De plus en plus de jeunes croient aux « vérités alternatives »

par gruni
vendredi 13 janvier 2023

Un sondage prétend que les jeunes âgés de 18 à 24 ans sont de moins en moins nombreux à percevoir positivement la science (22% de moins depuis 1972). Mais, dans le petit monde de la "vérité alternative", personne n'aurait l'idée aberrante de faire confiance à une étude commandée par les Fondations Reboot et Jean-Jaurès. Surtout que ce sondage a été réalisé par l'Ifop. Tous ceux qui s'informent sur les réseaux sociaux se méfient de cet institut suspect. Les complotistes à ne pas confondre avec les comploteurs, affirment même avec un aplomb qui n'accepte pas la contradiction que toutes les sociétés sondagières sont à la botte de l'Elyséen qui tente de nous gouverner. Pour vous convaincre que leurs théories sont des épines dans le pied des bien-pensants, les complotistes dénonceront l'intervention des "merdias" adeptes du fact checking, ainsi que les démonstrations anticomplotistes imparables de l'irremplaçable Rudy Reichtad, auteur de "L'Opium des imbéciles". Ces tueurs de faux complots et de croyances irrationnelles, affirmeront l'évident caractère mensonger de nombreuses théories aberrantes. Une attitude défensive, qui pour les complotistes serait bien la preuve évidente que c'est eux qui détiennent la vérité vraie.

Revenons à nos moutons enragés ou pas, car cette étude n'est pas exclusivement consacrée au complotisme, tout y passe, des parasciences aux superstitions en passant par la propagande. On y trouvera également des comparaisons chiffrées sur les croyances des jeunes et des seniors. Par exemple, "deux tiers des jeunes (61%) croient en au moins une discipline de mancie, ils sont seulement 39% parmi les seniors". Une chose est certaine, les jeunes d'aujourd'hui seront sauf catastrophe, les vieux de demain. Peut-on espérer qu'au moins une partie de la jeunesse deviendra moins perméable aux vérités alternatives. Le risque étant que le virus transmis aux utilisateurs par internet et les plateformes comme TikTok, laisse des traces dans les esprits toute la vie. 

Il est vrai que la désinformation c'est toujours l'autre qui la diffuse. Même si tous les médias mainstream sont actifs sur la toile, ils sont considérés comme des agents désinformateurs. Les jeunes ont d'autres sources d'information sur le net, les réseaux, les influenceurs, ect.

 Pour terminer, quelques observations de Rudy Reichstadt, un homme détesté par les complotistes, car considéré par eux comme un collabo au service du pouvoir... Voire un manipulateur opposé aux réimformateurs auto-proclamés qui grouillent sur certains sites qu'il est inutile de citer. Mais avant, il n'est pas interdit de se poser certaines questions... Y a-t-il des complotistes sincères, la réponse est oui, c'est donc encore plus grave pour eux. Y a-t-il des complotistes volontairement menteurs, la réponse est également positive mais comme ils le savent déjà et qu'ils possèdent une rhétorique parfaitement au point, discuter est vain.

Le point de vue de Rudy Reichstadt 

"Une étude publiée dans la revue Science Advances il y a quatre ans, en janvier 2019, révélait que les Américains de plus de soixante-cinq ans partageaient environ sept fois plus de fausses nouvelles que les jeunes – en tout cas sur Facebook et pendant la campagne présidentielle de 2016 opposant Donald Trump à Hillary Clinton. Dans le même temps, plusieurs enquêtes d’opinion, en France et à l’international, montraient que les jeunes adhéraient significativement plus que leurs aînés aux théories du complot.

Si ces résultats peuvent en apparence sembler contradictoires, c’est parce que l’objet des études concernées n’était pas tout à fait le même. La première nous renseigne en effet sur ce que les utilisateurs relaient sur les réseaux sociaux (et l’on sait qu’une part très substantielle de ce qui y est partagé n’est pas préalablement consulté), tandis que les secondes s’intéressent à ce que les sondés ont dans la tête.

C’est ce que fait la présente étude de l’Ifop pour la Fondation Reboot et la Fondation Jean-Jaurès. Elle vient étayer l’hypothèse selon laquelle les personnes qui ont été socialisées politiquement au cours des deux dernières décennies sont nettement plus perméables au complotisme – et en général aux pseudo-sciences – que les générations qui les ont précédées. Elle confirme également la corrélation déjà observée entre l’adhésion conspirationniste et des usages informationnels privilégiant les réseaux sociaux comme mode d’accès à l’information et à la connaissance.

Au-delà des données quantitatives disponibles, on ne compte plus les reportages et les témoignages attestant de la banalisation contemporaine des croyances complotistes dans les salles de classe et les copies des élèves du secondaire et du supérieur.

Si cette tendance ne s’infléchit pas, on ne voit pas ce qui pourrait empêcher notre société de devenir à moyen terme, par « remplacement générationnel », une société plus perméable à l’imaginaire complotiste et à l’irrationnel qu’aujourd’hui – avec toutes les régressions potentielles que cela implique (extrémisme, obscurantisme…)."

 

https://www.jean-jaures.org/publication/la-mesinformation-scientifique-des-jeunes-a-lheure-des-reseaux-sociaux/


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