Erdogan, hagard et harassé ?
par Christophe Bugeau
mercredi 10 juin 2015
Notre « ami » Recep Tayyip Erdogan, ancien premier ministre et désormais Président de la Turquie vient de connaître un revers certain lors des élections législatives. Il espérait 370 députés nécessaires pour amender la constitution et lui donner les pleins pouvoirs, il n’aura que 249 députés sur les 550 du parlement avec seulement 41 % des voix. Cela marque-t-il un arrêt de la dérive autoritaire de l’islamo-conservatisme ?
Les résultats sont un recul certain pour l’AKP : celui-ci avait fait 46% des suffrages lors des précédentes élections. Les 3 autres partis présents au parlement obtiennent 25 % pour le parti social-démocrate, 16,5 % pour la droite nationale (proche de l’armée) et l’on note surtout une forte progression du HDP (parti démocratique du peuple) qui obtient 12,5 %.
Ce dernier, parti kurde à l’origine, a su élargir son électorat par un programme élargi s’attachant à promouvoir une politique assez à gauche, son leader étant parfois qualifié de « Tsipras » turc.
Cette élection montre les limites de l’AKP et de son leader Erdogan. Ce dernier a su donner à la Turquie une croissance forte (doublement du PIB de 2002 à 2012) et réduire en partie les inégalités entre Istamboul et l’Anatolie. Mais les 13 ans de pouvoirs d’Erdogan montrent leurs limites.
Les manifestations dans la Capitale économique du pays en 2013 qui se sont ensuite étendues dans l’ensemble de la Turquie sont la preuve que le gouvernement ne fait pas autant l’unanimité qu’auparavant, les 2 millions de manifestants qui se sont retrouvés dans la rue pour protester contre la politique autoritaire d’Erdogan sont le témoignage d’une Turquie qui se tourne vers la liberté et la modernité (voir http://www.christophebugeau.fr).
Certes, le Président turc a réussi a museler l’armée (qui n’a certes jamais été un modèle de démocratie et a fait plusieurs coup d’état mais était la garante de la Laïcité) grâce à des procès plus ou moins justifiés. Mais ce n’est pas le cas de toutes les forces politiques du pays.
Le président Erdogan se retrouve donc face à un « réveil » du peuple turc qui ne veut pas retomber dans un régime autoritaire qui en plus pencherait vers l’islamo-conservatisme que préche l’AKP. Les turcs veulent certes la croissance, l’emploi et la hausse de leur niveau de vie mais pas à n’importe quel prix.
A l’heure actuelle, l’AKP ne pourra probablement pas organiser seule un gouvernement, elle sera obligée de recourir à une coalition avec un ou 2 autres partis. Il semble difficile que les 3 autres mouvements ayant des élus à l’assemblée puissent organiser une coalition, car ils n’ont de point communs que leur opposition à l’AKP d’Erdogan.
Quoi qu’il en soit, c’est déjà une première victoire pour les turcs qui n’auront pas à craindre la mise en place d’un vrai régime autoritaire et islamo-conservateur. Il leur restera à reconquérir les libertés perdues ces dernières années.