Dray, le Watergate et la morale républicaine
par Bernard Dugué
samedi 20 décembre 2008
Deux événements. L’un de taille monumentale, sous l’administration Nixon, le scandale du Watergate, qui fit chuter un Président des Etats-Unis. Mark Felt, alias gorge profonde, le principal héros de cet épisode emblématique de la démocratie occidentale, vient de mourir. Ce même jour, on apprend qu’une perquisition a eu lieu chez Julien Dray. Une banale affaire de détournement de fond à des fins privées selon les déclarations de la presse informée par les informations de la justice. Pourquoi relier ces deux événements ?
A dire vrai, je n’arrive pas à trouver l’énergie pour faire cette tribune libre. Sans doute, le combat pour l’éthique et les valeurs républicaines est devenu sans espoir. Quel contraste entre la présence d’esprit de Felt qui informa de son piédestal professionnel le Washington Post des saloperies que commettait l’administration Nixon. Et tout ça au nom du respect de la constitution américaine. Cet événement eut un retentissement mais il fut trop vite oublié. Il est symbolique, plus qu’on ne peut l’imaginer et le penser avec les éléments que donnent les intellectuels à l’opinion. Un agent du FBI a fait tomber un Président. Preuve qu’un individu peut être plus fort et plus vertueux qu’un chef de clan au pouvoir de la plus grande puissance. Un chef corrompu ne respectant pas les valeurs éternelles inscrites dans une Nation, bref, un Nixon aussi pourri que le fut notre Pétain dans un contexte tout autre. Un chef d’Etat croyant transgresser au nom de quelques intérêts politiciens les règles immuables d’une Nation qui se veut inscrite dans le marbre de l’éternelle justice.
Cette pourriture politicienne qui ressurgit souvent et maintenant, à l’occasion de l’affaire Julien Dray. Nul ne peut dire si Dray est coupable, il n’est même pas mis en examen. Des soupçons. Etrange qu’un ancien porte parole de Mme Royal ne puisse s’expliquer sauf par avocat interposé. Etrange aussi que les parties impliquées, Fidel et les Parrains de Sos racisme, ne répondent pas, sauf par avocats interposés. Le silence est souvent un aveu. Bref, cette affaire pue la merde. Il n’y a pas lieu de désigner un coupable mais une chose est sûre, les valeurs de la République sont enterrées une fois de plus. Soit qu’il y ait eu enrichissement personnel de Dray, celui qui risque de tomber pour sa passion des montres de collection, soit qu’il y ait eu abus de procédure, autrement dit une affaire artificiellement mise en avant pour des raisons politiciennes dans le contexte des agitations lycéennes. Sous l’égide de l’administration Sarkozy. Mais on ne voit pas comment le pouvoir peut vraiment penser qu’attaquer Dray sur des histoires de pognon peut altérer une mobilisation assez déterminée et hétéroclite. Bref, tout cela ressemble à une comédie de Watergate lilliputien, une piteuse affaire de mafia politicienne, des coups bas et nous finirons par le savoir, si Dray s’est mis en délicatesse avec la morale républicaine en étant la proie de sa vénalité et de sa passion des montres. Tout cela est franchement minable, quelle que soit l’issue. On apprend au passage que les parrains de Sos racisme organisent chaque année un dîner de gala où viennent se faire voir tous les commensaux de la république bien pensante pour une belle bouffe financée par le denier du peuple. Bref, rien de très surprenant. Des jeux de cour comme en a connus l’Ancien Régime et les régimes qui ont suivi les sillons des vanités.
Une chose est sûre, les valeurs républicaines ne semblent plus peser sur une agitation politicienne devenue débridée, avec des jeux de pouvoir et des aliénations vénales, et c’est inquiétant pour le pays. Mais pourquoi s’inquiéter au juste, il y a pire, en Italie, ou au Zimbabwe, alors, autant macérer dans ce cloaque politicien qui parvient encore à gouverner notre pays. La politique c’est comme le boudin, faut que ça pue la merde mais pas trop. Le jour où les gens en auront marre, ça pètera.