En 2017, le plus démagogue ne sera pas forcément le gagnant

par Bernard Mitjavile
samedi 6 février 2016

Les Français commencent à comprendre que l’on ne sortira pas d’une situation économique difficile avec des programmes démagogiques, qu’ils viennent de la gauche ou de la droite et qu’il faudra bien un jour rééquilibrer nos régimes sociaux et cesser d’emprunter pour ne pas laisser un héritage de dettes aux générations futures.

Alors que les dirigeants du Front National se rassemblent ce dimanche pour discuter de la ligne politique du parti en vue des présidentielles de 2017 et en particulier discuter du programme économique, il est bon de regarder de plus près la question de la sortie de l’Euro.

Un grand argument des partisans au FN d’un retrait de la zone euro est que la monnaie fait partie de la souveraineté et que pour redonner de la compétitivité à nos entreprises il faut quitter l’euro car il est surévalué, tiré vers le haut par l’économie allemande, ceci sans qu’il soit nécessaire d’entreprendre de douloureuses réformes de structure (réforme de l’État, diminution du nombre de fonctionnaires, réforme des retraites et plus généralement diminution des prélèvements obligatoires).

Or au cours des années passées l’Euro s’est largement déprécié par rapport au dollar, passant de 1,40 dollar à autour de 1,10 actuellement. Cette dépréciation a un effet semblable pour les produits français hors de la zone Union européenne qu’un retour à un franc plus faible qui se dévaluerait d’environ 20 % par rapport à l’euro selon les dirigeants du FN (pour dire la vérité, on n’en sait rien et cela dépendrait largement du contexte politique).

Pour autant, nos échanges commerciaux hors énergie ont continué à être largement déficitaires en 2014 et 2015. Cela devrait amener certains à s’interroger sur l’effet coup de fouet pour l’économie d’un retour au franc censé conduire à relancer les exportations et la production industrielle française.

En fait, la question du retrait ou non de l’euro est mal posée, la question n’est pas tellement de quitter ou non l’euro mais dans quelles conditions cela se ferait.

Une France à l’économie dynamique, tirée par ses exportations et dont la dette servirait à financer des investissements tournés vers l’avenir, n’aurait pas grand-chose à craindre économiquement en quittant la zone euro, indépendamment des difficultés politiques et institutionnelles.

Une France souffrant de déficits structurels, dont la dette sert à financer les dépenses de fonctionnement d’un État obèse et d’équilibrage de régimes de retraite plutôt que des investissements pour les futures générations, ne verrait pas ses problèmes résolus par un retour au franc mais ajouterait un facteur d’instabilité financière à sa situation.

 La dépréciation des dernières années de l’Euro face au dollar a montré qu’un changement de la valeur de l’Euro ne changeait visiblement rien à la situation économique générale de la France ou à la montée du taux de chômage.

Quand le FN s’oppose au recul des dates de départ en retraite, à la diminution du nombre de fonctionnaires (Marine Le Pen dans sa campagne de 2012) ou quand Florian Philippot fait des déclarations démagogiques vis-à-vis des grévistes de la SNCF comme à l’automne 2014 contre le « diktat » de Bruxelles, quand le FN promet des augmentations des aides aux agriculteurs et nous assure que tout se passera bien grâce à un État « intelligent et stratège » puisqu’il sera au pouvoir, il ne crée pas les conditions optimales pour quitter la zone euro.

On comprend que le FN cherche à « ratisser large », gagnant des voix de fonctionnaires, d’agriculteurs et autres catégories qui s’étaient tenues loin de lui, mais un langage de vérité serait mieux adapté à la situation actuelle.

Aussi on ne peut que conseiller aux dirigeants du FN, s’ils veulent avoir une bonne chance en 2017, de prendre en compte certaines réalités économiques nationales et internationales.

Les Français commencent à comprendre que l’on ne sortira pas d’une situation économique difficile avec des programmes démagogiques, qu’ils viennent de la gauche ou de la droite et qu’il faudra bien un jour rééquilibrer nos régimes sociaux et cesser d’emprunter pour ne pas laisser un héritage de dettes aux générations futures. Cela vaut pour le FN comme pour Messieurs Sarkozy, Fillon, Juppé et pour celui qui portera les couleurs de la gauche.


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