon est, en réalité, une très importante réflexion politique.
Dans un premier temps, notre philosophe imagine une cité athénienne primitive, une cité tout aussi théorique qui n'a jamais existé, et il le savait bien. Certes, il s'appuie, au départ, sur une réalité incontestable selon lui : les premières sociétés civilisées étaient agricoles. Sur cette base, il imagine un type de société idéale qui, une fois organisée pour assurer la subsistance de tous, se serait contentée de cette situation, n'ayant dès lors comme objectif que de la maintenir telle quelle. A cet effet, cette société est articulée en groupes qui ne se mélangent pas. Il y a le groupe des prêtres, le groupe des "créateurs/fabriquants" et le groupe des bergers/chasseurs/paysans. Quant au groupe des guerriers, bien séparés - ces éternels fauteurs de troubles et de guerre - il importe que l'on veille à ce qu'ils soient bien alimentés, mais aussi bien armés pour défendre la cité au cas où. Bien entendu, cela n'exclut pas la pluie des savoirs qui tombe du ciel.
Dans un deuxième temps, en opposition et contraste par rapport à sa société agricole que, manifestement, il préfère, Platon imagine la cité qui évolue du fait du développement du commerce. Est-ce l'image d'un monde phénicien que Platon aurait jugé trop commercial jusqu'à en être envahissant ? L'Atlantide n'apparaît pourtant pas, au départ, comme mauvaise. Platon ne la condamne pas. Son organisation est mathématiquement bien pensée. Elle a, en plus, un avantage, mais un avantage qui comporte un risque : la richesse de son terroir, et avec elle, la puissance. Et comme les Atlantes sont riches, trop riches, ils construisent jusqu'à l'opulence. Et comme ils construisent des ports, en superflu, ils développent le commerce, ce qui leur permet de faire venir à eux des richesses encore plus grandes... jusqu'au jour où les rois deviennent injustes, jusqu'au jour où, en en désirant toujours plus, ils font la guerre à d'autres ...d'où la contre-guerre "juste" d'Athènes selon Platon, d'où la condamnation divine inéluctable.
Un peu jaloux, Platon, mais excellent prophète ! Il aurait pu également ajouter : jusqu'au jour où, en en désirant toujours plus, ils épuisent, et la planète et l'humanité ... d'où la condamnation divine inéluctable à venir.
Sur quelles bases de départ, Platon a-t-il construit son récit ?
Un philosophe qui n'aurait inventé qu'une fable à la manière d'Ésope, cela ne fait pas bien sérieux. Il fallait tout de même, dans le flou des connaissances de l'époque, quelques indices qui auraient incité le lecteur à entrer dans le jeu, à accepter une hypothèse plus détaillée, même imaginaire, même orientée pour les besoins du discours ; bref, pour la forme, un début de crédibilité.
En commençant son récit par ce qui est en deçà des colonnes d'Hercule, Platon demande tout naturellement à ce lecteur de se rappeler ce que la tradition disait, avant la guerre, des côtes méditerranéennes de part et d'autre de Marseille (le port au goulet resserré). Plus au nord des côtes méditerranéennes, en remontant le Rhône et la Saône, on savait, depuis Hérodote, qu'une importante cité s'y trouvait dont les habitants se donnaient le nom de Celtes : la Bibracte de Mont-Saint-Vincent.
Mais il y a des textes sur lesquels Platon pouvait s'appuyer.
C'est d'abord l'île mystérieuse d'Ogygie de l'Odyssée où il est dit qu'Ulysse y avait été poussé par les vents. La résidait "très loin dans la mer, au bout du monde" la belle Calypso, fille d'Atlas, atlantide par ailleurs.
C'est ensuite, l'île Erythie d'Hérodote, plus près de Gades/Cadix certes, mais où régnait Géryon, fils de Poséidon, petit-fils de Méduse (la Méduse de Gergovie ?).
C'est aussi Théopompe qui aurait dit que l'Europe, l'Asie et la Libye sont des îles.
Dans l'univers énigmatique et poétique des extrémités occidentales de la terre, à la fois monde des morts et champs élyséens, Platon ne pouvait pas qualifier son Atlantide autrement que par le mot "île", et cela, même si elle ne l'était pas vraiment.
Qu'y a-t-il de vrai et de faux dans le récit de Platon si on identifie son Atlantide à ce qui deviendra la Gaule ?
En revanche, l'importance relative des villes et leur nombre, les magnifiques temples - temples de Bibracte et de Gergovie - les bains, la somptuosité des sculptures, des décors et des couleurs, les activités portuaires et fluviales, tout cela est vrai. Egalement prouvés par les textes si on les interprète correctement : les grands mythes de Poséidon, Atlas, les titans, les géants, Méduse, etc. mais à condition d'y voir une origine culturelle phénicienne, voire cananéenne. Egalement, la rivalité entre l'Athéna grecque et le Poséidon phénicien de Gergovie.
Quant à la richesse du pays, j'en ai déjà parlé. La seule erreur de Platon étant la présence d'éléphants, reste le mystère de l'orichalque à l'éclat de feu. Tel est, à mon avis, le substrat historique sur lequel Platon a bâti son récit.
Que penser des filiations généalogiques que donne Platon ?
Est-ce un simple étalage d'érudition, un rappel des anciennes croyances grecques - de son monde grec - ou est-ce plus que cela ? Je viens de lire le livre de M. Bernard Sergent "L'Atlantide et la mythologie grecque" et j'avoue que cela m'a plongé dans la plus grande perplexité.
Dans mon propre système de pensée, tout a commencé à Sumer, notamment les premiers mythes écrits. Mais c'est aux colonies sémites qui s'y trouvaient implantées que j'attribue l'art de raconter l'histoire sous cette forme. Adam et Eve, c'est la naissance de la cité sémite dans la région paradisiaque des sources du Jourdain. Adam, c'est le conseil des sages qui dirige la cité. Eve, c'est la population. Adam et Eve forment un couple qui enfante. Abel, ce sont les soldats, Caïn, les paysans. Caïn qui émigre en pays de Sumer, ce sont des colons sémites qui en se mariant avec la population autochtone fondent des colonies, ainsi de suite... jusquà Abraham qui a dû revenir dans sa patrie d'origine. Abraham : conseil de prêtres/chefs. Sarah, sa femme, une troupe militaire d'élite que le pharaon désira.
XIII ème siècle : inscriptions phéniciennes d'Ahiram à Biblos. Rayonnement culturel phénicien sur toute la Méditerranée orientale, y compris la Grèce.
Vers le X ème siècle, arrivée dans ce qui sera la Gaule d'un Héraklès tyrien/Melqart/colons phéniciens qui, en se mariant avec la population autochtone, donne naissance à plusieurs colonies qui, elles-mêmes, enfantent à leur tour. Héraklès/Galatée en pays éduen, Poséidon/Clito en pays arverne.
A noter que je fais une différence entre l'Héraklès tyrien et l'Héraklès grec. L'Héraklès grec étant peut-être une récupération du héros phénicien et de sa légende.
L'errance d'Ulysse, c'est l'histoire plus ou moins légendaire des premières expéditions grecques à but colonial.
Ménélas, Agamemnon, Achille, Paris... sont des oligarchies militaires. La belle Hélène, une troupe d'élite qu'ils se disputent...
Lorsque M. Sergent évoque la descendance de Poséidon, d'Atlas etc..., cela correspond-il à une évolution historique réelle ou cela relève-t-il de l'imagination d'une cité qui a cherché à se donner une histoire à l'image d'autres cités ? Là est la question, mais tant que l'archéologie française continuera à imposer la localisation de Bibracte et de Gergovie sur des sites erronés, tant la question restera en suspens.
Chapiteaux du temple de Gergovie : les quatre manifestations de Dieu.
Voilà tout ce que je peux dire pour justifier mes découvertes et mon explication de l'Atlantide de Platon. Je suis vraiment désolé de décevoir ceux qui auraient préféré que je mette au jour une fresque minoènne inédite.
Croquis et photos E. Mourey.
Merci aux philosophes et autres intellectuels qui voudront bien intervenir pour me soutenir avant qu'il ne soit trop tard.