Electricité, libéralisation des tarifs à la hausse
par Christophe Bugeau
mercredi 19 juin 2013
La commission de régulation de l’énergie a annoncé début juin, qu’elle recommandait une hausse des tarifs d’EDF de 6,8 % à 9,6 % l’été prochain pour effectuer un rattrapage sur des augmentations qui auraient dû avoir lieu précédemment.
Pour l’instant le gouvernement a refusé cette augmentation. Mais le précédent de GDF, dont on avait aussi refusé l’augmentation des tarifs et pour lequel le gouvernement avait été contraint de céder par le Conseil d’Etat est là pour prouver que cette hausse pourrait bien avoir lieu tôt ou tard.
D’autant plus que ladite commission parle de 30 % d’augmentation totale d’ici 2017 !
La question est donc : à qui profite le crime ? Cette hausse serait due essentiellement à la mise en place de tarifs sociaux pour l’électricité qui seraient reportés sur les autres abonnés ainsi que sur le paiement toujours plus onéreux pour EDF des énergies renouvelables achetées à des particuliers ou à des entreprises. Car pour lancer les filières éoliennes ou solaires, l’on a accordé un prix de rachat relativement généreux.
Mais, ce que ne dit pas la commission, c’est que certains coûts « cachés » de la filière nucléaire commencent à apparaître : tout n’a pas forcément été prévu pour le démantèlement des centrales, et si l’EPR venait à succéder aux centrales existantes, le surcoût lié aux nouvelles conditions de sécurité serait sûrement sensible.
Mais l’on oublie ainsi le contexte général : la libéralisation des tarifs de l’électricité et la mise en concurrence se traduisent toujours par une hausse des prix : ce fut le cas en Europe pour l’Allemagne, la Grande-Bretagne ou l’Espagne pour les entreprises et les particuliers.
Ce fut encore plus le cas aux Etats-Unis, où les réseaux ne furent pas entretenus, ni les moyens de production. Résultat : des pannes électriques de plus en plus nombreuses et en Californie une renationalisation des producteurs pour faire face à la gronde des électeurs-consommateurs !
L’augmentation des tarifs EDF se situe dans cette logique : lors du passage à la mise en concurrence, la direction de l’entreprise s’était félicitée de cette décision (sachant qu’elle lui est profitable au long terme). Car ne nous voilons pas la face, la production d’électricité est en réalité un monopole naturel : plus vous êtes gros, moins la production est chère. Il ne peut donc y avoir de concurrence réelle !
Dans le cas précis d’EDF, l’on oublie aussi de préciser que cette entreprise a connu une internationalisation qui s’est traduite par de lourds investissements à l’étranger. Devenu le producteur d’un 5éme de l’énergie en Grande-Bretagne, il a dü investir énormément pour rénover le réseau de distribution qui était en piteux état suite aux désinvestissements de l’ère Thatcher.
L’on oublie tout autant de parler de l’aventure au Brésil où les investissements douteux ont entrainé plusieurs milliards d’Euros de pertes (jamais chiffrés officiellement).
La réalité est simple : si l’on veut éviter les errements de la libéralisation et de la soi-disant mise en concurrence qui reviennent en réalité à augmenter les prix des particuliers et des entreprises, il faut renationaliser EDF pour lui donner une feuille de route claire.
Le but du jeu doit être le maintien de notre indépendance énergétique en favorisant le développement des énergies renouvelables, le tout à un niveau de prix raisonnable.