Egalité salariale : faites le test

par hommelibre
samedi 30 juin 2012

L’inégalité de salaires entre femmes et hommes revient régulièrement sur le tapis. Avant de proposer un test pour évaluer si l’on est plus ou moins payée qu’un collègue, retour sur la polémique déclenchée lundi par Gilles Simon.

L’égalité salariale dans le tennis professionnel

Le joueur de tennis français vient d’être élu au conseil des joueurs de l’ATP. Numéro 2 français et 13e mondial, il relance la polémique au sujet des gains réalisés par les joueurs et les joueuses. Dans les tournois du Grand chelem hommes et femmes sont payés pareil. Il trouve que ce n’est pas juste. Les matchs hommes seraient plus regardés et devraient être mieux payés. Il ajoute :

« Les joueurs ont certainement encore passé deux fois plus de temps sur le terrain à Roland-Garros que les femmes. On parle souvent de l’égalité dans les salaires, je trouve que ce n'est pas un truc qui marche dans le sport. »

La question n’est pas si simple à trancher. En effet les hommes jouent les tournois du grand chelem au meilleur de 5 sets, les femmes au meilleur de 3 sets. Et ils sont payés pareil. A travail inégal, salaire égal...

Ce à quoi Marion Bartoli répond que les joueuses s’investissent autant que les joueurs. Le système actuel est une forme de forfait. L’égalité salariale engendre des inégalités de traitement selon le temps passé au travail (sur le court et à l’entraînement). Mais comment mesurer les revenus afin que les gains soient justement répartis ?

On peut mesurer le travail en terme de durée. En heures de jeu ou en nombre de sets ? En heures de jeu ce ne serait pas logique. Les bonnes joueuses et les bons joueurs gagnent plus vite leurs matchs et seraient moins payées. On peut aussi évaluer les ressources publicitaires que les matchs d'hommes ou de femmes rapportent aux organisateurs ou aux chaînes de télévision. Qui rapporte le plus serait payé le plus. Dans le même ordre d’idées on peut payer à l’audimat : les plus regardés seraient les mieux payés.

Mais on verra alors une autre inégalité : les femmes en petites robes sexy présentent une image glamour très télévisuelle. Plus la robe est courte plus elles seraient regardées et mieux elles seraient payées... Rien à faire, elles ne sont pas égales en image avec les hommes ni entre elles. La beauté et la séduction qui va avec est une inégalité fondamentale, cruelle pour certaines. Les moins jolies peuvent compenser une moindre beauté par un meilleur jeu. Mais les jolies peuvent avoir les deux !

Devrait-on compter les recettes publicitaires personnelles des joueurs et joueuses dans les gains ? Là encore les premiers gagnent d’autant plus qu’ils sont premiers, et les jolies encore plus ! Dans ce domaine il semble que les femmes remportent la mise grâce justement à leur image glamour.

Djokovic, glamour comme une porte de prison, est mal parti.

Nous ne sommes pas égaux. Doit-on payer à l'image, au glamour, à l'investissement (et comment le mesurer ?), au temps, au nombre de sets, aux recettes publicitaires ? Dit-on tenir compte des gains par la pub, avec tout ce que cela comporte d'inégalité ?


Test

Pour revenir aux différences de salaires plus concrètes, quand elles existent, elles sont d'autant plus sensibles par exemple pour une personne qui assume seule des enfants, ou pour celui ou celle qui met la plus grande part d'argent dans le compte du ménage. Mais on sait déjà qu’il ne s’agit pas de 20 à 27% d'inégalité. Ce chiffre est abusif comme déjà démontré.

Par contre chacun et surtout chacune peut savoir s’il ou elle gagne davantage que ses collègues. Un petit test devrait le montrer. Ce test est très simple : les employés et employées d'une même boîte comparent leurs salaires, en tenant compte :

- de la nature du travail,
- de la formation,
- de l'ancienneté,
- des antécédents professionnels,
- de l'expérience,
- du temps de travail,
- du niveau de responsabilité,
- de l'absentéisme,
- de la productivité.

La productivité est évidemment un point délicat. Comment la mesurer s’il s’agit de postes administratifs ? Par le volume quantifiable de travail effectué. Il y a toujours un volume quantifiable. Pourquoi un employé qui travaille deux fois plus vite qu’un autre gagnerait-il le même salaire ? C’est une injustice.

Ce test comporte un risque : celui de montrer ouvertement que l’on est plus ou moins productif ou productive.

Certaines entreprises n’évaluent pas la productivité. Le salaire est une moyenne globale. Il y a donc une injustice quelque part : les meilleurs éléments ne gagnent pas forcément plus que les moins bons. Doit-on admettre cette injustice au nom des différences de capacités naturelles entre les humains ?

Les critères ci-dessus ne tiennent pas compte de l'offre et de la demande, ni de la taille des entreprises et donc des moyens dont elles disposent. Ce qui signifie qu'entre deux entreprises de taille edifférentes le même travail peut être payé différement.

Vouloir voir les différences principalement selon le filtre de la discrimination est trop exclusif. Ce qui est étonnant d'ailleurs est que la revendication d'égalité salariale est surtout le fait d'associations politisées qui se basent sur des statistiques officielles (20 ou 27% de supposée différence) qui sont aisément démontables. Je n'entends jamais de particuliers, de femmes, se plaindre individuellement d'une telle discrimination.

Une partie du problème est de considérer les inégalités automatiquement comme des discriminations, ce qui - on peut l'admettre - serait contraire à la démocratie, mais ce qui pose des problèmes qu'on ne peut résoudre simplement par une loi et qui biaise l'analyse. Si l'égalité de droit et de valeur peut faire l'objet d'un principe de référence et d'une législation, elle n'est pas applicable à l'état brut dans tous les cas.

 

En France selon l'Insee :

Les femmes gagnaient toujours 19,7% de moins que les hommes, en 2010, d’après les chiffres publiés par l’Insee. Explications de Louis Maurin, directeur de l’Observatoire des inégalités.

http://www.inegalites.fr/spip.php?article1611&id_mot=30

L'Insee parle toujours de 20% de différence. C'est un chiffre brut et faussé parce que global. Ce n'est pas une analyse profession par profession, entreprise par entreprise. Cette statistique est donc étrange. Le directeur reconnaît que seuls 7% sont réellement discriminatoires. Mais il ne dit pas comment il obtient ce chiffre, si c'est dans la même entreprise, ni une raison de cette supposée discrimination. Ces chiffres ne servent à rien puisqu'ils ne décrivent pas des situations précises.

« Cette différence est liée au secteur, aux études, aux responsabilités, qui varient : moins de femmes occupent des postes de direction ou travaillent dans des secteurs rémunérateurs (comme l’informatique). Outre ces écarts liés aux caractéristiques de l’emploi, il faut prendre en compte la façon dont on éduque les petites filles à faire des choix typés, notamment dans leur éducation (se diriger vers des filières littéraires). Ce n’est pas naturel, mais on inculque aux filles une idée différente de la réussite. »

Je n'ai jamais entendu une infirmière ou une enseignante dire qu'on l'avait éduquée ou conditionnée à faire ce métier.

« Reste aussi l’existence de discriminations : on estime à 7% l’écart lié à la discrimination. »

Mais pas d'exemple.

Hors de chiffres abstraits sur papier on ne sait au fond pas quelle est la réalité du terrain. Mais le thème est toujours mis en avant pour démontrer une supposée discrimination dont les femmes seraient victimes.

Réalité ou stratégie d’enfumage, la question est posée.


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