Dieudonné ou la liberté d’expression

par Frédéric Alexandroff
lundi 26 octobre 2009

On peut penser ce que l’on veut de Dieudonné. On peut le trouver drôle ou vulgaire, amusant ou irritant, impertinent ou à la frontière du bon goût ; bref, on a le droit de l’aimer ou de le détester, chacun verra midi à sa porte. Mais l’interdiction de la représentation de son dernier spectacle, « Sandrine », qui devait avoir lieu à Grenoble ce dimanche 25 octobre ne peut manquer de relancer le débat sur les limites, souvent à géométrie variable, imposées à la liberté d’expression dans le prétendu « Pays des Droits de l’Homme ».

 Dieudonné contre Redeker
 
J’entends déjà les hurlements : "Dieudonné est un fasciste, un nazislamiste, un révisionniste, un antisémite, comment pouvez-vous seulement oser prétendre le défendre ?" Ma foi, je pourrais vous répondre ceci : Dieudonné est libre de dire ce qu’il dit, "c’est son droit le plus imprescriptible, depuis la révolution française, des générations de Français se sont battus pour obtenir ce droit tout simple, le droit de s’exprimer, même si on a tort, même si on va trop loin, la liberté d’expression ne se partage pas". Je pourrais vous répondre ceci, et néanmoins je ne le ferai pas, car je me rendrais coupable d’un honteux plagiat. Certains auront compris, car c’est précisément ce qu’avait dit et écrit Bernard-Henri Levy à propos de Robert Redeker, suite à la rédaction par ce dernier d’une tribune publiée par le Figaro le 19 septembre 2006. Rappelons le contenu de cette dernière : une attaque en règle contre l’Islam, l’auteur s’arrangeant avec l’histoire et la lettre du Coran pour tresser un amalgame implacable entre Islam et islamisme, entre religion et fanatisme meurtrier. Le texte n’était pas digne d’un intellectuel, tant il semblait par moments sorti tout droit de la bouche du poivrot du PMU local.

Et pourtant, toute l’intelligentsia française s’est levée, comme un seul philosophe, pour défendre le droit de Robert Redeker d’exprimer son opinion, aussi exagérée, aussi peu structurée, aussi insultante qu’elle ait pu être pour les musulmans, de France ou d’ailleurs. Je crois même avoir souvenance d’un BHL déclarant avec fougue qu’il irait jusqu’à mourir pour que M. Redeker puisse parler et écrire librement. Il est dommage que notre pseudo-philosophe national, lui qui brandit bien haut le flambeau ténébreux des Lumières éteintes de ce 21ème siècle vérolé, ne fasse pas preuve du même courage s’agissant de Dieudonné.

Car les excès de ce dernier, et ils sont incontestables, à la frontière du mauvais goût lorsqu’il affuble son ingénieur son d’un pyjama orné d’une étoile jaune, ou largement au-delà de cette même frontière quand il fait monter sur scène Robert Faurisson -un membre de ma famille ayant été déporté, je vous prie de croire que j’apprécie moyennement ce personnage ; bref, les excès de Dieudonné ne sont pas plus choquants que les propos écrits de Robert Redeker. Le premier traite les Israéliens de négriers, le second a dépeint les musulmans comme des barbares haineux et sanguinaires. De deux choses l’une : soit les deux ont le droit de s’exprimer, soit chacun doit être traîné devant les tribunaux chaque fois qu’il dit ou écrit quelque chose.
 

Ridicule bien-pensance

Alors oui, je défendrai Dieudonné et son droit à s’exprimer, même quand il ne me fait pas rire. D’ailleurs toute personne qui a vu un de ses spectacles sait qu’il n’épargne personne, ni les Juifs, ni les Blancs, ni les Noirs ni les Musulmans et encore moins les Asiatiques.

Je le défendrai d’autant plus que le ridicule est du côté de ses détracteurs. Car lorsque la LICRA, SOS Racisme et autres thuriféraires de la bien-pensance appellent "les démocrates, élus et citoyens, à se mobiliser pour exprimer leur indignation et s’opposer au spectacle", lorsque Michel Destot, le maire de Grenoble, s’enflamme en déplorant "la tenue du spectacle de M. Dieudonné M’Bala M’Bala (...) dans une ville qui fut capitale de la Résistance dans l’une des périodes les plus terribles de l’Histoire, où les valeurs humanistes et la lutte contre le racisme ont toujours été des préoccupations fortes" ; ressuscitant ainsi le verbiage pompeux de cet anti-fascisme de pacotille qu’on croyait mort depuis que Lionel Jospin l’avait lui-même enterré sur France-Culture en 2007 lorsqu’il déclarait que "pendant toutes les années du mitterrandisme nous n’avons jamais été face à une menace fasciste et donc, tout antifascisme n’était que du théâtre" ; bref à écouter ces jérémiades moralistes on en viendrait à croire que Dieudonné constitue la plus grande menace pour la République française. Et chacun sait qu’il n’en est rien.



 

Frédéric Alexandroff


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