Et Copernic dans tout ça ?
par Michel Koutouzis
jeudi 27 mai 2010
Et pourtant. J’étais en Grèce dernièrement, en Turquie, à Cannes, à New York, à Shanghai, à San Francisco et Gènes. Et je vous garantis, j’ai rencontré des milliardaires heureux. Qui n’ont qu’une seule hantise : que le politique fasse son travail, qu’il impose ses règles, qu’il instaure l’Etat de Droit. Qu’il introduise des règles, les mêmes pour tous. Qu’il pose des questions naïves du genre « d’où vient cet argent ? » Qu’il fasse des audits aux boites de cotation, qu’il affirme la suprématie du politique sur l’économie. Je ne parle pas ici de justice sociale, de solidarité, d’œuvres de bienfaisance. Je ne parle que d’Etat de droit. Je ne rêve pas du grand soir : juste d’un questionnement basé sur un proverbe turc : lorsqu’une branche pousse tordue, mieux vaut la couper tout de suite. Je ne parle pas d’utopie mais du bon sens basique, celui qui exige que l’on sème avant de récolter. Or, le marché qui accuse le travail d’inflexibilité, les Etats, qui accusent les citoyens de frilosité et de manque de réalisme, les industriels, qui accusent les Etats de gabegie, passent leur temps à récolter ce qui n’existe pas. Et s’abstiennent de voir ce qui existe réellement. Le commun des citoyens qui vit l’enfer, en opposition au paradis fiscal se trouvant et prospérant sur terre, devrait décliner une autre ribambelle de mots : loin des rivages (offshore), one purpose compagnie, société écran, dérivés financiers, port franc, positions courtes, hedge funds, et j’en passe… Quel que soit leur nom, ces transmetteurs vivent et règnent chez nous déplaçant le bien commun vers un au-delà lui aussi bien réel : Des marines bourrées de navires de plaisance, des Modigliani vendus à plus de cent millions de dollars, des suites d’hôtels à huit mille dollars la nuit, des trottoirs encombrés de Bentley à 180 000 euros pièce, des abonnements de 50 000 dollars à des golf club, des jets privés en voici en voilà…
Cela est - et reste possible - par ce que l’Etat de droit a transformé les exceptions en règles initiatiques. Cela est possible par ce que l’Etat de droit se résume à des symboles de son existence ne rappelant sa suprématie que par des discours musclés ou émettant des règles qui ne régissent désormais que l’utilisation des cerfs-volants de nos gosses et la traçabilité des produits bio. Cela n’est possible qu’à cause d’une abdication et d’une volonté nihiliste acceptant le pire plutôt que de penser le possible. Possible prohibé par les peurs et la panique, par le terrorisme bien pensant imposant des sens interdits à la raison.