Edouard Philippe veut serrer la vis de l’immigration : foutage de gueule !
par Jean-Luc ROBERT
mercredi 12 août 2026
L'ex premier ministre Édouard Philippe veut désormais « serrer la vis » de l'immigration. Ah bon ? Quelle heureuse découverte ! À quelques mois de la présidentielle de 2027, voilà donc notre ancien Premier ministre qui vient nous expliquer qu'il faudrait enfin reprendre le contrôle de l'immigration. On pourrait presque applaudir cette soudaine prise de conscience… si l'on avait oublié qu'Édouard Philippe a été Premier ministre pendant près de trois ans, de 2017 à 2020, avec tous les leviers du pouvoir entre les mains. Mais visiblement, il lui aura fallu quelques années de réflexion et surtout l'approche d'une élection présidentielle pour découvrir que l'immigration incontrôlée constitue une préoccupation majeure pour une partie considérable des Français.
Il faut quand même avoir une sacrée dose de culot pour revenir aujourd'hui avec un discours de fermeté en matière migratoire après avoir exercé les plus hautes responsabilités gouvernementales. Édouard Philippe n'était pas un spectateur installé au fond de la salle lorsque les décisions étaient prises. Il était à Matignon. Il dirigeait le gouvernement. Il disposait d'une majorité parlementaire et de l'ensemble des moyens de l'État. Il pouvait agir, proposer, légiférer et surtout imposer une véritable orientation politique. Personne ne lui reprochera d'avoir été responsable de tout ce qui s'est passé en France pendant ces années, mais il est parfaitement légitime de lui demander ce qu'il a concrètement obtenu sur la question migratoire et pourquoi les Français devraient croire aujourd'hui que celui qui n'a pas transformé la situation lorsqu'il était aux commandes serait soudainement l'homme providentiel capable de la régler demain.
Et voilà maintenant que Monsieur Philippe nous parle de « verrou Schengen », de contrôle de l'immigration et de fermeté. Très bien. Mais pardonnez-nous si nous avons quelques difficultés à nous extasier devant cette conversion. Car le problème de l'immigration n'est pas apparu hier matin. Il n'est pas né avec les réseaux sociaux, ni avec le Rassemblement national, ni avec les dernières élections. Cela fait des décennies que les Français demandent davantage de contrôle, que les gouvernements successifs promettent une meilleure maîtrise des flux migratoires et que les annonces se succèdent sans que la réalité ne change à la hauteur des discours.
Mais lorsqu'arrive la présidentielle, comme par enchantement, les obstacles semblent soudain beaucoup moins infranchissables. Le candidat découvre alors qu'il faut protéger les frontières, contrôler les entrées, limiter certaines prestations, lutter contre l'immigration clandestine et expulser davantage. Quelle coïncidence extraordinaire ! Il ne manque plus qu'une affiche électorale avec écrit « Maintenant, je vais vraiment agir » et nous aurons compris le scénario.
Le plus agaçant dans cette histoire est d'ailleurs moins le fait qu'Édouard Philippe ait changé de position que la manière dont certains responsables politiques semblent prendre les Français pour des idiots. Un homme politique a parfaitement le droit d'évoluer. Il peut reconnaître qu'il s'est trompé. Il peut même expliquer qu'il a compris certaines choses avec le temps. Mais dans ce cas, qu'il ait au moins l'honnêteté de le dire. Qu'il explique ce qu'il pensait lorsqu'il était Premier ministre, ce qu'il a essayé de faire, ce qui a échoué et pourquoi il ferait aujourd'hui différemment. Ce serait courageux et respectable. Mais se présenter quelques années plus tard comme celui qui aurait enfin compris l'urgence migratoire, sans véritablement assumer son propre bilan, relève surtout du recyclage électoral.
Car soyons clairs : si Édouard Philippe veut aujourd'hui convaincre les Français de droite qu'il est devenu le champion de la fermeté migratoire, il va falloir autre chose que quelques formules bien calibrées. Les Français ont déjà entendu les discours. Ils ont déjà vu les lois annoncées comme historiques. Ils ont déjà entendu parler de « fermeté », de « contrôle », de « maîtrise » et de « politique équilibrée ». Ils connaissent parfaitement le refrain. Ce qu'ils veulent désormais, ce sont des résultats.
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