Dieudonné, la chute d’une icône
par Jean Lannes
mardi 6 juillet 2010
Dieudonné est-il antisémite ? Je ne sais pas. A vrai dire je ne sais plus. Il y a de ça quelques mois, j’étais convaincu du contraire et mon soutien à son égard était au plus haut. Me gavant de ses sketchs magistraux, j’ai sans doute suivi aveuglément l’idole, ne tenant pas vraiment compte du bienfondé des idées qui suivirent.
Depuis quelques temps je m’interroge. Le sionisme est-il réellement le responsable des malheurs de l’humanité ? Des maux de notre société ? Des problèmes de notre quotidien ? Je ne pense pas. Peut-être y contribue-t-il, mais là n’est pas, à mon sens, la priorité. Le conflit israélo-palestinien alimente les tensions communautaires, certains de nos dirigeants se couchent devant Israël, mais le sionisme n’est pas (ou plus) au centre de tous les sujets, de toutes les décisions.
Sarkozy, accusé d’être pro-américano-israélien, l’est de moins en moins. Le chef de l’Etat tente de tenir tête à Washington et ne passe plus qu’en coup de vent au dîner du CRIF. De plus, depuis l’assaut israélien sur la flottille humanitaire au large de Gaza, le tabou s’est peu à peu levé, et il était temps.
Cette remise en question du poids du sionisme sur nos vies n’est pas la seule chose qui me fait douter aujourd’hui.
Retour sur le personnage Dieudonné
Camerounais de père, Breton de mère, Dieudonné M’bala M’bala n’a jamais hésité à se moquer de toutes les communautés, de toutes les religions, de toutes les nationalités. Renversant les tabous, l’ancien compagnon d’Elie Semoun a fini par tomber sur un os. Caricaturant un colon israélien dans l’émission de Marc-Oliver Fogiel le 1er décembre 2003, le trublion s’est mis à dos toute la communauté juive, celle-ci ayant sur le coup bien manqué d’humour.
Insulté, poursuivit en justice, boycotté, agressé physiquement, l’humoriste n’a eu d’autre choix que de se défendre en utilisant sa seule arme : la scène. Considérant le fait que la plupart des personnes qui l’attaquaient étaient juives, Dieudonné a trouvé dans le sionisme un moyen de se défendre indirectement en considérant que la plupart des sionistes sont juifs. En persévérant dans la moquerie du sioniste, il s’est alors trouvé un fond de commerce et surtout, un moyen de prouver qu’il était toujours debout.
Pour assurer sa promotion, le désormais pestiféré des médias n’a pas lésiné sur les moyens : Jean-Marie Le Pen parrain de sa fille (bien que cela ne semble être qu’une farce qui n’existe que dans les déclarations), remise du « prix de l’infréquentabilité » au négationiste Robert Faurisson... Est-ce vraiment une bonne solution ? D’un côté, c’est la seule permettant de faire parler de lui. D’un autre côté, cela a rameuté de vrais extrémistes, venus se mélanger aux nombreux véritables antisémites peuplant les tribunes du comique. Une clientèle dont il se serait bien passé. De plus, le fait de donner un micro à Robert Faurisson était une chose plus qu’évitable.
En lançant la Liste Anti-Sioniste aux européennes de 2009, le comique a cru bon de ramener le débat sur le plan politique et européen. C’est son choix démocratique, qui a cependant attiré l’attention de nouveaux électeurs aux intentions bien racistes.
Avec son nouveau spectacle intitulé « Sandrine », Dieudonné semble s’être calmé. Présentant à de nombreuses reprises des excuses, différentes émissions de télévision l’ont réinvité. Dieudo en avait-il fini ?
La chute
Et bien non. Dernièrement, une vidéo (ci-dessous), sans doute filmée à la sortie d’un de ses spectacles par un amateur, montre l’humoriste en remettre une couche, en toute sérénité parmi ce comité restreint. D’abord insultant à l’égard d’Eric Zemmour, il s’est ensuite attaqué à nouveau aux juifs.
« Les gros escrocs de la planète sont tous des juifs (…) Il faut être juif pour avoir la liberté d’expression en France. Dire le contraire, c’est avoir peur. Mais on n’a pu peur. Ils nous ont tout fait. Ils nous ont trainé dans la boue. Ils nous ont mis à l’état d’esclave. Ils nous ont colonisé. On a peur de quoi ? C’est fini. Maintenant de toute façon, la mort sera plus confortable que la soumission à ces chiens » a-t-il lancé à son interlocuteur.
C’est ça Dieudo en privé ? Alors les juifs seraient des chiens ? Ou s’agit-il de « l’empire judéo-chrétien » comme dit précédemment ? Que penser de tout cela maintenant ? Après s’être caché derrière le sionisme, Dieudo joue-t-il désormais la carte de la transparence ?
En considérant, en plus de cela, son improbable soutient à Mahmoud Ahmadinejad (qu’il admire sans doute uniquement pour son anti-sionisme, oubliant le reste), je me perd dans mes doutes.
L’ancien partenaire du juif Semoun est-il réellement antisémite ? L’évidence saute aux yeux de certains. Pour ma part, je ne sais plus. Ce combat contre le sionisme me paraît désormais secondaire et abusif, surtout si le but ultime est de rallier le camp iranien ! Avec les dernières déclarations détendues de Dieudonné, je crains que ce combat relève en réalité que de ce qui se présente comme un véritable Jihad, contre blancs et juifs, une vengeance tardive face au Judéo-Chrétiens. Est-ce la bonne solution que d’opposer les gens ? De venger un passé houleux n’ayant concerné que des élites aujourd‘hui bien disparues ?
En tout cas, quand il s’agit de militer pour la communauté arabo-africaine contre les méchants blancs, jugés descendants d’esclavagistes et de colons, l’anti-communautarisme tant affiché par Dieudonné semble soudain s’évaporer.
Sur le plan artistique, l’humoriste reste, à mes yeux, le maître incontesté des planches. Personne ne domine la scène comme lui. C’est le cas de le dire, les nouveaux arrivants de l’humour ne valent pas un clou ! Pour ce qui est du plan politique ou idéologique… Je préfère ne plus y penser, envahi par les doutes et les remises en question.