Dissolution - Le vert est vidé ?

par gruni
jeudi 22 juin 2023

Des citoyens vous diront avec conviction que le pouvoir actuel est pour le moins laxiste au niveau de la sécurité des Français, et que certaines opérations d'écologistes qui revendiquent l'usage et l'utilité d'opérations coup de poing sont intolérables. En face d'eux, d'autres citoyens vous affirmeront, avec la même conviction, que le gouvernement est liberticide et violent contre le mouvement des "Soulèvements de la Terre", comme il l'était déjà avec les Gilets Jaunes qui n'étaient quand même pas tous les camarades des black blocs.

D'autres citoyens ne s'intéressent que très peu à l'actualité si éloignée de leurs soucis quotidiens. Alors, entre ceux qui prétendent sauver le monde du désastre climatique annoncé, et ceux qui veulent se faire réélire dans quatre ans, ils préfèrent ne pas choisir.

Tout ça, c'est d'abord de la politique, et entre deux idéologies politiques si différentes ne coulera jamais une rivière tranquille. D'ailleurs, elles sont à sec ou manquent d'eau. Le jour du jugement dernier, lorsque nous éteindrons tous les climatiseurs pour l'éternité, il se trouvera toujours un activiste politique pour accuser l'autre d'avoir provoqué la fin du monde.

Aujourd'hui, certains élus se retrouvent devant un choix cornélien, celui de devoir condamner les violences d'un mouvement venu au monde à Notre-Dame-des Landes, et celui de refuser absolument la dissolution d'un "groupement de fait" qui est du même bord politique. 

Voilà donc où nous en sommes :

"Le ministre de l’Intérieur s’est appuyé sur une disposition légale datant de 1936, et donnant la possibilité à l’État de dissoudre une association. Elle a été élargie récemment par la loi dite Séparatisme du 24 août 2021. Une loi du code de la sécurité intérieure qui étend son champ d’application à toute association ou groupement de fait « qui provoque à des manifestations armées ou à des agissements violents à l’encontre des personnes ou des biens ».

Le collectif pourra cependant "comme toutes les associations visées par un décret de dissolution" déposer un recours devant le Conseil d’État. 

Depuis 2017, Emmanuel Macron a publié 33 décrets pour interdire une association ou un groupement de fait. Ce qui est un record depuis le début la Vᵉ République, il est devant De Gaulle avec seulement 28 décrets.

Tableau des dissolutions

Selon Olivier Véran « Le recours à la violence n'est pas légitime en État de droit et c'est bien cela qui est sanctionné » Pour les écologistes, cette décision de dissolution est évidemment politique et elle était "réclamée directement au chef de l'État par l'agro-industrie et la FNSEA ". 

Le gouvernement justifie son choix dans le décret de dissolution

« Sous le couvert de défendre la préservation de l'environnement SLT incite à la commission de sabotages et dégradations matérielles, y compris par la violence », avec « destructions matérielles » et « des agressions physiques contre les forces de l'ordre » (retenues d'eau de Sainte-Soline et liaison ferroviaire Lyon-Turin. "Aucune cause ne justifie qu'on blesse des policiers et des gendarmes".

Sur le site Reporterre, voici un extrait de leur tribune publiée à l’issue de la dissolution :

"Ce 21 juin, en conseil des ministres, le gouvernement vient d’enclencher la procédure de dissolution des Soulèvements de la Terre. Après nous avoir jeté ses grenades mutilantes au visage, il prétend que nous n’aurions plus le droit d’exister ensemble, ni de nous organiser. Il prétend maintenant dissoudre un soulèvement, par tous les moyens.

Depuis les sinistres bureaux de la place Beauvau, cette dissolution se veut être un couperet. Elle se voulait être la fin d’une histoire. Et pourtant le bruit qui court à travers le pays, là où les espoirs bourgeonnent encore, dit tout autre chose. Des chuchotements contagieux, des éclats de solidarité innombrables nous rappellent que les pires attaques produisent parfois des renversements inattendus."

Sur le fond, la dissolution d'un mouvement n'a jamais empêché de continuer sous un autre nom, voire d'une autre façon. Alors, un coup de pied dans l'eau donné par Gérald Darmanin ?

Celui qui s'imagine un avenir brillant dans un palais, aujourd'hui ministre de l'Intérieur, ne peut en aucun cas se laisser accuser de mollesse. Cependant, malgré la dissolution, pour les écolos et les policiers, ça va continuer comme avant. Les chaînes de télévision vont pouvoir comme d'habitude se positionner en attendant les premiers cailloux, les premières grenades, les premières déclarations si facilement devinables des élites politiques. Selon leur orientation, ils diront, ce sont les écolos qui ont commencé à caillasser, ou, non, c'est la faute des flics qui ont gazé en premier des manifestants pacifiques.

La routine quoi !

 

Photo Jean-Christophe Sounalet / Sud Ouest / maxppp

 


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