Deus sive Natura
par Jacques-Robert SIMON
jeudi 5 novembre 2026
Le Monde s'achemine à grands pas vers un chaos imbibé de totalitarisme. Les esprits sont conscients des impasses dans lesquelles 'on' les a fourvoyés, ils sont prêts à se battre pour faire valoir leur mal-être. C'est par le dépassement que l'on surmonte les crises, ce n'est ni par un verbiage aussi faux qu'ancien, ni par des axiomes qui nient l"Homme pour le faire se conformer à des abstractions. Il faut habiter un monde parallèle. Dieu ou la Nature semble la solution à suivre.
L’Ecologie n’est pas une idéologie à la mode, c’est une religion. Et comme pour toutes les autres religions, il faut y croire pour qu’elle existe. Les conséquences pratiques sont considérables car l’Ecologie conduit à des comportements individuels se démarquant des agitations ambiantes. Elle conduit également à des systèmes sociaux débarrassés des innombrables types de préséance.
Le type de société est largement dépendant du type et de la quantité d’énergie que l’on utilise.
Au moyen âge, les énergies disponibles étaient d’abord humaines avec marginalement l’apport des animaux et quelques moulins. Pas ou très peu d’énergies fossiles donc. Les laboureurs sont les paysans les plus aisés. Ils possèdent leurs propres attelages (chevaux, bœufs) et des surfaces de terres conséquentes. Ils exercent souvent des responsabilités locales (syndics, collecteurs d'impôts). Les fermiers et métayers ne possèdent pas (ou peu) de terres et doivent louer celles des seigneurs. Les journaliers sont excessivement pauvres et ils ne possèdent quelquefois qu’un minuscule lopin de jardin. Ils louent leurs bras pour les moissons, les vendanges et d’autres travaux d’opportunité. Les artisans (cordonnier, orfèvre, forgeron…) ne représentent qu’une fraction infime de la population totale. Cette structure antique n’a en fait que peu varié au cours du temps.
Cette organisation va durer durant le règne de presque vingt Louis et de quelques Henri avec un principe inchangé : une très grande majorité met au service du système une infime fraction de son intelligence et une grande partie de son temps, grâce à cela il peut nourrir sa famille et se reproduire. La structure monarchique permet d’unir les efforts et d’assurer une paix (relative) sur l’ensemble du territoire. La structure tribale qui résulterait de son absence aurait peut-être permis une certaine inventivité (outillages en os, pierres taillées, cultures, élevages…) mais certainement pas l’édification de cathédrales ou de somptueux palais à cause de la dispersion des forces.
Le XVIIIe siècle va représenter une Révolution dans tous les domaines grâce à l’apport considérable des énergies fossiles (1 Kg de charbon représente le travail d’une dizaine d’hommes pendant une journée). Cette énergie presque infinie va soulager les efforts de beaucoup tout en imposant de nouvelles organisations hiérarchiques. La Bourgeoisie prend la place de l’Aristocratie grâce à sa possession des capitaux financiers et elle impose ses propres valeurs : principalement la réussite individuelle quelquefois par le mérite, Sous sa coupe, la classe ouvrière va devoir subir des conditions de travail extrêmement difficiles afin de maximiser les profits au nom de la compétitivité.
La fin de la prospérité industrielle et financière des pays occidentaux, et plus encore la France, coïncide, et ce n’est pas un hasard, avec l’effondrement de ce qui réunissait tous et chacun, au moins dans les dires, un divin fait de pur Amour. Si un lien reliant non pas tout le monde mais au moins beaucoup ne se tisse pas entre individus, le destin de tous est déjà écrit, le système s’effondrera. Les ersatz de Sacré écrits par des multitudes d’experts tous certains de leur savoir ne peuvent en aucun cas remplacer une transcendance, car justement le Sacré ne peut ni se voir, ni se décrire. On utilisera peut-être des algorithmes pour ce faire, ce sera pour aller plus loin vers l’anéantissement, c’est-à-dire l’exacte continuation du passé.
Une nouvelle Religion est donc indispensable.
Dieu c’est aussi, c’est avant tout, la Nature, c’est l’Ecologie, mais il faut prendre le plus grand soin à la façon de s’y prendre pour que cette Religion s’installe tout en gardant sa raison d’être. Elle peut y parvenir en se tenant loin du pouvoir, des élections, du monde financier et de tous les systèmes de domination.
Il faut prendre garde aussi à la cohérence des systèmes si l’on souhaite les modifier. Un système est constitué d'éléments en interaction les uns avec les autres. Ces interactions sont de diverses natures mais pour que le système dans son entier ne sombre pas dans le chaos, il faut respecter une cohérence dans le type d'ordre donné à l’ensemble sinon il tend inévitablement vers un désordre stérile. Pour ce qui nous concerne le choix doit être fait entre une consommation croissante d'énergies fossiles (ce qui est possible pour au moins un siècle) et l'utilisation d'autres sources d’énergie dont l’énergie solaire. Les mix énergétiques constamment proposées dans le monde des mécréants tiennent plus en compte les rapports de force politico-économique que la rationalité.
La consommation d'énergie avant l'ère industrielle n'augmentait que très modérément avec le temps. A partir du milieu du XIXe siècle la croissance économique tout comme l’accroissement des demandes énergétiques furent fulgurantes. Les énergies fossiles permirent en particulier à une minorité d’amasser des fortunes considérables qui leur donnaient un pouvoir d’abord physique puis idéologique sur les sociétés. L’accumulation du capital en fut la conséquence la plus marquante, les nouveaux héros n’étaient ni nobles, ni talentueux, ils étaient riches. Si vous possédez des puits de pétrole vous souhaitez forer davantage de puits, si vous vendez des voitures vous souhaitez en vendre davantage, si vous fabriquez des armes vous rêvez d’atteindre tous les marchés des belligérants. L’Ecologie n’a rien à voir avec cette logique et elle offre une nouvelle destinée dans un autre cadre.
La communauté des nouveaux croyants devra s’écarter de la consommation indistincte de masse. Le terme religion provient selon une interprétation de religare qui signifie « relier », « attacher ». Une religion n’est pas associée, dans le cas idéal, à un Etat mais il fournit un arbitraire qu’aucun de ses croyants ne peut bafouer. L’arbitraire associé à l’Ecologie tombe sous le sens, il s’agit de minimiser le bilan carbone, soit la totalité des émissions de gaz à effet de serre émise par un individu, une entreprise, un Etat. Un denier du culte individuel sera instauré afin de rester entièrement indépendant de toute organisation nationale ou internationale, de tout don, de tout mécène.
Une Religion se doit d’avoir des Evangiles, les rapports du GIEC seront parfaitement appropriés à cet effet. Ils sont écrits par les plus érudits de notre époque et même les plus rétifs ne les remettent pas en cause.
La seule chose qui permet de vivre dignement, un toit où résider, est inaccessible à beaucoup. La nouvelle Religion doit elle aussi chasser les marchands du temple. Plus de 500 000 m2 de bureaux (environ 15% du total) sont inoccupés à La Défense, il est donc nécessaire de s’approprier ces espaces pour les rendre utiles en attendant d’expulser le reste du quartier dès que l’on pourra se passer des sièges sociaux que le quartier abrite.
L’Ecologie implique nécessairement un ralentissement des activités lors de la substitution des énergies fossiles par des énergies renouvelables. L’Ecologie ne peut pas entrer en compétition avec des meutes intéressées à la seule fructification de leurs biens. Les Hommes politiques se donnent une autre apparence, ils sont censés donner des règles pour que la Justice règne dans leur circonscription, en général un Etat, une Nation. Mais dans les démocraties les plus avancées, l’Homme politique n’insuffle pas les élans nécessaires, ils préviennent les émeutes en distribuant des fonds qu’ils n’ont pas. Cependant les politiques savent encore rétablir l’ordre ou faire la guerre lorsqu’ils la jugent nécessaire, il faut leur laisser cette prérogative ; une Religion offre l’espoir, la vie, pas la mort.
Le temps passant divers arbitraires, ou plus exactement plusieurs absolus, se sont imposés, la Force brute, l’Idole, le Dieu-Amour, l’Argent. Il n’est pas adapté de négliger les multiples rouages qui permettent à ce dernier de faire fonctionner la machine économique. La plaie c’est de croire qu’il peut constituer un but en soi. Pourtant chacun devrait avoir conscience que l’Argent ne peut acheter que ce qui ne vaut pas grand-chose et qu’il est temps de passer à autre chose. Dans cette optique, toute transaction financière ou non comme toute action impliquant nombre de participants seront chapeautées par le GIEC.
Une Religion ne doit pas se fixer un but trop concret, lié au quotidien c’est-à-dire au périssable. Mais il est possible de proposer un idéal ou un rêve qui permet clairement de dire où l’on va et d’où on vient. Une religion promet évidemment un repos et une vie éternels. Le premier se conçoit aisément et semble accessible à tous sans difficulté. La seconde est plus problématique tant l’éphémère est omniprésent dans la Nature. Cependant des enfants qui permettent de transmettre bien incomplètement mais réellement des bribes de sagesse à partir des trépidations du quotidien représentent bien une forme, la seule probablement, d’éternité.
La Nature c'est à dire Dieu !