De la quintessence de la connaissance

par Luc-Laurent Salvador
lundi 30 novembre 2020

 

Que savons-nous de l’essentiel… de ce qu’il y a à connaître ?

 On raconte [1] qu’un puissant empereur d’Orient a un beau jour convoqué les plus grands sages et savants de son temps afin qu’ils rassemblent toute la connaissance du monde dans une grande encyclopédie. L’âge venant, cette tâche démesurée n’étant pas achevée, il demanda que tout soit condensé en un seul volume puis, les années passant, devenu un vieillard malvoyant, il exigea que cela tienne dans une seule page. Ce qui prit encore du temps, de sorte que, sentant la mort venir, il ne voulût plus qu’un seul mot. Celui-ci fut prononcé à son oreille alors qu’il était à l’article de la mort et, dans un dernier râle, il se serait exclamé : « je le savais ! »

 Bien qu’il y ait là une forme d’humour grinçant et absurde — car s’il devait l’informer, le mot prononcé à l’oreille de l’empereur ne pouvait pas ne pas être connu de lui, il était donc fatal qu’il réponde « je le savais ! » — cette histoire offre l’occasion d’un exercice de pensée tout ce qu’il y a de plus sérieux. De fait, la plupart des personnes à qui je l’ai racontée m’ont par la suite demandé de quel mot il s’agissait. A l’instar de l’empereur, elles voulaient savoir.

 Cette histoire peut donc être prise comme une invitation — presque une provocation — à nous demander s’il ne se pourrait pas, en définitive, qu’un tel mot existe. La plupart d’entre nous ne se sont jamais interrogé là-dessus mais puisque que nous y sommes, je propose que nous jouions le jeu et nous demandions très sérieusement s’il n’existerait pas un mot capable de résumer toute la connaissance du monde.

 Faisons donc comme si cette histoire était vraie, comme si un tel mot avait bien été prononcé et demandons-nous alors quel pourrait-il être ? Quel mot serait capable de résumer l’essentiel ou même le quintessentiel de ce qu’il y a à connaître du monde ?

 Nous savons déjà qu’à l’instar de l’empereur nous l’avons déjà dans notre vocabulaire étant donné, par hypothèse, qu’il va nous éclairer, ce qui veut dire que nous le comprenons très bien. Nous avons ainsi à considérer la possibilité que nous sachions déjà ce qu’il y a à savoir de plus essentiel, mais sans le savoir.

 En soi, l’idée est d’emblée troublante et ne peut manquer d’éveiller la curiosité. De quoi peut-il être question ici ? S’agit-il d’un concept rare, spécialisé ou, au contraire, d’une notion tout à fait banale ?

 Comme il faudrait que ce soit un concept qui embrasse tout l’univers, du physique au métaphysique en passant par le biologique, le psychologique, le politique, etc. et que rien ne saurait lui être complètement étranger, force est supposer que la notion est courante, sinon banale, en effet. Nous sommes donc censés porter attention à ce qu’il y a de plus commun, ce qui va de soi ou, mieux, ce qui va sans dire et à quoi, justement, nous ne prêtons plus attention parce que nous ne le connaissons que trop. De sorte qu’en le découvrant, nous serons prompts à nous écrier comme l’empereur « je le savais ! ».

 Avec une telle contrainte les candidats ne peuvent pas être bien nombreux. D’autant plus que, il faut y insister, la notion en question devra éclairer l’ensemble de la psychologie, notamment les affects et les émotions.

 Il y a donc bien des chances que la première chose qui satisfasse ces conditions soit la bonne. Mais encore faudrait-il en trouver une. Dans quelle direction tourner nos regards ? Qu’avons-nous sous le regard qui est tellement universel que nous ne le voyons plus ?

 A votre avis ?

 

 

[1] L’histoire, que j’ai librement remaniée, est tirée du beau livre de Jean-Claude Carrière : Le cercle des menteurs.


Lire l'article complet, et les commentaires





https://merdekakreasi.co.id/buku/pkvgames/https://merdekakreasi.co.id/buku/bandarqq/https://merdekakreasi.co.id/buku/dominoqq/https://merdekakreasi.co.id/tentang-kami/