Election fictive au PS et rassemblement

par Sylvain Reboul
mardi 2 décembre 2008

Pierre Moscovici, soutien de B. Delanoë avant le congrès vient de déclarer sur son blog :
"Nous n’avions hier le choix qu’entre des inconvénients. L’inversion du résultat n’était pas justifiable. Un nouveau vote aurait encore dégradé le climat, déjà irrespirable, dans lequel nous vivons. La menace judiciaire était, est toujours insupportable, invivable. (...)

 Il fallait donc prendre acte du résultat, politique, de la commission de récolement, qui a conventionnellement donné 102 voix d’avance à Martine Aubry. Le vote du 21 novembre restera pour toujours entaché d’un soupçon, mais le conseil national devait prendre ses responsabilités."

Cette affirmation est confirmée de tous les côtés dans le parti.  

C’est donc quasi-officiel, les 60 voix supplémentaires accordées à Martine Aubry par le conseil national (parlement du PS) dans lequel les amis de Ségolène Royal ne sont pas majoritaires (30%) sont l’effet d’une décision politique pour sortir au plus vite de l’impasse désastreuse (vis-à-vis des militants et des électeurs) d’élections contestées et dont le caractère occulte est tout à fait contestable en droit (des élections municipales ou législatives aussi contestées et serrées auraient été retoquées par le conseil d’état) : Pas de publication des chiffres par fédérations, pas de décompte détaillé, pas de redressement ou de récolement précis : cette fameuse commission de récolement n’était qu’un leurre ou faux-semblant : il fallait trancher pour éviter le pire,l’explosion du PS, la scission ou les démissions (Rocard) dont certains auraient menacé le parti si Ségolène était déclarée élue. Il fallait à tout prix, au risque de la voir ébruitée, cette comédie de recompte pour interdire à Ségolène Royal de se présenter en position trop favorable à la candidature à la présidentielle, voire pour résister à son intention de convoquer des primaires ouvertes pour en décider en faisant voter les sympathisants.

 Mais ce faisant, il est n’est pas étonnant que les amis de Ségolène Royal aient été profondément choqués du procédé et aient menacé de recourir à la justice ordinaire, comme ils en ont le droit dans le cadre d’associations reconnues d’utilité publique recevant de l’argent public et/ou vivant de cotisations de ces membres (ce qui est le cas du PS) . Il n’est pas étonnant, dans ces conditions non plus, que ces amis aient donné l’impression d’hésiter sur la marche à suivre : fallait-il prendre le risque de tuer le parti pour faire respecter leur droit à des élections transparentes et démocratiques ?. Nous savons le résultat de cette hésitation : sous la pression d’élus de terrain (les « barons) qui soutiennent Ségolène Royal, ses amis ont pris le décision de reconnaître le résultat fictif publié par le conseil national du parti à condition d’être associés à sa direction et d’engager des réformes en vue de la démocratisation et de l’ouverture du parti. La candidature de Ségolène est mise au frigo par ses amis tout en étant clairement déclarée par celle-ci (avec leur accord).

 Ce compromis est habile : Ségolène peut déclarer , à l’écoute des indiscrétions volontaires de certains membres du conseil national qui ne sont pas de ses amis déclarés, qu’elle a été au plus près d’être élue et même, comme elle le dit avec ironie, un peu plus, et se mettre en position d’exiger une large marge de manœuvre (je serai plus libre dit-elle) pour préparer sa candidature dans et hors du parti en pratiquant la stratégie qui lui convient le plus ; un pied dedans (Direction du PS), un pied dehors (Désir d’Avenir) . Martine Aubry a tout intérêt d’accepter une telle paradoxale alliance afin de diriger le parti dans le sens de la réforme qu’elle a promis et cela contre ses soutiens antérieurs dont les désaccords politiques sont tels qu’ils seront plus nuisibles qu’utiles à son autorité dans le parti. Ses soutiens, nous le savons, sont incapables de constituer une unité politique positive. Leur puissance coalisée ne peut être que de nuisance.

 Ainsi la fameuse synthèse impossible avant et pendant le congrès devient maintenant probable à la faveur d’une fiction politique déclarée comme telle et d’un compromis dynamique laissant à Ségolène Royal toute latitude pour se concentrer sur l’essentiel : la réforme du parti et l’élection présidentielle (et les deux sont liées) pour laquelle la question de l’alliance avec le centre se posera nécessairement comme elle s’est posée à Lilles pour Martine Aubry. Celle-ci est tout sauf irrationnelle en politique et sait jouer des rapports des forces comme elle l’a brillamment montré lors du congrès de Reims. Nous en avons un indice clair dans son appel à Ségolène Royal (qu’elle a publiquement embrassée) dès son « élection conventionnelle » à des discussions en vue d’élaborer un texte commun et d’intégrer des amis de Ségolène à la direction du parti (Bureau national) ; ces deux discussions et celles qui vont suivre ont pour objet , non l’élection présidentielle, mais l’élaboration d’une plate-forme commune et, aux dires des deux parties, se sont déroulées dans un climat favorable ; celle de samedi a permis en effet de lister les points de convergence entre la motion présentée pas le ségonéliste Collomb et celle par Martine Aubry, lors du congrès de Reims. Un rapprochement sinon un compromis semble se dessiner sur la question de la réforme du parti en ce qui concerne les adhésions à bas coût en vue de promouvoir un parti qui serait tout à la fois de militants et de masse en vue d’une plus grande ouverture du PS vers les couches les plus défavorisées et sur l’ensemble de la société.

Cette alliance apparemment paradoxale entre les deux concurrentes du congrès de Reims peut échouer ; le pouvoir de nuisance des partenaires/ adversaires de Ségolène peuvent pourrir la situation afin que rien ne bouge dans le parti en vue de donner quelque chance pour la candidature en 2012 à des concurrents de Ségolène Royal et/ou de préserver leur pouvoirs locaux au prix de l’élection présidentielle (autre paradoxe). De fait certains alliés, comme le constate Vincent Peillon, sont en train de faire des difficultés à Martine Aubry en exigeant les uns (Hamon,Emmanuelli) une direction résolument de gauche (entendons par là condamnant toute alliance, avec des centristes, même réputés républicains et démocrates) et d’autres (Cambadélis et strauss-Khaniens ) refusant par principe toute admission de ségolénistes à la direction du parti . Les delanoïstes (H. Désir), quant à eux, attendent pour se prononcer la plate-forme commune. Encore faudrait-il donc que ces soutiens critiques de Martine soient d’accord entre eux -ce qui ne paraît pas du tout évident à l’heure qu’il est- pour peser efficacement sur les pourparlers en cours entre les deux dames et bloquer au conseil national du PS la plate-forme commune et la nouvelle direction associant les amis de Ségolène Royal promis par Martine Aubry. Le pire c’est à dire l’éclatement du parti qu’elles ne veulent ni l’une, ni l’autre n’est donc par certain : l’heure, de part et d’autre, est au rassemblement négocié.

Certains peuvent s’étonner naïvement de cet apparent revirement, mais il faut comprendre que toute alliance est un combat et toujours le résultat d’un rapport des forces. Ces deux dames font de la politique et non pas seulement de la psychologie. On comprend alors qu’une telle alliance dynamique entre Martine et Ségolène à la direction du PS vaille bien une élection manipulée et affirmée comme telle par les deux parties.

Cynique ? Soit mais pas trompeur ; : une fiction avouée comme telle ne peut être la source d’une illusion : Martine n’ a été élue que par convention comme le dit Moscovici. Reste au PS de devenir en lui-même le parti démocratique qu’il prétend être pour démocratiser la France avec tous ceux qui partagent cette exigence, comme l’ont fait nombre d’élus socialistes des grandes villes dont Martine Aubry.


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