Est-ce que les sans abris se cachent pour mourir ?
par Voris : compte fermé
jeudi 27 novembre 2008
Les 27 ministres du logement européens étaient réunis à Marseille le 24 novembre pour aborder le thème de l’accès au logement. Mais de mauvais gré pour la France, qui se contraint à l’exercice parce qu’elle assure la présidence du Conseil de l’Union européenne. Guère mieux pour la Communauté européenne pour qui le logement n’est qu’une politique subsidiaire. Le résultat, c’est qu’aucune mesure concrète n’est sortie de cette réunion de palabres organisée à grands frais. Mais, pire, la France se lance dans une politique répressive des sans abris et ceux-ci se cachent pour mourir.
Les sans abris se cachent dans le Bois de Vincennnes pour fuir les contrôles et les maraudes, las de devoir se justifier de leur refus réitéré de se rendre dans les centres d’urgence. Une centaine de personnes vivent dans des habitats improvisés dans le Bois de Vincennes pour se cacher. Quatre personnes sans domicile fixe sont mortes de froid ces dernières semaines en région parisienne. Hélas, comme réponse à ce problème, Madame Boutin n’a rien trouvé de mieux que de brandir la menace du concours de la force publique. Elle a déclaré devant le Conseil des ministres, mercredi 26 novembre, que le gouvernement réfléchissait à rendre obligatoire "l’hébergement des personnes sans abri quand la température devient trop froide". "La grande question est de savoir s’il faut laisser la liberté du choix pour la personne que l’on rencontre, ce qui se fait régulièrement, ou au contraire prendre la décision de lui imposer d’aller s’héberger quand il fait très froid".
Luc Paillé, porte-parole de l’UMP, a confirmé que l’initiative de cette idée de contraindre les SDF à passer les nuits les plus froides dans les centres d’urgence surpeuplés, non sécurisés et remplis d’animaux parasites, venait de Nicolas Sarkozy.
Tollé chez les associations d’aides aux sans-abri ! Il faut dire que Madame Boutin est la ministre en charge du logement et que sa politique est sous-financée et peu ambitieuse. Or, la solution à ces drames n’est pas dans l’atteinte aux libertés individuelles mais bien dans la construction et la libération de logements (ainsi que dans leur réquisition). Mais elle passe aussi par la salubrité des centres d’accueil et l’accroissement de leur capacité.
Les associations ont d’autant plus de raisons de s’insurger qu’elles font l’objet de persécutions judiciaires de la part de l’Etat pour leur action favorisant la visibilité des SDF. L’association "Droit au logement" (Dal) a été condamnée lundi à 12.000 euros d’amende et à confiscation, l’association "Les Enfants de Don Quichotte" à une simple confiscation. "Faute d’avoir découragé les mal-logés par la répression policière, l’Etat tente aujourd’hui de couler financièrement l’association qui les a soutenus", a estimé le Dal dans un communiqué.
Ce n’est pas par la persécution judiciaire ni par le concours musclé de la force publique que se règleront les conséquences de la politique très peu sociale d’un gouvernement toujours prompt à ouvrir son porte-monnaie pour les très riches et très regardant pour le RSA, le logement ou la politique de la ville.
Emmaüs a dénoncé la politique à court terme du Pouvoir et rappelé que cette situation était prévisible. L’association a aussi fait remarquer qu’en 2008, ce sont 275 personnes qui sont déjà mortes dans la rue et pas seulement pendant l’hiver.
"C’est du ’cache misère’, elle (ndlr : Madame Boutin) veut les contraindre en période hivernale dans des gymnases, des salles municipales, mais avec quel accompagnement et quelle optique surtout ?", a lancé Augustin Legrand, chef de file des Enfants de don Quichotte. Plus visibles l’hiver, ces morts sont gênants pour le gouvernement qui cherche par ces regroupements à montrer qu’il agit mais il en profite pour verser dans le spectaculaire.
Qui s’occupera enfin des sans abris ? Pas le gouvernement : sa politique du logement est largement en-dessous des besoins. Pas l’Europe : ce n’est pas son affaire ! En effet, la politique du logement n’est pas obligatoire pour la Communauté européeene. Malgré tout, devant l’urgence et les drames nombreux, 400 députés européens avaient signé en avril dernier une déclaration en faveur de la lutte contre le sans-abrisme de rue, avec pour objectif d’y mettre un terme d’ici à 2015. D’où l’organisation d’une prochaine conférence européenne de consensus sur le "sans-abrisme" qui, espérons-le, fera mieux que bavarder.
Le soir, au coin du feu, j’ai pensé bien des fois
À la mort d’un oiseau, quelque part, dans les bois.
Pendant les tristes jours de l’hiver monotone,
Les pauvres nids déserts, les nids qu’on abandonne,
Se balancent au vent sur un ciel gris de fer.
Oh ! comme les oiseaux doivent mourir l’hiver !
Pourtant, lorsque viendra le temps des violettes,
Nous ne trouverons pas leurs délicats squelettes
Dans le gazon d’avril, où nous irons courir.
Est-ce que les oiseaux se cachent pour mourir ?
François Coppée