Déculpabiliser la France de son histoire ?

par NAMASTE
mardi 13 mai 2014

                     (Suite au twitt de Thierry Mariani)

« L'enlèvement par la secte Boko Haram rappelle que l'Afrique n'a pas attendu l'Occident pour pratiquer l'esclavage #déculpabilisation » twittait, le 7 mai, Thierry Mariani (Vice-président de l’UMP et Député des Français de l’étranger). Personnellement, je n’aurais pu écrire cela. Cependant, je crois pouvoir comprendre Thierry Mariani et tente de m’en explique ici, quitte à choquer nos grands Docteurs en Indignation. Pour commencer, nous évoquerons la falsification de l’histoire et les lois mémorielles.

 

LA FALSIFICATION DE L’HISTOIRE

     La falsification de l’Histoire caractérise l’atteinte la plus grave à l’honnêteté intellectuelle, cette qualité sans laquelle l’humanité ne pourra jamais prétendre à une paix durable. Si les leçons du passé peuvent servir le présent et si les projets du présent, nourris de l’Histoire, peuvent tenter d’infléchir la trajectoire de l’avenir, il reste impossible de changer ce que fut le passé. Seules les dictatures cherchent à le travestir au moyen de médias tronqués, de goulags mortifères et de polices politiques de la pensée. Ainsi, des idéologues sont devenus maîtres dans la présentation biaisée du passé. L’omission, la diversion et le sous-entendu figurent parmi leurs procédés les plus courants.

 Considérons, par exemple, le cas de nos fameuses lois mémorielles. L’expression « loi mémorielle » devrait provoquer un sentiment immédiat de suspicion chez tout citoyen épris de vérité historique : l’Histoire n’est surtout pas une affaire de législation ! Les lois mémorielles entravent les historiens lesquels devraient pourtant rester libres de fouiller où bon leur semble et de balayer tout le champ des possibles. Cependant, lorsque des individus, par dessein idéologique, nient des faits historiques avérés (génocides notamment), la tentation est grande de leur opposer une loi mémorielle « sur mesure ». De la sorte, des parlements en arrivent, de guerre lasse, à échafauder des lois mémorielles bancales.

 

LES LOIS MEMORIELLES FRANCAISES

    Voyons, par exemple, le cas de la Loi n° 2001-434 du 21 mai 2001 tendant à la reconnaissance de la traite et de l’esclavage en tant que crime contre l’humanité (Dite « Loi Taubira »). A première vue, une telle loi ne mange guère de pain puisque la traite et l’esclavage constituent indéniablement des crimes contre l’humanité. Pourtant, à y regarder de plus près, on découvre que l’Article 1 de cette Loi, à savoir :

« La République française reconnaît que la traite négrière transatlantique ainsi que la traite dans l'océan Indien d'une part, et l'esclavage d'autre part, perpétrés à partir du xve siècle, aux Amériques et aux Caraïbes, dans l'océan Indien et en Europe contre les populations africaines, amérindiennes, malgaches et indiennes constituent un crime contre l'humanité »,

stigmatise (pour employer un terme si cher aux Docteurs en Indignation) les crimes esclavagistes de la seule France. Disons-le franchement : tout citoyen encore doté d’un zeste de clairvoyance est en droit d’y déceler une provocation délibérée rendue aisée par la moutonnerie couarde d’une représentation nationale vannée.

Encore une fois, aucune vérité historique ne doit rester cachée et il nous faut boire jusqu’à la lie les calices spécifiquement français, qu’il s’agisse de celui des massacres de Sétif (1945), de celui des boucheries de Madagascar (1947) et, par malheur, de cent autres encore. Mais il ne faut pas non plus cacher hypocritement la forêt de l’esclavage planétaire derrière l’arbre de l’esclavage français. Olivier Pétré-Grenouilleau, lorsqu’il dévoila la vérité des traites orientales et interafricaines * – antérieures à la traite transatlantique et quantitativement plus lourdes qu’elle – souleva un tollé rageur parmi les zélateurs de la loi Taubira.

 

NOTRE GARDE DES SCEAUX

 Christiane Taubira, femme de caractère, a d’abord tâté de l’indépendantisme guyanais, il y a une trentaine d’années. C’était son droit le plus strict et je pense personnellement que c’est tout à son honneur. Elle échoua dans cette voie mais sa pugnacité politique lui permit de se recaser, après quelques méandres, au sein du P.S. français, en 1993 : R.A.S. quant à cette démarche banale. Bien entendu, les combats qu’elle a menés naguère ont dû laisser dans son cœur et dans son esprit des traces indélébiles, voire une vague tentation de revanche, et cela reste encore tout à fait humain. On ne retourne pas sa veste sans traîner confusément un certain embarras. Vous voyez ce que je veux dire n’est-ce-pas ? Il faut donc lui rendre justice : comment pourrait-elle entonner la Marseillaise en public (« karaoké d’estrade » a-t-elle déclaré il y a quelques jours) sans s’écorcher la bouche ? Et comment pourrait-on lui reprocher de s’être donné une sorte de quitus en assénant habilement sa loi sur le chef de l’infâme colonialisme français. Bien joué Christiane ! Toi, au moins, tu sais à quels lâches benêts carriéristes tu as à faire …

 Et, lorsqu’on la titille au sujet des traites orientales elle rétorque en toute candeur que les jeunes Arabes ne doivent pas porter sur leur dos tout le poids de l'héritage des méfaits de leurs ancêtres **.

 

DERAPAGES A LA FRANCAISE

 A mon avis, Thierry Mariani a malencontreusement dérapé en ressassant tout qui précède. Le problème, voyez-vous, c’est qu’on va de dérapage en dérapage et qu’à force de riper, la France risque de tomber au fond du précipice.

 Encore moins futé que Thierry Mariani, Aymeric Caron – grand officiant de « On n’est pas couché » - aurait (le passage a été censuré !) fait récemment le rapprochement entre Mohamed Merah et l’armée israélienne ***.

 Pas très astucieux non plus, ce maire FN qui décide de ne pas célébrer la journée de l’abolition de l’esclavage. Si, que Dieu m’en garde, j’étais à sa place, chaque 10 mai j’organiserais, autour d’un bûcher, une cérémonie en hommage à toutes les victimes des infamies de l’Histoire. Des écoliers y jetteraient les symboles de la traite transatlantique, de la traite interafricaine, de la traite orientale, de la Shoah par balles, du génocide vendéen, des camps staliniens, des camps hitlériens, de l’Apartheid, de Pol Pot, de la Stasi, des bombes chimiques de Saddam Hussein, du massacre des Dzoungars, du Rwanda, de la Savak, des districts de contrôle total sud-coréens, du génocide arménien, du génocide des Grecs pontiques, du massacre de Delhi par les Perses, de la répression du Tibet, des crimes franquistes, de la boucherie de Katyn, du massacre de Nankin, de l’esclavage contemporain etc. etc.

 Tout ou rien s’il-vous-plaît !

 Aucun crime n’est pire ou moindre qu’un autre et la « blanchitude » n’est qu’une partie de l’ « humanitude ».

 N’y a-t-il pas quelque chose d’interlope lorsque, pour creuser sa niche, un parti d’Indignés cible le seuls coupables de son pré carré alors qu’il devrait prendre assez de hauteur pour éclairer uniformément et partout sur la Terre les méfaits qu’il se targue de dénoncer ?

 

 Hélas, n’est pas Mandela qui veut !

 

 

*  Les Traites négrières. Essai d'histoire globale (2004)

**  L’Express du 4 mai 2006.

***  Figaro Vox du 1er mai 2014. 

**** Leplus.nouvelobs du 10 mai 2014 


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