Erdogan l’insubmersible ?
par Elliot
lundi 18 juillet 2016
Quand un excès de logique se fracasse sur trop peu de bon sens...
Le triste échec d'une tentative de restauration de la démocratie républicaine et laïque.
Je ne pense pas que la meilleure façon de se débarrasser du dictateur Erdogan ait été de fomenter un coup d’état militaire dans la meilleure veine des pronunciamientos de l’Amérique du Sud.
Notons tout de même que le programme de ses initiateurs était non seulement empreint d’un humanisme dont la Turquie entraînée dans les fanges de l’islamo-conservatisme était en grand manque mais aussi marqué par le modernisme laïc et le retour à l'idéologie d'Ataturk. : rien n'est évidemment jamais sûr et même si l'enfer est pavé des meilleures intentions, rien ne permet à l'heure actuelle d'instruire un procès d'intention.
La révolution des œillets au Portugal au début des années 70 du défunt siècle répondait à des motivations de même nature mais elle a coïncidé avec les attentes d’un peuple écrasé par le salazarisme et elle a provoqué la chute du régime.
Soit qu’il fût conditionné par la propagande omniprésente des instruments de pouvoir d’Erdogan qui matraque l'opinion de ses incantations, soit qu’il sût encore gré au despote des indéniables avancées économiques qui lui ont bénéficié, le peuple turc n’a pas voulu lâcher un relatif confort même fragilisé qui le rend aveugle aux difficultés à venir.
Sourd aux secousses aussi bien politiques qu’économiques qui menacent une région tumultueuse et dont les métastases risquent de ruiner assez vite ses certitudes, le peuple turc a cru opter pour la stabilité pour ne pas courir l'ombre d'un risquel : s’est levé pour défendre des réalités que le dogmatisme délirant d’Erdogan risque bien de transformer en chimères.
Je ne prétens pas associer mon attachement à la démocratie à des actions de caractère militaire même si elles se cachent derrière l’alibi de la restauration d’icelle mais je suis excédé quand je vois et j’entends tous les institutionnalisés du camp occidental depuis Obama jusqu'à Merkel en passant par Valls assurer un fossoyeur des droits élémentaires de l’homme et de la liberté de la presse de leur indéfectible soutien et ce au nom des valeurs démocratiques qu’il piétine : un comble !
On savait que nos ineffables dirigeants avaient de la démocratie une définition très élastique, ils nous en donnent aujourd'hui une nouvelle démonstration.
Quoi qu’il en soit, Erdogan peut goûter son triomphe et savourer les futures restrictions des libertés que, fort de son rétablissement et enivré par son succès, il ne manquera pas de mettre en œuvre.
Car tout de même le fait le plus important occulté dans nos médias n’était-il pas dans les intentions des putschistes, cette république originelle que, maladroits dans leurs œuvres mais pertinents dans leurs objectifs, ils ont voulu réinstaurer : le retour à la constitution laïque, le droit pour chacun de choisir sa voie religieuse ou son athéisme, des revendications on ne peut plus modernistes auxquelles les hypocrites qui nous gouvernent n’ont pas hésité à tourner le dos pour préserver un légalisme de carton dont, n'étant pas à une contradiction près, ils excipent par ailleurs les lacunes pour fermer à la Turquie la porte d'entrée de l'Union Européenne ( si tant est que la Turquie désire vraiment passer le seuil d'un club en déliquescence )
Au moins les choses sont claires, le combat contre l’islamisme militant n’est qu’un leurre destiné à servir d’amuse-bouche aux gogos qui s’en satisfont et, par la grâce du putsch avorté, les complaisances s'étalent au grand jour.
Israël jubile et embouche les trompettes de Jéricho pour se féliciter de l’échec du coup d’état et fait unre nouvelle fois la démonstration de sa duplicité : l’état islamique qui a bénéficié de la complaisance de la Turquie mais aussi d’autres puissances occidentales ( qui firent longtemps mine de le combattre ) est un allié objectif de l’état hébreu, voire, car le double jeu est dans les gènes de cet état et de ses représentants, une construction du sionisme destructeur de civilisation ( il y a sûrement des circuits financiers qui mériteraient d'être analysés en profondeur )
En tout cas, voilà un contexte qu'il ne serait pas inutile d'explorer tant la convergence des intérêts entre l'entité sioniste et Daech me semble patente et la réconciliation entre la Turquie et Israël répond peut-être à d'autres contingences que de simples procédés de bon voisinage : la Syrie redresse la tête, ce qui n'est pas fait pour plaire à ses ennemis..
On peut aujourd'hui se borner à constater que les seules égratignures dont souffre Israël malgré sa politique d'appropriation agressive des territoires palestiniens et sa politique violente à l'égard des habitants des territoires occupés ou assimilés, lui viennent des seuls résistants palestiniens et que Daech pourtant en capacité de trouver des candidats aux pires vilenies dans d'autres pays semble épargner l'état hébreu dans une sorte de modus vivendi sur lequel il y aurait à tout le moins matière à réflexion.