Élections pièges à cons

par alinea
mardi 16 février 2016

 Le temps passe si vite, je ne pensais pas que cela arriverait si tôt.

Nous y voilà à nouveau. Je me souviens, il y a quatre ans, il faisait très très froid au moment de la pleine lune de février, le 7. Nous avions pris le bus pour nous rendre au meeting de Montpellier. Plus de cinquante bus comme le nôtre, alignés sur l'immense parking - bonjour les hectares goudronnés - du Palais des Sports ou assimilé. Des milliers de voitures qui n'étaient pas venues à vide. Un meeting c'est pour réchauffer les cœurs, donner du courage et... de l'espoir.

Tout ça pour ça.

Tout ça pour constater que quelques erreurs de tactique ont engendré un raz-de-marée d'invectives, de rejet, de haine.

Tout ça pour s'apercevoir que peu de gens ont l'esprit assez large pour qu'il sorte de la misère de la petitesse que nous partageons.

Quand on voit à quoi les gens s'intéressent, les petites embrouilles, les secrets d'alcôve, les malversations d'untel -les chiffrant et se les opposant comme preuve irréfutable de la vénalité du camp adverse-, les fortunes inventées ou tues, des recherches infinies pour des détails tous aussi complaisants dans l'abjection les uns que les autres comme s'il était impossible de s'en extraire, l'attrait pour les magouilles qu'il faut inventer quand il n'y en a pas, et puis cette merveille : il est dans le système ! Comme si quiconque pouvait s'en échapper !

Quand je lis les injures, les vulgarités d'esprits bas, je sens bouillonner une violence de rancoeur et de jalousie, un mal-être individuel qui attend il-ne-sait-quoi ; ou bien, un peu plus élevé, la tempérance d'esprits consensuels qui ne rassemblent pas parce que, pour faire consensus, il faut gommer, gommer les reliefs et cela finit toujours par ressembler à de la complaisance. Les véritables analyses sont rares et peu accessibles.

Le mal-étant espère l'être parfait qui viendrait donner les armes de la réussite, ou bien de l'amour, ou celles de la reconnaissance, mais chacun a le sien qui n'existe pas ; tout cet infantilisme, ces certitudes des imbus de soi qui ne peuvent se confronter, pour grandir, à personne mais sont prêts à en découdre avec le premier péquin qui passe en baillant aux corneilles ou regardant pousser les fleurs. Ils braillent, ils éructent ; ils sont malheureux. Le premier talent de plume qui passe se rengorge d'insignifiances ou de futilités arrimant à ses basques les foules pâmées.

La pensée a disparu, c'est rien de le dire, ne reste qu'une forme, et c'est selon, agressive ou séductrice. Il faut donc être séduit et si on ne l'est pas, on agresse ! C'est le bipartisme !!

Ainsi j'ai l'impression que les carottes sont cuites et que l'annonce de Jean-Luc Mélenchon de se proposer à la course pour la Présidence a des relents de désuétude.

http://melenchon.fr/2016/02/11/je-propose-ma-candidature-a-lelection-presidentielle-de-2017/

 

Je le sais sincère et son enthousiasme me touche. Mais je crains le pire.

Et puis, repassant dans ma tête toutes les épreuves passées, un peu flippée à ma table mais sensible au renouveau proposé, mon regard s'est posé sur mon chat. Très concentré, attentif, beau dans son attitude de jeune curieux qui hoche la tête ou se recule devant l'insecte qui marche droit devant lui, sous le halo de la lampe, grimpant puis retombant, repartant puis s'envolant, provoquant de temps à autre un mouvement de patte doux qui ne veut pas blesser ; jouer peut-être. Et j'ai pensé que je ferais mieux d'être mon chat, curieuse et attentive, concentrée sur les choses très proches.

Le monde me dépasse, je n'y suis rien, même pas les moyens de faire des kilomètres pour des réunions inutiles.

J'aimerais y croire, être soutenue et trouver la force ; mais je ne vis pas en vase clos. On m'a jetée de dire des vérités car chacun dans son giron chaud se croit fort et n'aime pas la menace d'en être délogé. Mais je vous le dis, quand on n'a pas de giron, quand la précarité est votre mésalliance, vous voyez le monde d'une autre façon. Je n'ai pas de rancoeur, mes déceptions ne me rendent pas méchante. Mais je rêve d'un peuple conscient, éveillé, politisé et qui se serre les coudes pour virer l'oppresseur si seulement il était le même pour tous. Un mouvement populaire qui pousserait un personnage, celui-là, à aller au bout de nos volontés … mais quelles volontés ? Rien ne coagule, notre sang ne semble n'avoir plus de plaquettes et il est anémié, s'étant nourri de tant de mollesses.

Ou bien, laissons les grands bourgeois s'occuper de Juppé/Sarko ou Hollande, et nous de Le Pen et Mélenchon. La gauche, la droite, qui ne veulent pas si rien dire. Dix pour cent pour les pourris, quatre vingt pour nous, laissons une marge pour les collabos, les paumés...

Alors, les racistes qui s'imaginent que Mélenchon veut faire venir tout le Maghreb en France, qui n'ont pas voulu comprendre qu'il prônait des relations d'égal à égal avec eux dans leur pays de manière à ce que leur niveau de vie augmente et qu'ils n'aient plus envie de s'exiler pour croûter, les racistes donc, voteraient pour Le Pen, qui , telle Jeanne d'Arc les boutera hors de France ; les autres, les plus sereins comprennent que beaucoup sont français. Beaucoup ? Presque tous.

On parle de de Gaulle avec des sanglots dans la voix, j'en ai même vu qui faisait le panégyrique de Giscard ! Mais ce refus de la réalité, cet entêtement à s'aveugler a quelque chose de louche. Et s'il faut faire un tour dans le passé pour trouver modèle pour l'avenir, pitié, pas ces deux-là.

Les réfugiés actuels, à foison, dont on ne sait au juste qui ils sont, et ceux qui viendront si Erdogan est trop gourmand ou qu'il n'honore pas son engagement et qui seront, eux, les gentils rebelles chers à Fabius, virés d' Alep. Comment se fait-il que l'Allemagne ait tant besoin de bras alors qu'il y a tant de chômage et de petits emplois ? Sarkozy a dépensé beaucoup d'argent pour renvoyer les indésirés. Tout ça pour ça ? Alors il faut peut-être oublier de se focaliser sur les détails, addictifs comme les épisodes d'un feuilleton, et s'intéresser au fond pour comprendre. Car le faisant, nous éviterons de passer notre énergie à ce pour quoi nous ne pouvons rien à en négliger notre propre maison.

Et ce fond nous éloigne de la vie parisienne aussi haletante et dangereuse soit-elle et nous fait penser que continuer notre petit rituel quinquennal « comme si de rien n'était » est une bourde de nantis, privilège et protection.

Ce qui se passe chez nous a dépassé les frontières de notre politique intérieure ; certes il y aura à faire pour améliorer le sort de certaines gens, mais est-ce la peine pour cela de rentrer dans le grand bal des primaires, des discours propagande qui sonneront encore plus creux que d'habitude, des projecteurs et des mensonges plus ou moins honnêtes selon qui les profère. Aussi les invectives, les empoignades, d'un camp ou d'un autre, ici ou ailleurs.

La répétition peut être un rituel qui nous nourrit, un rythme qui nous structure, une coutume rassurante. Mais vidée de son sens, c'est une pantalonnade, une bouée crevée, un leurre. Quel est notre choix : croire encore - bien que ce ne soit pas un choix, mais un état -, jouer le jeu malgré tout, s'accrochant à la belle idée que voter est notre droit et notre devoir ? S'abstenir, se démarquer dans un anonymat stérile ? Ou bien attendre en mangeant et buvant, que le système s'écroule de lui-même ? C'est vrai que, quoique l'on fasse, on attend, passifs ou actifs impuissants.

Quand on ne peut pas faire de grandes choses, faisons de petites choses ; c'est un conseil de sagesse chinoise que l'on peut très bien adopter.

Ces petites choses, je pense que Mélenchon, qui se libère des partis et des laisses qu'il avait autour du cou, peut très bien les promouvoir ; l'heure n'est plus au « tout ou rien », et depuis un moment déjà. Lui, ne correspond pas plus à mes idéaux qu'aux vôtres cependant, ses buts - il est souverainiste, on le dit « populiste » ! - sont essentiels ; il veut donner une forte impulsion à d'autres technologies énergétiques, il est soucieux de l'environnement, pense qu'il est possible de redonner leurs chances à tous les savoir-faire qui ont été jetés aux oubliettes, avant qu'il ne soit trop tard.

Je voudrais ici juste faire un petit aparté, une petite mise au point. Je lis bien souvent ici plus qu'ailleurs, que Mélenchon est un vendu au système puisqu'il a donné comme consigne de voter Hollande. C'est tellement spécieux comme argument que j'ai du mal à écrire un tel truisme : d'une part, ceux qui lui reprochent cela ne savaient pas plus que lui ou que d'autres, la politique que mènerait Hollande ; certes nous savions quelle était sa position au sein du PS, mais puisque c'était lui ou Sarkozy, le choix n'était pas large. D'autre part, issu lui-même de ce parti mais toujours dans son aile gauche, Mélenchon disait ne pas se placer dans l'opposition à l'instar d'une UMP ou d'un FN, et affirmait qu'à gauche, c'est ainsi que l'on agissait depuis la nuit des temps, donner ses voix à celui qui arrive en tête. Mais la tête qu'il faisait en disant cela n'était pas due seulement à la claque qu'il venait de recevoir, son cerveau gauche dictait sa conduite tandis que le droit grimaçait.

Il n'est pas dans mon intention de faire une quelconque propagande, parce que je n'aime pas la propagande qui abêtit et qui pourrit notre politique. Juste à appeler à un peu de raison, un minimum d'objectivité, essayer de poser à plat les propositions pour repousser l'irrationnel de réactions parfaitement infantiles qui fait rejeter sans plus de regard ce qui a déçu ou ce qui n'est pas dans les détails ce que l'on attend. Déçue, je l'ai été autant que ceux-là qui se bloquent, mais un blocage, jamais, ne dénoue une situation.

Pour en revenir à mon titre, on voit bien que tout ça est un jeu de dupes. La démocratie ne peut se vivre qu'en connaissance et conscience, et l'on comprend bien pourquoi elle subsiste dans son apparat dans nos pays ; pour les dirigeants, le peuple est une masse que l'on manipule et ceux qui gueulent le plus fort me semble bien être ceux qui sont le plus manipulés. Car croire à la solution miracle ou afficher un rejet qui ressemble à un caprice d'enfant, ne font pas partie des atouts d'un peuple adulte. Un peuple adulte prend en compte la réalité et ajuste ses positions sur ce qui est possible. Car il faut bien comprendre que le dégoût du peuple pour la politique fait le jeu des puissants, à moins que ces dégoûtés de tout ne sacrifient leurs joujoux, leur encore petit confort, et bloquent activement, et c'est simple, le jeu éternel des puissances qui ne se contentent plus d'exploiter mais sapent jusqu'à la moindre parcelle de dignité des travailleurs.

C'est un piège dans lequel on peut néanmoins avoir envie de se laisser enfermer, parce qu'on le connaît et parce que garder une situation inconfortable, même pénible, est plus facile que bouger pour en changer. On le sait. Et les puissants le savent aussi. Je rêve qu'on les détrompe.

Le seule liberté qui nous reste, si l'on ne veut pas se contenter de sauver des petits bouts, c'est un blocage, effectivement, mais de tout, et qui nous engage ; qui nous engage à la désobéissance, à la grève générale, à ne plus donner un sou aux transnationales... et cela est courageux puisque cela affecte directement les ressources de notre existence. Or ce courage, je ne le vois pas. Et je ne pense pas le trouver chez ceux qui rejettent tout en bloc, se riant des nuances et, surtout, qui comptent sur un autre pour les satisfaire. Parce que ces petits délires, ces petites haines, ces grandes certitudes n'existent que grâce aux banques ! Or il suffit d'aller faire un tour dans la Deutsche Bank, qui n'a pas de « q », ou outre Atlantique chez les trop grosses qui pensent pouvoir toujours rouler, pour comprendre qu'il est proche le temps où de tout cela il ne restera rien !

Prendre sa vie en main, tout seul ou avec quelques-uns, c'est bien ; le faire ensemble, c'est mieux. Or cela fait trente ou quarante ans que cette possibilité est sapée, délibérément, par les tenants d'un pouvoir arbitraire que l'on n'hésite plus à nommer « dictature ». Qu'est-ce qu'une dictature ? Couper l'herbe sous les pieds d'un peuple que l'on déshérite de ses propres victoires. Ceci est fait. Lui couper l'herbe sous ses pieds, jusqu'à gommer l'ombre d'une velléité d'émancipation. Ceci est fait, sauf ça et là quelques poches d'irréductibles. Quelle que soit la manière dont elle le fait. Les armes, la menace, la répression, l'abrutissement.

Mais au delà de tout, couper sous nos pieds ce qui nous nourrit, ce qui nous abreuve, ce qui nous oxygène mais... avec quelques complicités remarquez... et le problème est bien là.

La guerre que l'on nous prépare est l'exact inverse de nos intérêts ; non seulement Bouygues de frotte les mains à l'idée d'aller rebâtir la Syrie - c'est une image, tous les autres aussi -, les marchands d'armes s'engraissent et nos politiques se repaissent de leurs héroïques décisions !

Soit on se bouge avant, soit on se débrouille après, mais quelque soit le scénario qu' Erdogan et ses amis de l'OTAN ou d'ailleurs nous concoctent, il nous faudra faire la politique de notre pays.

On ne combat le mal qu'en oeuvrant vers le bien. Et le bien n'est pas de les laisser faire.


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