Et si vous veniez manger ?
par C’est Nabum
mardi 20 février 2018
Sans cérémonial.
Rien n’est pire que de savoir longtemps à l’avance qui va venir partager la soirée et ce dîner qui prendra alors des allures de cérémonial si codifié que non seulement il convient de mettre les petits plats dans les grands et la tenue de soirée. Tout est alors ampoulé, tellement du reste que la cuisine devient un bunker où chaque plat est élaboré avec une application extrême.
Non, ceci n’est pas et ne sera jamais ma tasse de thé. J’aime l’invitation de dernière minute, celle qui ne laisse pas le temps de réfléchir, ni de penser à l’incontournable bouquet de fleurs qui finira sa vie, rabougri et miteux. On se donne un coup de fil à moins qu'on ne se soit croisé le matin même au marché : « Que faites-vous ce soir ? »
« Nous rien, et vous ? » Il n’en faut pas plus pour que se mette en branle la joyeuse mécanique. « Vous apporterez le dessert ! » « Parfait, nous viendrons aussi avec une bouteille de Champagne. » Un plat unique fera l’affaire, un merveilleux « J’y fous tout » qui ne se prend jamais au sérieux tout en permettant fantaisies et finesse.
L’essentiel est ailleurs. Il s’agit de se retrouver, de bavarder tout en mangeant sans se soucier de ne pas converser la bouche pleine. Vous êtes entre amis, non pas des connaissances ou des relations mais des bons copains qui n’ont pas besoin de tralala. C’est si simple de n’avoir pas à se mettre la tête à l’envers pour le choix de la nappe, des verres et de tout le reste. Même la toile cirée satisfera ceux qui viennent non pas pour juger mais simplement pour partager en toute simplicité.
Ce n’est pas non plus une de ces invitations où il convient de se faire désirer, d’attendre un peu plus que l’heure indiquée, pour montrer sans doute son savoir-vivre, à la manière de la grande bourgeoisie qui de toute façon, a toujours tellement d’autres choses à faire, que la ponctualité ne fait pas partie du logiciel interne. Ici, il est même accepté d’arriver en avance pour participer aux dernières touches, mettre la table ou bien boire un verre supplémentaire sur le coin de la table de cuisine.
C’est encore le genre d’aventure où vous n’êtes jamais au bout des surprises. Un appel de dernière minute qui vous contraint à passer par la boulangerie, le pain exprimant soudainement sa cruelle absence ou mieux encore, l’arrivée impromptue d’un quidam en goguette et qui trouvera la part du pauvre quitte à découper une part pour en servir une de plus. L'essentiel est ailleurs, loin des considérations esthétiques du service à l’assiette.
Ce soir-là, le plat trône en majesté au milieu des couverts. Le premier service revient au maître queux mais par la suite, chacun est libre de revenir à la cantine. C’est tout pareil pour le vin et même un peu plus. Les verres se vident d’autant plus aisément qu’il ne faut pas attendre que l’on daigne vous resservir à nouveau ; une situation que personnellement je trouve insupportable !
La suite sera du même tonneau si j’ose dire. La table sera débarrassée en bande, elle servira à jouer aux cartes ou bien à servir de terrain de bataille pour refaire le monde. Dans ce cas, l’Armagnac hors d’âge sortira de sa cachette. Avec eux, on ne se refuse rien et les convenances se moquent aisément de la loi Évin. Ils rentreront à pied ou, s’il le faut, dormiront dans la chambre d’amis.
Il y avait pourtant quelques temps que pareille aventure n’était arrivée. L’âge sans doute ou bien les emplois du temps des uns et des autres qui ne sont pas aussi réglés qu’auparavant, quand les enfants scandaient le temps. Qu’importe, ils vont arriver et moi qui suis là, à coucher sur l’écran ces remarques liminaires tandis que mon cassoulet se sent un peu délaissé.
Je vous laisse, j’ai encore un peu à faire. Même si nous ne nous prenons pas la tête, il convient néanmoins que le plat soit de belle facture. Si vous voulez être des nôtres, n'hésitez pas, passez donc par la maison. On vous fera une place. N’oubliez pas d’apporter une bonne bouteille ...
Convivement leur.