Descente dans l’échelle sociale ou une bobo ŕ qui il manque 1000 euros par mois !

par Iris
jeudi 10 janvier 2008

Avertissement : cette histoire est de pure fiction !

Je n’arrive pas à m’habituer, suis-je devenue pauvre ? Non, je ne me sens pas dans cette catégorie, bac +7, consciente de la misère du monde, essayant d’oeuvrer pour plus d’égalité, plus de conscience écologique, plus de, plus de...

Un jour, suite à une perte d’emploi économique, je me suis retrouvée au chômage, puis ne trouvant pas d’emploi à la hauteur de mes espérances financières, j’ai bien été contrainte d’accepter un emploi dont le salaire est amputé de 1000 euros et emploi assez intéressant en plus. On va s’organiser, ai-je pensé, optimiste, il y a bien des trucs dont je n’ai pas besoin. Ma nouvelle paye ? 1600 euros par mois, net ! Mon loyer ? 900 euros par mois, à Paris, je précise ! Ma situation ? Célibataire, sans enfant. Mon âge ? 35 ans.

Première réaction, il faut que je déménage, pas plus de 500 euros dans le loyer. J’ai vite déchanté, puisqu’il faut quatre fois le montant du loyer et une caution. Mes parents sont décédés, je suis fille unique, je n’ai pas de tantes ou d’oncles en France. Demander à des amis de se porter caution, pas question. J’ai commencé à regarder ce qu’on me proposait pour 300 à 400 euros par mois, pff, des chambres de bonnes. Partir en banlieue ? Mince, je travaille à Paris et j’ai la chance de n’être qu’à 1/4 d’heure en métro de mon bureau. Je dois dire aussi que j’aime mon appartement, il fait 65 mètres carrés dans le XIIe, 3 pièces, je l’ai décoré avec goût en chinant sur les puces et vide-greniers. C’est mon nid, mon chez moi, alors partir, c’est trop dur.

Non, je vais le garder cet appartement, je vais me restreindre ailleurs, tant pis !

Il me reste donc 700 euros par mois pour le reste...

J’avais pour habitude d’aller à Monoprix, j’y trouvais les produits commerce équitable, les produits bio et autres bons produits culinaires, oui, je suis une fine bouche ! J’avais pour habitude de ne pas regarder les prix, manger sain avant tout, c’est important pour moi. Mais là, aie, ça se complique !

Qu’est-ce que c’est cher !

"Mais pourquoi tu ne vas pas au magasin Lidl, c’est vraiment pas cher ?" me dit un ami.

Quoi, aller dans les magasins pour pauvres, les temples de la malbouffe, moi, ah non, ça jamais... Un mois plus tard, dans l’impossibilité d’honorer mes factures, heureusement couvertes par un découvert encore autorisé, j’y suis allée à Lidl. Rien que pousser la porte, vous ne pouvez pas vous imaginer ce que cela m’a fait, comme une grande claque, une descente aux enfers. J’épiais les gens du coin de l’oeil, ils sont tous pauvres, ils doivent être différents des clients de Monoprix. Mais, en étant franche, je ne voyais pas trop de différences, faut dire qu’on était en hiver, alors avec les manteaux... Ce sont les chaussures qu’il faut regarder, oui, les chaussures. Bon, ben, vraiment, pas trop de différences non plus. Des airs fatigués peut-être ? Bof, pas plus qu’à Monoprix. Je me suis senti rassurée et j’ai fait quelques courses. A vrai dire, si on cherche bien, on peut trouver quelques trucs à se mettre sous la dent. Mais pour le café, juré, promis, je reste au commerce équitable. Ce sera mon seul luxe.

Mais comment je vais faire pour le reste ? Qu’est-ce qui est obligatoire, primordial et que je dois conserver ? C’est ma banquière qui m’a conseillé de faire ce récapitulatif, parce que le découvert autorisé est passé de 1000 euros sur le mois à 500 euros sur 15 jours. Et puis si je bouffe le découvert, c’est ça de moins pour le mois prochain. Heureusement, aucun crédit sur le dos, ouf !

Donc récapitulons :

L’assurance habitation, la taxe d’habitation, les impôts (un salaire, c’est plein pot pour moi et je n’ai pas de 13e mois), l’électricité, l’eau, l’abonnement Internet (indispensable), l’abonnement téléphone mobile, l’abonnement téléphone fixe, la carte de transport, quoi d’autres ? J’en oublie certainement, c’est sûr, je n’ai jamais eu l’habitude de budgétiser.

Pour l’abonnement téléphone fixe, je me pose des questions, si je prends un tout-en-un Internet, je peux téléphoner. Mais c’est un copain de France Télécom qui m’a toujours dit, garde une ligne analogique et un téléphone à fil, s’il y a une coupure d’électricité, tu as toujours le téléphone. Alors j’hésite !

Ensuite, allez, par mois, un restaurant, un cinéma, une soirée théâtre, une exposition, une soirée tournée des bars (c’est le plus cher)... et ce sera tout, c’est déjà pas mal, j’ai diminué par trois au moins, parce que vous comprenez, je suis célibataire, faut que je sorte ! Mince, j’ai bouffé tout le budget ! Mais comment je vais m’habiller ? Moi qui faisais attention de ne pas acheter made in China (veux pas faire travailler les esclaves) et qui choisissais des tenues confortables en coton, laine, lin ou soie naturelle, des chaussures solides aussi, chères à l’achat mais qui durent et si possible commerce équitable aussi et coton bio. Les marques, je m’en fous, mais la qualité non. Et la qualité ça se paye ! L’avantage, c’est que ça dure, alors, je peux attendre encore avant de renouveler la garde-robe.

Et les clopes, mon dieu les cigarettes, faut que j’arrête, en attendant je vais passer au tabac à rouler. Et les vacances, oh non, je ne pourrai plus me payer de vacances...

Ah, j’oubliais, je suis grande consommatrice de presse et de livres, oh la la, je vais devoir aussi diminuer ça !

Donc, l’heure des choix a sonné, si je sors, pas de vêtements, pas de vacances... Si je ne sors pas, un peu de vêtements, un peu de vacances, et encore... un peu plus de livres peut-être... Je crois que je vais m’inscrire à la bibliothèque du quartier.

Et le taxi, mince le taxi, je le prends le soir quand je sors pour rentrer chez moi, j’ai pas de voiture, alors, hein, on ne va pas me priver de taxi non plus !

Ah aussi, je vais devoir arrêter les dons aux Restos du coeur, à Greenpeace, au Téléthon et à la Croix-rouge. C’est eux ou moi !

Suis-je devenue pauvre ? Non, je mange, j’ai de l’eau au robinet, j’ai un toit, je peux communiquer, j’ai un travail. Que demander de plus, hein ? Je ne suis pas au Darfour en train de crever, je devrais m’estimer heureuse. Mais je suis heureuse, seulement, ce n’est pas ce que j’avais espéré. Oh non, je n’espérais pas devenir riche, mais j’espérais pouvoir vivre sans trop de soucis matériels, j’espérais que le fruit de mon travail m’apporte des satisfactions supplémentaires autres que le strict nécessaire.

Mais, voyez, ce qui me chagrine le plus, c’est que tout mon mode de consommation est en train de disparaître, j’essayais d’être une consommatrice responsable et je ne peux plus parce que la responsabilité aujourd’hui, c’est cher ! Alors, oui, je suis dépitée, triste, l’inutilité est en train de m’envahir ! Il va falloir sérieusement que je pense à avoir d’autres satisfactions, oui, mais lesquelles ?

Ah, j’oubliais, je suis déjà bénévole dans deux associations de quartier, je vais peut-être m’y investir un peu plus, ce sont des associations pour les pauvres, alors vous pensez !


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