De mâle en pitres

par Jacques-Robert SIMON
vendredi 26 juin 2026

Les tremblements de terre, les épidémies, de grandes tempêtes, des éclairs, le tonnerre, les champs qui deviennent infertiles, les déserts qui grignotent les terres arables, les guerres qui se réveillent au nom de dieux quelquefois identiques... et plus encore les Hommes qui voient leur âme s'échapper au profit de machines sans que personne n'y voit remède, l'Apocalypse tant annoncée semble bien survenir. Mais le ciel n'y est peut-être pas pour grand-chose ; cette fois encore, des faiseurs de miracles imaginaires ne tentent-ils pas d'assouvir une passion pour une domination dont ils ne savent que faire ?

Les gens s'interrogent, tout se grippe, rien ne fonctionne plus. Pourtant dès 1974 les problèmes étaient lucidement posés et les solutions énoncées Un agronome de 70 ans proposait de lutter contre un partage trop inégal des fruits du travail, d'oeuvrer pour la solidarité entre les peuples tout en tenant en compte des spécificités des pays en voie de développement. Il mettait aussi en évidence un péril incontournable, les émissions excessives de gaz polluants conduiront à un réchauffement climatique rendant difficile la vie sur une partie importante de la Terre. Un demi=siècle plus tard, le Monde a affectivement bien changé sous la férule des marchés, pas des agronomes. On peut tout demander aux milieux financiers, d’être efficaces en favorisant les plus aptes, rationnels en suivant la loi du profit maximum, transnationaux donc quasiment universels, sauf d'être intelligents. Ils n'ont d’ailleurs pas réussi à éviter un réchauffement général que les scientifiques avaient annoncé et tout à fait correctement modélisés il y a un demi-siècle.

Le problème étant mondial il n'était pas déraisonnable de faire appel à une foi universelle, l'appât du gain, pour le solutionner. L'industrie européenne étant polluante, pourquoi ne pas la délocaliser vers l’Asie qui n'avait que très marginalement contribuée à la pollution. C'était une option intéressante si on investissait localement en Europe dans les activités industrielles futures. Ceci avait également un sens si l'Afrique pouvait voir émerger en son sein des ingénieurs qui se pourraient se consacrer aux diverses sources d'énergie solaire dont l'énergie photovoltaïque et les batteries qui permettent de la conserver. Cette pépinière de scientifiques africains aurait permis dans un second temps de voir apparaître des dirigeants qui ne sortent pas des casernes. En d'autres termes, il fallait éviter de rendre absolument identiques des gens qui ne l'étaient pas, il fallait fixer les activités des grands groupes sociaux indépendamment d'un système de prédation, celui représenté par les marchés financiers. Les scientifiques avaient fait ce constat et émis ces recommandations. Les scientifiques ne sont pas plus intelligents que des Hommes politiques ou des marchands mais eux ne doivent pas recueillir les bonnes grâces d'électeurs ou de clients pour obtenir ce qu'ils cherchent, c’est-à-dire dévoiler un pan du réel.

Cette machine à uniformiser selon de petits principes et de grands intérêts a été particulièrement efficace en France.

Les idées humanistes ont été intelligemment utilisées pour que les possédants puissent continuer à posséder au prix de tolérer que la piétaille souffre un peu de la chaleur, d'ailleurs un boom économique de l'industrie des climatiseurs dopera la croissance. Si on trouvait un moyen de brinquebaler les opinions à coups de drames sordides, d'épidémies, d'inondations et bien entendu de guerres sanglantes (il ne faut jamais abandonner de vieilles méthodes lorsqu'elles fonctionnent merveilleusement) on pourra pratiquer une espèce de câlinothérapie étatique qui fera oublier que l'Etat n'est plus en état de traiter de l'essentiel, diriger vers le moins pire des destins. Le peuple pourra critiquer sévèrement ses élus, il ne s'apercevra pas qu'ils ne sont plus là que pour le décor. Et pour faire oublier à tous les grandeurs passées, un nouvel homme sera érigé comme condition à l'existence médiatique. Les dieux anciens étaient pétris de sagesse ou d’amour, le nouvel homme ne doit voir que ses intérêts et son intérêt à la soumission aux puissants. Pour mettre en place l'ensemble une constellation d’êtres féminins souvent relativement jeunes vont se faufiler dans tous les espaces médiatiques. Elles feront tout pour attirer l'attention car les images sont leur pouvoir et précède la soumission des esprits aux marchés.

Un dominant pense évidemment que sa domination est un bienfait pour l'humanité toute entière. Si l'Argent est le Bien absolu et universel, il faut quand même s’interroger sur sa réalité. Le marché mondial de la dette représente, environ 100 000 milliards de dollars, soit presque autant que la production totale de richesse. Le FMI a aussi établit le taux d’endettement des pays du G7 qui comprend l’Allemagne, le Canada, les États-Unis, la France, le Japon, le Royaume-Uni et l’Italie, il est de l'ordre de 130%. Les pays riches ne sont riches que de leurs dettes et sont en fait de futurs pauvres.

Il faut maintenant se tourner vers les influenceurs qui se démènent partout pour conforter un système devenu stérile et nocif. Bien entendu, ils ne critiqueront jamais ceux qui peuvent dispenser des crédits, des dons, des subventions, l'important sera donc d'abattre l'Autre, on n’existera que par ses ennemis. Le Peuple étant de nature émotive des scénarios tous plus criants de vérité les uns que les autres sont échafaudés en mêlant sexe, émeutes, délinquances, drogue, célébrités...Le but est toujours le même : « on » nous empêche de conduire le Monde, il faut nous redonner la brutalité d'antan et permettre l'émergence d'un nouvel homme forgé pour être doux et paisible.

Il est impossible de débrouiller les arguments raisonnables ou ineptes dans les monceaux d'informations qui atteignent chacun. Il est plus aisé d'examiner qui les dit et comment se comportent ceux qui prêchent avec ostentation. Il faut se méfier d'une bouche qui parle avec arrogance, imposant une plus grande apparence que les autres, sa bouche prononçant des paroles blasphématoires. Celui qui se comporte ainsi jouera un rôle majeur au temps de la fin.

Comme il est d'usage quand on n'a rien à dire, les positions de société se sont radicalisées et deux groupes verbalement en guerre se sont formés, les racistes (qui ne se nomment pas eux-mêmes ainsi) et les anti-racistes, en quelque sorte les Bons et les Méchants. Cette dichotomie n'a évidemment rien à voir avec le problème devant être traité, c'est à dire les inepties induites par les marchés.

Le Racisme se définit comme une réaction systématiquement hostile envers un groupe humain. Il entre dans le domaine de l'instinct. Quand une personne se retrouve face à un inconnu, il se pose une question qui peut se révéler vitale : est-ce un ami ou un ennemi ? La réponse doit être immédiate, sa survie en dépend quelquefois. Faute d'informations fiables, le cerveau ne peut que s'appuyer sur des stéréotypes pour asseoir sa décision, même ceux-ci n’ont aucune réalité objective. En d'autres termes tout le monde est raciste qu'il le veuille ou non, mais on peut maîtriser plus ou moins complètement cet instinct, c'est même hautement recommandé, mais on ne l'éliminera pas complètement.

La colonisation africaine (1660-1914), souvent nommée Ruée vers l'Afrique, est incontestablement un moment fort du racisme blanc. Mettre en avant les vertus civilisatrices ou émancipatrices de groupes quelquefois guerriers est tellement banal qu'il n'est pas nécessaire de s'y attarder. Cependant, il est peut-être exagéré de mettre tous les blancs dans un même bloc. En particulier les mineurs de fond étaient aussi noirs de la tête au pied que le plus africain des africains et autant humilié que lui par des gens qui se prétendaient supérieurs. Comme exemple représentatif, le 10 mars 1906, 1 099 mineurs de la compagnie des mines de Courrières près de Lens meurent dans une inflammation de poussières de charbon qui ravage les fosses.

Il serait indécent de comparer les misères pour déterminer quels étaient les plus miséreux et les moins racistes, la question n'a pas de sens. Mais c'est la même minorité qui faisait trimer de quasi-esclaves au fond des mines du nord de la France et d'ailleurs et les commandeurs qui faisaient "suer le burnous" avec une rapacité reconnue maintenant par tous. Les Blancs sont donc racistes, c'est un fait, mais la grande majorité d'entre eux avait autre chose à faire que de s'avilir dans des actes odieux occupée à extraire le charbon, labourer les champs, construire des usines, découvrir le radium en fait faire tout ce qui est utile mais qui ne permet pas forcément d'amasser des gains et de connaître la gloire.

Bien entendu les mécanismes qui peuvent être discernés pour le racisme ordinaire s'appliquent pour toute hostilité catégorique vis-à-vis de n'importe quel groupe humain dépendant de la "race", du sexe, de la religion... Le féminisme dans ce registre doit cependant être distingué puisqu’il propose que pour corriger la mâlitude des institutions, des cadres familiaux et même de la pensée intime il est nécessaire non seulement d'instituer des quotas pour effacer une discrimination mais aussi il est nécessaire de former les jeunes esprits pour les conduire vers une nouvelle civilisation du bonheur, d'harmonie, de félicité. S'attacher à vouloir faire émerger un Nouvel Homme donne à rappeler ce que de très civilisés barbares avaient tenté de faire. A cet égard des mots quasiment identiques sont utilisés par Milos Forman dans les années 1960 et Delphine Ernotte qui déclare récemment « on essaie de représenter la France telle qu’on voudrait qu’elle soit ». Le premier dénonçait le réalisme soviétique, la seconde elle promeut une bien-pensance nouvelle. Il convient de formater les esprits des plus jeunes aux plus âgés afin que tous soient conformes à une norme définie par les puissants.

Donc les blancs sont racistes surtout les mâles, on mettra dans le même sac Mozart et Goebbels. Ceux qui prétendent que le féminisme, représente un simple coupe-file pour que certaines accèdent à des postes plus ou moins prestigieux sont évidemment aussi racistes. On ajoute en général un certain nombre de tares à cet état de fait, toutes disqualifient l'individu en tant que tel, jamais les actes ou le comportement.

Rappelons que le Racisme se définit comme une réaction systématiquement hostile envers un groupe humain.

Une société se porte bien lorsqu'elle permet l'émergence de gens biens qui ont comme caractéristique commune de s'appliquer à penser seul et à agir en fonction d'une morale personnelle qu'il enfreint le moins possible. Avec des gens biens tous les systèmes politiques peuvent être utilisés, une seule chose est nuisible la bien-pensance qui permet à quelques-uns de croire qu'ils sont au-delà du cheminot sur les voies, de l'agriculteur dans son champ, de l'ouvrier dans son usine, de l'apiculteur près de ses ruches, tous les gens ordinaires qui ne doivent vivoter que dans un monde que l’on fabrique pour eux.

Méfiez-vous des faux prophètes qui viennent à vous déguisés en brebis. Pour maintenir le peuple sous sa domination, il créera un système idolâtre glorifiant la puissance. A ceux qui répondront à ses séductions, il confiera des places d’honneur et de puissance. Mais ceux qui lui refuseront l’obéissance seront exposés à une mort certaine. 

L'empreinte de la modernité se retrouvant partout, elle donne le ton pour le formatage des esprits sur le modèle étudié et théorisé de la publicité. Une bien-pensance n'est pas imposée mais suggérée, murmurée en tout lieu et à tout moment. Les principes doucereux sont incontestables mais il est fait l'hypothèse que le vulgum pecus trop empêtré par ses instincts et sa libido est incapable de comprendre. Toutes sortes de moyens affectifs et émotionnels sont mis en oeuvre pour arriver à leurs fins. La modernité se résume alors à la constitution de brebis bêlant d'une même voix les derniers rebondissements médiatiques.

Mais qu’on se rassure, ceux qui le pourront auront leurs aises au Groenland ou en Sibérie à l’abri des vicissitudes climatiques et sociales dues à leurs agissements. Il suffit de regarder pour voir : voulez-vous vraiment que vos enfants ressemblent au plus puissant ou au plus riche homme de la Terre ?

 


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