Droite, Gauche ... ou lésine et spectacle !

par Jacques-Robert SIMON
lundi 7 avril 2014

 Existe-t-il encore une volonté politique, ou seul un spectacle est encore offert aux citoyens ???

 

DROITE, GAUCHE ... OU LESINE ET SPECTACLE !

Jacques-Robert SIMON

Au lecteur

 

La sottise, l'erreur, le péché, la lésine,

Occupent nos esprits et travaillent nos corps,

Et nous alimentons nos aimables remords,

Comme les mendiants nourrissent leur vermine. 

 

 Charles BAUDELAIRE (1821-1867)


 Il est probable que les partis politiques ne font que refléter les grands traits de nos sociétés. Les repères qui fournissaient un sens à la vie de la collectivité sont considérés au mieux comme désuets, au pire comme maléfiques. Par exemple, invoquer un quelconque principe moral est considéré comme attentatoire au bon sens, à la raison et constituer le meilleur moyen d’en finir avec un système démocratique. La Démocratie pourrait-elle se passer de tous principes moraux ?? Pour ne prendre que les deux principales sources de morale, l’esprit Républicain ou l’âme religieuse, il est possible de se rendre compte que l’un comme l’autre sont maintenant cantonnés aux replis de la société et non plus vus comme une base possible, mais également indispensable, d’une vie collective. En d’autres termes, est-il possible de vivre au sein d’une collectivité sans utiliser un repère qui permet de les faire vivre tous ensemble : les comptes bien ficelés ou la lésine, suffisent-ils à permettre à une collectivité de vivre pleinement ?

 Chacun sait, ou devrait savoir, que les lois physiques qui régissent le comportement d’une molécule prise individuellement n’ont strictement rien à voir avec celles qui permettent de modéliser le gaz, pourtant constitué de ces mêmes molécules, pris dans son ensemble. Un grand nombre de molécules qui s’agitent en tous sens sous l’effet de la chaleur donne accès à un gaz dit « parfait » présentant un comportement « simple » : le produit du volume par la pression reste (approximativement) constant, ce qui réjouit M. Mariotte. En conséquence, des responsables en charge d’une collectivité doivent proposer des directives pouvant convenir à un grand nombre et cette multitude d’entités élémentaires prise collectivement ne se comporte jamais comme une somme d’individus. Des directives basées sur l’affect, les sentiments superficiels, les faux-semblants, les pulsions d’origine hormonale si elles peuvent être efficaces pour émouvoir un individu, n’est susceptible que de conduire à la mise en scène d’un spectacle politique parfaitement inefficace pour conduire une Nation ou un Etat. Les mises en scène d’un spectacle peuvent éblouir un instant mais elles ne peuvent qu’aboutir à un désastre après un plus ou moins grand nombre d’errements. Un dirigeant se doit de présenter clairement un cadre opérationnel pour le long terme et qui ne peut pas être remis en cause à chaque aléa conjoncturel même si ils sont nombreux dans la vie de tous les jours. Des différences significatives des façons de faire peuvent exister si les objectifs finaux ne sont pas strictement identiques selon le choix du repère proposé. Il faut toutefois remarquer que si les croyances conduisent le plus souvent aux conflits et à l’intolérance, l'esprit des textes Chrétien ou Républicain ne se distinguent que peu si l’on s’attache au respect d’autrui avant toute chose, préconisation faite dans l’un comme dans l’autre des ouvrages de référence. La Croyance peut rejoindre la Raison si l’on se réfère à l’essentiel, il faut cependant se méfier et des croyants, et des gens ostensiblement raisonnables.

 A la place de ce débat, les partis politiques ont abandonné aux « investisseurs » l’essentiel des pouvoirs de décision : le menu peuple est prié de se préoccuper de la baisse de l’euro par rapport au dollar, du taux d’endettement, des facilités offertes aux Etats pour emprunter sur un marché dit libre …etc... Ces mécanismes ont certes un sens pour gérer au mieux le « court terme », ils n’en n’ont par contre aucun pour dessiner un destin, un futur. Les partis politiques prennent donc la place qui leur reste : organiser un spectacle pour tenter d’être élu, promettre une meilleure vie à chacun des électeurs afin que leur ambition d’accéder au « pouvoir » politique puisse être satisfaite. Les partis politiques s'auto-désignent comme défenseurs d'un clan, d'une fraction, d'une minorité en agitant pour les uns des principes humanistes, pour les autres des soucis d'efficacité gage, selon eux, de responsabilité. Cet affichage dédié à la collectivité n'est que le pendant de ce qui est maintenant ancré chez les individus : ne compter que sur soi, compter à chaque instant et à propos de tout, la vie n'est faite que de comptes à rendre. L'installation de la "lésine" a été promue par les institutions. Prêcher le sens du bien commun et mettre en évidence les efforts nécessaires relèvent d'un idéalisme hors d'âge donc de rêves surannés : ce discours est à proscrire, absolument !

 Mieux vaut le spectacle de la démocratie que la Démocratie elle-même ...

 


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